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HEPAR SULFUR

Séance Du 20 février 1913
Présidence du Dr d'Espiney
Le Propagateur de l'homéopathie n°2,
28 février 1913, p. 25

 

Dr Bayle.

 

Le Dr Nash dans son livre Regional Leaders nous donne un très bon résumé de l'action d'Hepar Sulfuris, les travaux de matière médicale de cet auteur sont très pratiques et je ne saurais mieux faire que de vous donner la traduction de ce qu'écrit le Dr Nash :

« Ce remède tenant le milieu entre ces deux grands anti-psoriques, Calc. carb. et Sulfur, a de très fortes caractéristiques qui indiquent son emploi dans diverses affections.

Sa plus forte caractéristique est son hyperesthésie au toucher, à la douleur et à l'air froid. La malade est si sensible à la douleur qu'elle s'évanouit, même quand la douleur est légère. S'il y a une inflammation ou une enflure à quelque région ou même des éruptions sur la peau, elles sont si sensibles que la malade ne peut supporter qu'on les touche et même que l'air froid souffle dessus. Ceci est pareil à China off., avec cette différence que tandis que ce dernier est sensible au plus léger contact, il peut supporter une pression forte. (Les médicaments spécialement aggravés dans l'air froid sont Arsenicum alb., Calcarea ostr., Hepar sulf., Nux vom., Psorinum, Silicea, Tuberculinum). Cette hyperesthésie à la douleur pénètre toute la drogue. Elle est mentale, aussi bien que physique car la plus légère cause provoque de l'irritation avec un langage emporté et de l'impétuosité.

Après ceci vient l'influence d'Hepar sulf. sur le stade de suppuration des inflammations locales. Il intervient seulement quand le pus est sur le point de se former ou est déjà formé. S'il est donné à haute dilution dans le premier cas (c'est à dire avant que le pus ne soit formé) et qu'on ne le répète pas trop tôt ou trop souvent, nous pouvons .prévenir la suppuration et faire avorter le processus inflammatoire tout entier. Mais si le pus est déjà formé, Hepar pressera le pus à pointer et à s'évacuer et favorisera la cicatrisation de l'ulcération ensuite. Je ne suis pas sûr du tout, comme on l'enseigne généralement, qu'il soit nécessaire de le donner à basse dilution pour hâter la suppuration. La plus rapide hâte à pointer, à s'ouvrir et à guérir parfaitement que j'aie jamais vue, se rencontra dans un cas de gros gonflement des ganglions du cou chez un enfant, sous l'action d'une CM° dynamisation. Hepar a une tendance générale aux suppurations, car même les éruptions sur la peau sont susceptibles de former du pus et les plus légères blessures suppurent (Graphites, Mercurius et Petroleum).

Ce remède est aussi très précieux dans les maladies des organes respiratoires. Je l'ai trouvé très utile dans des cas de catarrhe chronique, quand le nez se bouchait chaque fois que le patient sortait à l'air froid. Il dit qu'il lui semble qu'il prend un nouveau rhume chaque fois qu'il aspire un souffle d'air frais. (Tuberculinum). Il est soulagé dans une chambre chaude. Dans le croup, depuis que Boenninghausen prescrivit ses cinq célèbres poudres, il a toujours été un de nos remèdes classiques. Nous n'employons pas les cinq poudres dans un ordre déterminé comme faisait Bonninghausen, mais nous les employons seulement suivant les indications. Le croup d'Hepar est accompagné d'une toux plutôt grasse, avec de la respiration sifflante et des râles. Toux comme si les mucosités allaient monter, mais elles ne montent pas. Il est rarement indiqué au début, mais intervient plus souvent après Aconitum ou Spongia. Comme Aconitum il semble très efficace dans ces cas provoqués par l'exposition à l'air froid; mais le croup d'Aconit survient le soir après le premier sommeil et celui d'Hepar dans les premières heures du matin.

Cette tendance aux exsudations croupales sur les membranes muqueuses semble caractéristique d'Hepar et elle n'est pas confinée aux organes respiratoires. Kafka en raison de sa faculté de maîtriser de semblables conditions, l'emploie dans l'hydropisie consécutive à la scarlatine, pour la prévenir ou pour la guérir et prétend avoir obtenu de grands succès avec lui. Je crois que c'est un des meilleurs prophylactiques dans ces cas, pour la raison que durant et après le stade de desquamation la peau est extraordinairement susceptible aux effets d'un frisson à l'air froid; et que ceci est d'accord avec la caractéristique principale de ce remède; Il fortifie le patient contre cette influence atmosphérique.

Dans le croup, comme dans toutes les autres affections d'Hepar, la toux, la difficulté de respirer et tous les autres symptômes sont aggravés par le moindre souffle d'air froid, dont il faut soigneusement préserver le petit malade. Suivant l'ordre descendant le larynx est atteint, puis les bronches et même les alvéoles pulmonaires et la formation d'exsudats croupaux aura lieu si ce remède ne la réprime pas. La respiration dans tous ces cas devient râlante, anxieuse, sifflante jusqu'à la menace de suffocation, de sorte que le patient semble asthmatique. Dans ces cas Hepar est souvent capable de soulager, spécialement si cet état est consécutif à un refroidissement grave et que les symptômes inflammatoires aigus aient été maîtrisés par Aconitum, ou quelque autre remède indiqué.

Dans l'asthme chronique Hepar ressemble souvent à Natrum sulfuricum, mais il y .a cette différence pour le diagnostic qui est très précieuse. L'asthme d'Hepar est aggravé dans l'air froid sec et amélioré par l'humidité; tandis que Natrum Sulfuricum est exactement le contraire comme Dulcamara. Je ne connais pas d'autre remède ayant cette amélioration par le temps humide aussi prononcée, qu'Hepar. Il y a une caractéristique, qu'il ne faut pas oublier, à savoir, «Tousse dès qu'une partie quelconque du corps; vient à être découverte». (Baryta et Rhus tox). Ceci se rencontre dans le croup, dans la laryngite, dans la bronchite et la consomption; et non seulement la toux est aggravée mais le cas tout entier est aggravé. Puis encore nous devons nous rappeler qu'Hepar est un de nos anti-psoriques les plus énergiques et pour cette raison nous devons songer à lui dans toutes les affections du système respiratoire pour lesquelles il a une si forte affinité, spécialement quand  ces affections ont suivi la suppression ou la rétrocession d'une éruption de la peau.

En raison de son grand pouvoir sur tous les processus de suppuration nous devrions songer à lui dans tous les abcès des poumons, dans tous les cas naturellement où il est indiqué par les symptômes in toto. Sur la gorge nous avons «Sensation de piqûre dans la gorge, comme par une écharde, s'étendant à l'oreille, en avalant et aussi en bâillant». «Sensation comme si une arête de poisson ou une écharde étaient piquées dans la gorge». (Argentum nitr., Dolichos et Nitri acidum), mais apparemment la condition où Hepar est le plus .souvent utile dans un mal de gorge se rencontre dans cette pénible affection qu'est l'Esquinancie.

Ici, comme dans le croup, il n'est généralement pas indiqué au commencement. Ayant obtenu beaucoup de succès et acquis beaucoup d'expérience dans cette maladie, je puis donner ici les résultats de plusieurs remèdes et leurs indications.

Belladona - Fièvre élevée, grosse enflure, rougeur, mal de tête, carotides battantes.

Mercurius virus - L'un ou l'autre côté, haleine fétide, langue flasque, humide, portant l'empreinte des dents, et transpiration sans soulagement.

Mercurius proto iodatus - Mêmes symptômes, mais début sur le côté droit, et langue recouverte d'un enduit épais, jaune à la base.

Lachesis - Côté gauche s'étendant à droite, grande sensibilité au toucher, et aggravation après le sommeil.

Lycopodium - Commence au côté droit; s'étend au côté gauche, avec langue gonflée ayant tendance à sortir de la bouche et obstruction du nez.

Lac Caninum - Les côtés alternent, aggravation sur un côté un jour, sur l'autre côté le jour suivant.

Hepar sulfuris - Quand malgré tous les autres remèdes la suppuration paraît devoir se produire et qu'il y a beaucoup de douleur battante. Maintenant, avec chacun de ces remèdes j'ai fait avorter de nombreux cas chez des gens sujets depuis longtemps à l'esquinancie, qui ne s'attendaient pas à pareil résultat, à qui les médecins de la vieille école avaient affirmé qu'ils ne guériraient pas sans suppuration et à la fin je les ai guéris de leur tendance à l'esquinancie. J'ajouterai ici qu'Hepar est aussi un grand remède dans l'hypertrophie chronique des amygdales, avec dureté de l'ouïe. Dans ces cas qui sont généralement rebelles, Baryta carb., Lyc., Plumbum et d'autres encore doivent être consultés, suivant les indications.

Sur le canal alimentaire Hepar a une influence prononcée. Nous avons déjà noté son action sur la gorge. L'estomac a tendance à être dérangé et il y a envie de choses acides. (Veratrum alb.). C'est souvent le cas dans la dyspepsie chronique et Hepar soulage. Cet état de l'estomac se rencontre quelquefois dans le marasme des enfants. Il est souvent accompagné de diarrhée et un très important caractère est que la diarrhée est sure ; à dire vrai, l'enfant tout entier semble sentir le sur, quelque soin qu'on prenne de le baigner. La selle est sure aussi d'une façon très prononcée avec Magnesia carbonica et Calcarea carbonica. Puis il y a une autre condition des intestins, savoir une espèce d'atonie. Les selles sont évacuées avec une grande difficulté, même si elles sont molles et comme de l'argile ainsi qu'elles se présentent quelquefois avec ce remède. Cet état d'atonie se rencontre aussi dans la vessie.

«Miction empêchée, il est obligé d'attendre un peu de temps avant que l'urine sorte .et alors elle coule lentement pendant plusieurs jours». «Il n'est jamais capable de finir d'uriner ; il semble qu'un peu d'urine, reste toujours en arrière dans la vessie». «Faiblesse de la vessie, l'urine tombe verticalement goutte à goutte et il est obligé d'attendre un certain temps avant qu'il en sorte un peu». Cette incapacité d'expulsion fait songer à Alumina, à Veratrum alb. et à Silicea. De plus, Hepar Sulf. est un grand remède pour la sueur générale, ou partielle. Il peut, par exemple, intervenir après .Mercurius dans le rhumatisme quand le patient transpire nuit et jour sans soulagement et que Mercurius ne soulage pas. De même aussi, dans l'esquinancie et dans les gros furoncles et les tuméfactions ; et, soit dit en passant, Hepar est un de nos meilleurs remèdes après Mercurius, soit dans la pratique homéopathique, soit comme antidote pour l'empoisonnement de la vieille école. Il est aussi le principal antidote à l'empoisonnement par l'iodure de potassium provenant de la même source. Nous ne pourrions nous passer de ce précieux remède ».

 

Dr Collard.

L'indication donnée par Nash sur Hepar «Toux comme si les mucosités allaient monter, mais elles ne montent pas» est très exacte. J'ai obtenu un succès dans ces conditions. Tartarus a au contraire l'expectoration plus facile.

 

Dr d'Espiney.

Comme Hepar, Rhus a aussi la sensibilité au froid, le malade tousse par exemple en sortant la main du lit.

La relation qui existe entre Hepar et Solubilis, et signalée par Nash, est très réelle et l'association de ces deux médicaments est très efficace dans la blépharite ciliaire. Dans les matières médicales on parle cependant souvent de l'antagonisme de ces deux médicaments.

 

Dr Bernay.

Il en est de même pour Lachesis et Nux que l'on décrit comme antagonistes et cependant leur association est souvent utile.

 

Dr Bayle.

Du reste, d'après Nash, il n'y a pas au point de vue homéopathique, d'antidotisme vrai, ni incompatibilité entre tel ou tel remède.

Hepar sulfuris, comme remède de la suppuration m'a permis d'avoir un véritable succès dans le cas d'une brûlure de la main. La soeur infirmière qui pansait cette brûlure prévoyait que la suppuration durerait plus de 8 jours, or, dès le lendemain de l'administration d'Hepar, la suppuration fut pour ainsi dire tarie, au grand étonnement de la soeur.

 

Dr Bernay.

Dans les suppurations osseuses, dans le mal de Pott et dans les douleurs osseuses qui l'accompagnent, Hepar trouve son complémentaire dans Asa foetida.

 

Dr Gallavardin.

Hepar est le remède des gens violents, très portés à se mettre en colère, chez les ivrognes qui en état d'ivresse sont portés à tuer. C'est aussi le remède des enfants têtus. A ce sujet le Dr Nebel tout récemment me parlait d'un enfant très entêté, faisant des caprices à la moindre observation de ses parents, cet enfant eut un jour une éruption sur la joue. Le Dr Nebel choisit pour lui Hepar et ce médicament transforma radicalement le caractère de cet enfant qui devint obéissant, attentif et prévenant. Le Dr Nebel s'informant de l'état de santé antérieur du père retrouva chez l'ascendant l'indication rétrospective d'Hepar.

 

 

Phlegmon gangreneux diabétique : Echinacea

Voir aussi Article Echinacea dans le diabète sucré.

Dr Bayle.

Je voudrais attirer votre attention sur la remarquable efficacité d'Echinacea dans la suppuration et surtout, ce qui je crois n'est pas encore connu, de son utilité pour la guérison du diabète.

Je fus consulté par un homme qui se plaignait d'avoir à la racine du pouce une petite plaie, fissure dans laquelle il y avait une petite traînée de pus et un léger gonflement, le malade pensait qu'elle était produite par le ciment qu'il avait manié. Je lui prescrivis un pansement simple et Hepar.

Au bout de huit jours, aggravation considérable, toute la main est le siège d'un phlegmon, elle était toute noire, l'état général du malade était très mauvais, il était somnolent et j'avais l'impression, qu'il était menacé de coma. Je soupçonnais le diabète et en effet l'urine indiquait une forte proportion de sucre.

Me rappelant un travail du Dr Shadwick paru dans la Revue homéopathique française de février 1912 disant que le Dr Meyer recommandait surtout Echinacea dans les états infectieux et dans l'empoisonnement du sang je donnais Echinacea 3me dil. en même temps que je demandais à mon confrère le Dr Collard de lui donner ses soins chirurgicaux, (enlèvement de la peau sphacélée, pansements). Le malade guérit rapidement sous l'influence d'Echinacea qui fut le seul remède administré et ce qu'il y eut de plus étonnant, c'est que les urines qui contenaient 280 grammes de sucre (4 litres à .75 gr.) n'en décelèrent plus que 45 (3 litres à 15 gr) lors de la guérison du phlegmon. Le malade cesse Echinacea, le sucre augmente un peu, il reprend le remède, le sucre descend à 28 gr. puis à 15 gr. et le malade n'urinait plus qu'un litre et demi par jour. Il cesse de nouveau le médicament, le sucre remonte légèrement, il le reprend et le sucre s'abaisse ensuite à 9 gr. Voici donc un cas très probant ou Echinacea 3 donné seul a eu une influence très marquée sur le diabète.

Dr Bernay.

Dans un cas d'anthrax de la nuque chez un diabétique, Hepar, puis Lachesis et Arsenic me permirent d'avoir une guérison.

Dr Gallavardin.

J'ai utilisé avec succès l'Echinacea 3 dans la Blennorrhagie chronique et surtout dans le rhumatisme blennorrhagique chronique.

Dr d'Espiney.

Le mélange d'Echinacea et de Thuya s'emploie avec utilité en usage externe dans les otites suppurées.

Dr Collard.

J'ai été un témoin étonné de la guérison faite par le Dr Bayle ; l'homéopathie recommande plusieurs autres remèdes dans le diabète, Farrington parle beaucoup de l'efficacité de Lactis acidum, l'on pourrait aussi vérifier ses indications.

 

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