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DIPHTERIE

Le Propagateur de l'homéopathie n°3,
31 mars 1912, p. 66

 

Par le Dr H. HENDERSON PATRICK, de Glasgow.

L'Homoeopathician de janvier 1912, en publiant l'article qu'on va lire sur la Diphtérie par le Dr Henderson Patrick le fait précéder des réflexions suivantes : «En présentant cette relation d'un petit nombre de cas de diphtérie, traités homéopathiquement, devant le Congrès d'Homoeopathie de Londres, le Dr Patrick donne un conseil qui, mis à exécution, fournirait une excellente base de comparaison entre les résultats de notre traitement et les résultats du traitement de la vieille école, avec la bactérie pour index. Admettant que la destruction des bacilles est à souhaiter et que les bacilles ne peuvent persister sur un terrain dépourvu de leur substance nourricière, admettant aussi que les fluides normaux du corps constituent le milieu le plus défavorable pour la bactérie spécifique, il est d'une importance décisive de transformer la condition du malade présentant l'aspect clinique anormal dénommé diphtérie en un état dans lequel la membrane muqueuse est normale. A la lumière de ce témoignage les considérations relatives à la contagion et à l'isolement peuvent être révisées avantageusement.

 

J'ai remarqué et je suppose que vous l'avez fait de même que si l'on vient à causer avec des médecins de l'école officielle (médecin orthodoxe), à propos de l'homéopathie et des résultats qu'on peut obtenir d'un traitement homéopathique, presque invariablement ces confrères amènent la conversation sur le traitement de la diphtérie. Le médecin orthodoxe, semble avoir l'impression que là, dans tous les cas, il est en sûreté. L'homéopathe n'aura certainement pas la témérité de prétendre que les résultats du traitement homéopathique de la diphtérie sont meilleurs que ceux que l'on obtient par le traitement au sérum antidiphtérique.

Je n'ai pas l'intention de discuter les mérites et les inconvénients, du sérum antidiphtérique. Personne, sans doute, ne niera que son emploi constitue un progrès énorme sur les méthodes de traitement suivies, avant son introduction, par l'école officielle.

J'ai toujours soutenu cependant que les résultats du traitement au sérum sont inférieurs à ceux que l'on peut obtenir de l'usage des remèdes choisis conformément aux lois établies par Hahnemann.

Soutenant de pareilles opinions, j'ai souvent trouvé que mon argumentation devant nos confrères était sérieusement gênée par l'absence de statistiques pour appuyer nos revendications. En conséquence, il y a un an environ, je commençai à noter soigneusement les résultats du médicament homéopathique dans des cas de diphtérie. Pour parvenir à comparer les résultats des deux traitements je pensai que la meilleure méthode serait de déterminer combien de temps les bacilles persistaient dans la gorge après le traitement, dans chaque cas.

Malheureusement pour mon dessein, les dispositions sanitaires sont excellentes à Glasgow, et les cas de diphtérie ne sont pas fréquents. Durant l'année, j'eus l'occasion d'en observer trois cas seulement. Comme deux d'entre eux sont d'un intérêt considérable, j'en donnerai brièvement les détails.

 

 

Le premier était un homme de quarante ans, un malade du Dr Gibson Miller. Il consulta le Dr Miller au mois d'octobre dernier à propos d'un mal de gorge datant de vingt-quatre heures. A ce moment les symptômes ne s'étaient pas développés et le Dr Miller ne trouva rien pour baser sa prescription sinon le fait que la douleur avait débuté par le côté droit et s'était propagée du côté gauche.

La prescription faite fut Lycopodium 30e. Le jour suivant le malade rendit compte qu'il était beaucoup plus mal, et le Dr Miller ayant à cette période un excès de travail, me pria de me charger du cas.

Je trouvai le malade couché, da tête au bord du lit, laissant couler de sa bouche une salive épaisse, visqueuse et tachée de sang.

Gorge : La douleur était très aiguë et l'avait tenu éveillé toute la nuit. Durant plusieurs heures avant ma visite il avait été incapable d'avaler n'importe quoi, même une gorgée d'eau. Il avait remarqué cependant qu'antérieurement à ce que la gorge devînt si douloureuse, ce qui était froid pouvait être avalé plus aisément que ce qui était chaud.

Douleur pire sur le côté gauche.

L'examen laissa voir un morceau de membrane blanche de l'étendue environ d'une pièce d'argent de vingt centimes sur l'amygdale gauche.

Aversion marquée pour supporter quelque chose entourant son cou. La température était de 101 8 Far., et le pouls, plutôt faible, se tenait environ à 120 par minute.

Malgré le fait que les symptômes avaient débuté sur le côté droit et s'étaient étendus au côté gauche, les autres indications désignaient si fortement Lachesis que j'eus peu à hésiter pour prescrire ce remède. La 1.000me dynamisation de Fincke fut donnée sèche sur la langue toutes les quatre heures.

Quand je rendis visite au malade le jour suivant, sa femme m'informa qu'il s'était levé, qu'il avait pris un bain et qu'il comptait se rendre à ses affaires le lendemain. Le malade reconnut cependant, qu'il s'était senti très faible après le bain et il ne fut pas difficile de le décider à rester au lit.

La membrane avait complètement disparu de la gorge qui, à part une légère rougeur, apparaissait tout à fait normale.

Liquides et solides, tant chauds que froids, pouvaient être avalés sans douleur.

La température et le pouls étaient normaux.

Sacch. lactis fut substitué à Lachesis. La gorge ne donna pas d'autre malaise. Peu de jours après il se produisit quelques symptômes dans l'estomac pour lesquels Lycopodium apparut indiqué, ce remède les fit disparaître rapidement.

Un prélèvement opéré dans la gorge à l'aide d'un tampon au commencement de la maladie révéla la présence du bacille de Loeffler.

Un prélèvement fut opéré trois jours après l'administration de Lachesis et un autre fut opéré peu de jours plus tard ; l'un et l'autre donnèrent des résultats négatifs.

Outre qu'il montre la rapide disparition des bacilles de la gorge, ce cas, je pense, découvre très clairement la parenté complémentaire de Lycopodium et de Lachesis. Le fait que la douleur dans la gorge alla de droite à gauche, bien que le remède indiqué fut incontestablement Lachesis, pourrait s'expliquer par la supposition que le remède chronique du malade, avant, l'attaque aiguë, se trouvait être Lycopodium. Cette hypothèse paraîtrait aussi être appuyée par l'état de l'estomac exigeant ce remède après que l'accès aigu eut disparu.

 

 

Le second cas était une dame de vingt-quatre ans qui avait suivi un traitement durant quelque temps, avant la diphtérie, pour de la rhinite chronique et de la surdité. Le 10 avril dernier elle vint me trouver se plaignant d'une douleur à la gorge et d'une faiblesse générale durant depuis vingt-quatre heures.

Gorge : Douleur pire du côté droit et s'étendant à l'oreille sous l'action de la déglutition.

Elle pouvait avaler de la nourriture tiède plus aisément que quelque chose de chaud ou de froid.

L'état avait été beaucoup plus pénible durant la nuit qu'à aucun autre moment des vingt-quatre heures.

Il y avait un petit morceau de membrane grise sur l'amygdale droite avec une congestion marquée de tout le pharynx.

La langue avait un enduit épais d'une couleur jaune sale ; ses bords portaient l'empreinte des dents.

La prescription fut. Mercurius Sol. 30 toutes les quatre heures jusqu'à ce que la douleur fût soulagée, combiné avec le repos au lit et la diète liquide.

Comme cette malade demeurait à une distance considérable, je priai ses amis de me tenir au courant de son état chaque jour.

Le jour suivant, 11 avril, on me rendit compte qu'elle se sentait plus forte, quoique la gorge persistât à être douloureuse. Mercurius fut continué trois fois par jour.

Le douze la gorge était beaucoup mieux et le jour suivant quand je vis la malade, la douleur avait presque disparu. La gorge était beaucoup moins congestionnée et il était à peine possible d'indiquer l'endroit où avait été la membrane. La langue n'était pas complètement nette bien que beaucoup améliorée.

La température et le pouls étaient normaux.

Je suppose que c'est avec l'idée de hâter la guérison que j'essayai de donner deux doses de Mercurius 200 avant de mettre la malade au Saccharum lactis. J'eus l'occasion de m'absenter durant deux jours après cela. A ma visite, le seize, je fus informé que le quatorze, (le jour suivant l'administration de merc. 200), la gorge avait été en bien plus mauvais état et avait persisté ainsi jusqu'au quinze. Alors la mère de la malade pensant que l'état provenait du défaut d'exonération intestinale, donna un lavement. Le résultat fut satisfaisant en ce qui concernait les intestins, mais la malade fut si épuisée après qu'elle s'évanouit.

La gorge (le seize, à ma visite) fut trouvée distinctement plus enflammée que le treize. Un petit ulcère superficiel apparaissait sur l'amygdale droite. La douleur était moindre que les deux jours précédents.

Comprenant que la malade souffrait d'une aggravation mercurielle, je donnai deux doses d'Hepar sulfuris M, à quatre heures d'intervalle. Après vingt-quatre heures, la douleur eut disparu de la gorge et la malade devint à tous égards, normale.

L'examen bactériologique révéla la présence des bacilles de la diphtérie sur un prélèvement fait, à l'aide d'un tampon, dans la gorge, le dix, et les résultats négatifs sur les prélèvements opérés le 13 et le 16 alors que cliniquement l'état était pire.

 

 

Le troisième cas se présenta chez un petit garçon de 7 ans et n'offrit aucune particularité intéressante.

Un prélèvement, à l'aide d'un tampon, dans la gorge, au commencement du traitement révéla la présence du bacille de la diphtérie et un autre prélèvement opéré deux jours après donna un résultat négatif.

 

Tous les examens bactériologiques furent pratiqués par les autorités sanitaires de Glasgow. Je tiens de l'autorité du Dr Buchanam, bactériologiste de la ville que sous l'influence du traitement orthodoxe (officiel), les bacilles restent dans la gorge en moyenne durant vingt-deux jours après le début du traitement et que dans neuf pour cent des cas ils sont encore présents au bout de six semaines.

 

Il est évident que nous ne pouvons pas généraliser d'après trois cas et c'est pour cette raison que j'ai signalé ces cas à votre attention, afin d'engager, si faire se peut, quelques-uns d'entre vous, à noter leurs cas de diphtérie de la même manière, en sorte qu'aussitôt que possible, nous puissions avoir un nombre de cas suffisant pour dresser des statistiques. J'ai la sûre impression que si nous pouvions placer sous les yeux de nos confrères orthodoxes (allopathes), des faits rigoureux indiquant que notre traitement est supérieur aux leurs, même dans une maladie telle que la diphtérie (pour laquelle ils prétendent, et non sans certaines raisons, avoir trouvé quelque chose présentant le caractère d'un traitement spécifique), il ne serait pas difficile de les intéresser aux enseignements de Samuel Hahnemann.

Dr H. HENDERSON PATRICK, de Glasgow.

(8° Congrès intern. d'Hom. Londres 1911). (The Homoeopathician. Janvier 1912). (Traduction du Dr BAYLE, d'Annonay)..

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