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PREUVES D'ACTION DE LA DOSE INFINITESIMALE

Dr Henry DUPRAT de Genève
Le Propagateur de l'homéopathie n°3,
31 mars 1913, p. 56

 

Expériences du Docteur Cahis, de Barcelone

 

L'emploi de la dose infinitésimale, conséquence légitime de la grande Loi des semblables est certainement le fait le plus dangereux de la méthode homéopathique au point de vue de sa propagation et de son développement.

Vis à vis des médecins allopathes et vis à vis du profane elle a fait le plus grand tort à notre école, servant de repoussoir aux esprits qui, sans son existence, seraient peut-être venus écouter impartialement l'enseignement de Hahnemann.

Pour certains, pour beaucoup, elle paraît être la pierre angulaire de notre doctrine et de nombreux esprits superficiels ou de parti pris se laissent tellement éblouir par elle qu'ils ne voient rien dans l'homéopathie à côté d'elle et qu'ils définissent celle-ci avec une fantaisie erronée la méthode qui consiste à employer les médicaments à dose infinitésimale.

Mais, en réalité, l'homéopathie peut se pratiquer sans la dose infinitésimale. Ce qu'il importe, pour faire de la médecine homéopathique, c'est d'appliquer le remède d'après la loi de similitude, et ceci peut se réaliser en employant, des doses simplement petites. Donc, sans recourir à la dose infinitésimale, son épouvantail et son cauchemar, le médecin allopathe peut s'assurer de la vérité homéopathique.

Mais la démonstration sera beaucoup plus éclatante et aussi, souvent, moins risquée s'il se décide au maniement de la dose infinitésimale. Ceci est un fait d'expérience et les plus beaux raisonnements des plus convaincus des savants matérialistes et des drogueurs de l'école allopathique ne détruisent pas les milliers de faits accumulés depuis Hahnemann en démonstration de l'activité des remèdes infinitésimaux employés correctement d'après la loi des semblables. N'oublions pas que Hahnemann, l'immortel fondateur de l'école homéopathique n'a pas eu l'idée spontanée et simplement imaginative de la dose infinitésimale. Il a commencé par voir la loi de similitude et par la vérifier à l'aide de quantités restreintes de substances médicamenteuses. La pratique de la thérapeutique nouvelle a eu tôt fait de lui apprendre que ces doses substantielles quoique très petites étaient encore trop grandes et, docile à la leçon de l'observation répétée, il a dû scientifiquement les atténuer par le procédé des dilutions successives, allant de la teinture mère ou de la substance à la 30me dilution centésimale.

 

Ses élèves et ses sectateurs après avoir surabondamment éprouvé l'activité de cette échelle de dilutions, sont allés plus loin, plus haut dans l'infinitésimalité et bien des médecins homéopathes, parmi les meilleurs, emploient couramment les 2OO°, 1.000e, 10.000e dilutions, etc., et prétendent obtenir souvent de meilleurs résultats avec ces très hautes dilutions qu'avec les basses. Et c'est ainsi que, non seulement en dehors de notre école, mais même dans son sein la question de l'infinitésimalité a pu être le motif de discussions et de dissidences d'une importance secondaire. Il y a les bas dilutionnistes et il y a les hauts dilutionnistes, ceux-là élevant contre ceux-ci les mêmes arguments d'impression que les allopathes répètent contre nous tous.... Rien donc de plus utile et de plus précieux que la possibilité de démontrer expérimentalement l'action des doses infinitésimales. Le Dr CAHIS, de Barcelone, a eu à coeur de poursuivre cette démonstration et nous ne doutons pas que les expériences qu'il a imaginées dans ce but ne deviennent l'argument irréfutable de l'activité des doses infinitésimales.

 

Dans une petite brochure intitulée «L'homéopathie démontrée expérimentalement» il vient de publier le résultat de ces expériences très intéressantes que je suis heureux de relater brièvement.

 

Partant de ce fait que la Strychnine agit sur l'organisme nerveux d'une façon analogue à la toxine du bacille du tétanos, le Dr Cahis a eu l'idée de soumettre des lapins à l'intoxication strychnée et de les soigner, homéopathiquement par conséquent, avec le poison tétanique atténué. Comme quantité de strychnine injectée le Dr Cahis est allé de la dose mortelle minimum jusqu'à cette même dose augmentée du 45 % de sa valeur. Comme toxine tétanique il a recouru à des mélanges de dilutions selon un procédé de synthèses harmoniques qui lui est personnel; il me suffira de dire que dans les expériences en question il a employé des dilutions de plus en plus élevées : 30° à 210°, 240° à 420°, 2.700° à 3.300°; 4.200° à 4.500°, 5.700° à 6.000°. Le résultat a été que le Dr Cahis a pu ralentir ou neutraliser complètement, par la tétanotoxine atténuée, l'intoxication produite par la strychnine à doses mortelles et supérieures à la mortelle. Notons que l'action la plus brillante et la plus complète a été obtenue par les dilutions les plus élevées. Parmi les 9 expériences relatées, je citerai les deux suivantes comme types du procédé expérimental et pour donner plus de relief aux résultats ci-dessus indiqués :

 

SIXIÈME EXPÉRIENCE. - «Je prends un lapin et je lui injecte dans le péritoine la dose mortelle minimum plus 40 % de strychnine alcaloïde. Je lui injecte ensuite la Tétanotoxine 4.201° 41.500° C, et je lui donne chaque cinq minutes trois globules de la même préparation jusqu'à neuf fois: L'animal reste abattu pendant deux heures et demie mais échappe à la mort.»

 

HUITIÈME EXPÉRIENCE. - «Je prends un lapin et je lui injecte la dose mortelle minimum plus un 45% de Strychnine alcaloïde. Je lui injecte ensuite une solution de tétanotoxine 5.701°, 6.000° C, et, après, je lui donne chaque cinq minutes des globules de la même solution. Au bout de douze minutes fort opisthotonos que je domine rapidement avec une injection de la même tétanotoxine, mais l'animal reste dans un état semi convulsif malgré les neuf doses en globules de tétanotoxine chaque cinq minutes. Vingt minutes après l'attaque antérieure un autre fort opisthotonos se répète. Je le domine également de suite avec une autre injection de la même tétanotoxine 5.701°, 6.000° C. Plus tard je lui donne une autre injection pour corriger quelques contractions qui persistent. L'animal échappe à la mort mais reste abattu pendant trois heures environ.»

 

Voici des résultats des plus remarquables. Je les propose à la méditation de tous les contempteurs, à plus ou moins d'humour, des doses infinitésimales et de l'homéopathie. Je les signale aussi à l'attention de ceux de mes collègues homéopathes qui acceptent difficilement la valeur active des dilutions au-delà de la trentième. Leurs confrères hauts dilutionnistes attiraient leurs critiques lorsque, forts de leur observation clinique, ils attribuaient plus de puissance aux hautes qu'aux basses dilutions. Devant les expériences du Dr Cahis et de celles qui viendront les confirmer, la critique devra céder le pas à l'acceptation obligée.

 

Au cours de ses conclusions, le Dr Cahis prévoit, en ces termes plaisants, la juste réhabilitation qui nous est due :

«Il pourrait arriver dans le temps, écrit-il, que nous, homéopathes fussions considérés comme les clairvoyants et les allopathes comme les aveugles qui ne surent voir l'importance de l'homéopathie. »

  

 

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