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DOULEURS RHUMATISMALES

Dr Jules GALLAVARDIN, de Lyon.

Le Propagateur de l'homéopathie n°4,
30 avril 1913, p. 86

 

Que signifient d'abord ces deux mots qui ont la prétention de résumer un diagnostic?

Un des deux, l'un ou l'autre, suffirait à lui seul pour se faire comprendre. Malgré leur apparente simplicité les termes douleurs et rhumatismes ne font qu'engendrer la confusion dans l'esprit des malades et je dirai même dans l'intelligence des médecins.

Qu'entend-on par douleurs au pluriel? On ne veut certainement pas désigner par là une douleur de dents ou rage de dents, une douleur de tête ou migraine, une douleur de ventre ou colique, une douleur nerveuse ou névralgie, quoique, en fin de compte toutes les douleurs sont nerveuses puisque ce sont les nerfs qui permettent de percevoir la sensation douloureuse aussi bien que la sensation agréable.

Une personne disant d'une façon générale qu'elle a des douleurs semble s'exprimer d'une manière plus précise, en tout cas plus médicale, en parlant de ses rhumatismes. Mais est-il facile de définir le mot de rhumatisme. Les médecins, à leur tour, ont fait de ce mot rhumatisme le synonyme de douleur et dans les livres, pour désigner les manifestations douloureuses qui accompagnent telle ou telle maladie, on lit couramment rhumatisme tuberculeux, rhumatisme blennorrhagique, etc. Suivant le point douloureux considéré on trouve encore rhumatisme articulaire, rhumatisme musculaire, etc.

La simplification apparente réalisée par ces diverses appellations n'empêche pas le désarroi des médecins qui sont toujours à la recherche de la panacée du rhumatisme.

Pour quelques succès obtenus par le saule et ses dérivés chimiques : l'acide salicylique, les salicylates, l'aspirine et d'autres, ou s'est cru en possession de cette panacée. Erreur funeste pour les malades d'abord, pour les médecins ensuite, car il importe peu de connaître l'étiquette si l'on n'arrive pas à soulager le malade et en homéopathie on ne doit pas faire la cure du nom, on doit surtout tenir compte de chaque sujet considéré individuellement.

Cas I

Au cours d'un voyage, je rencontre un soldat de l'infanterie de marine marchant avec peine, aidé de deux béquilles. Il devait rejoindre son régiment après un congé de convalescence de 3 mois et il était aussi malade qu'à sa sortie de l'hôpital militaire. Il avait eu soin cependant de voir plusieurs médecins, militaires et civils, mais il n'était guère satisfait de leurs soins. Ceci faisait même l'objet de ses plaintes et de ses récriminations exposées à haute voix afin que nul n'en ignore. Il regrettait son temps perdu, son argent dépensé et naturellement ne ménageait pas ses, critiques. Il n'avait pas l'intention de m'adresser la parole, il ignorait ma qualité de médecin, mais devant ses souffrances je jugeai bon d'intervenir pour faire cesser cette conversation malveillante à l'égard de mes confrères et dans l'espoir d'arriver à le soulager.

Depuis quatre mois qu'il était malade il avait usé et abusé du salicylate de soude et du salicylate de méthyle, il avait même encore un pansement fait avec cette dernière substance qui répandait son odeur désagréable. Ses deux jambes étaient enflées depuis le début de sa maladie et devenaient surtout douloureuses par le contact, par la pression et par la marche.

Ne devant certainement pas avoir l'occasion de revoir le malade je voulais cependant lui donner une direction de traitement assez détaillée pour un temps assez long et prévoyant la succession des remèdes à prendre depuis le moment présent jusqu'à sa guérison, en admettant l'évolution que j'espérais, je lui donnai 6 remèdes : Apis 3, Cantharis 3, Colocynthis 3, Rhus 3, Benzois acid. 6, Arnica 3.

A partir du 29 octobre 1912 le malade prit successivement ces 6 remèdes chacun pendant 2 jours.

Le 10 novembre il m'écrivait : «Je n'ai suivi que votre traitement et à ma grande satisfaction dès le 4e jour, comme vous m'aviez dit, mes jambes étaient désenflées, et les douleurs bien moindres. J'ai toujours continué et dès maintenant je marche bien sans l'appui de béquilles ni de bâtons. Enfin je ne sens presque plus de douleurs, je compte reprendre mon service dans quatre ou cinq jours». Je lui conseille de continuer les mêmes remèdes pendant une semaine.

Le 17 novembre je reçois encore des nouvelles : «Je dois vous dire que j'ai repris mon service, ce n'est pas que je sois tout à fait remis car je sens ma jambe droite faible encore, j'éprouve une petite douleur lorsque je monte ou descends un escalier, je suis forcé d'aller doucement, j'ai aussi le pied gauche qui enfle légèrement et me fait mal quand je reste trop longtemps debout. Cependant je ne boite plus.» Je lui envoie Sulfur 3 et Bryone 3.

J'ai appris depuis qu'il était complètement guéri.

Cas II

Un confrère allopathe vient à mon cabinet me présenter une de ses parentes atteinte de douleurs depuis 14 mois, tous les traitements suivis ayant été inefficaces. Ses douleurs provenaient d'un bain pris trop tôt après ses règles. Les pieds et les mains étaient enflés. Il y avait beaucoup de lassitude, surtout le soir.

Le 15 octobre 1912, je prescris Apis 3 et Arnica 3.

Le 28 octobre la malade m'annonce qu'elle a ressenti le deuxième jour une légère amélioration qui n'a pas persisté.

Ces deux remèdes n'ayant pas produit un assez bon résultat malgré leur indication très nette, je devais choisir un remède de fond s'adressant directement au tempérament et en rapport avec l'étiologie de son affection.

La malade est d'une très forte corpulence, elle éprouve parfois une sorte de crampe dans les doigts et l'avant-bras, un peu de faiblesse musculaire. Toujours lasse, la marche l'essouffle, provoquant fatigue, serrement aux tempes, besoin fréquent de dégrafer son col, son corset. Sommeil agité, cauchemars, pas de souffrances nocturnes. Crampes dans les mollets la nuit. Douleurs aggravées par l'eau froide.

Je prescris Sepia 300 une dose à sec sur la langue puis Graphite 12 et Bryone 3.

Le 14 novembre. Grande amélioration, la malade ne souffre presque plus, elle repose mieux la nuit. Elle éprouve cependant une sensation générale d'enflure par tout le corps, surtout à la taille, au ventre, au thorax et aux bras. Enrouement. Je lui recommande de reprendre Arnica et le 24 novembre 1912 Graphite 600.

J'ai appris plus tard que cette dose unique de Graphite 600 a été suivie d'amélioration très marquée. La malade était bien plus à son aise, n'avait plus la sensation d'être serrée dans son corset, elle était moins essoufflée et se sentait «moins boudinée».

Actuellement elle n'a plus que le souvenir de ses douleurs et jouit d'une santé parfaite.

Cas III

Un malade se plaint depuis trois semaines de douleurs localisées à l'épaule gauche. Il a surtout une réelle difficulté pour s'habiller et se déshabiller. La pression sur quelques points sensibles provoque une grande douleur. Soupçonnant un peu d'inflammation de l'articulation de l'épaule je prescris Apis 3 et Cantharis 3. Le lendemain au réveil le malade n'a plus de douleurs.

Dirai-je encore que cette guérison fut faite chez un médecin allopathe. Apis ou le venin d'abeille, Cantharis le venin de la cantharide sont donc des substances susceptibles de guérir les rhumatismes ? Les allopathes n'ont-ils pas essayé de soigner les rhumatisants en les faisant piquer par des abeilles ou en leur mettant des vésicatoires à la cantharide ? Ce sont des applications inconscientes de la loi de similitude, mais la dose est souvent trop forte et parfois nuisible. N'est-il pas préférable d'employer à l'intérieur des petits globules imprégnés d'une dilution de ces remèdes ?

Cas IV

Une dame de 35 ans souffrait depuis quinze jours de douleurs rhumatismales subaiguës que le salicylate et d'autres médications suivies pendant ce temps n'avaient presque pas améliorées. Gardant le lit elle souffrait jour et nuit, mais ses douleurs avaient très nettement une aggravation nocturne, ce qui causait de véritables insomnies. Tous les homéopathes savent que ce dernier symptôme indique Rhus toxicodendron. Ce qu'il y eut de particulier après l'administration de ce remède, ce fut sa rapidité d'action. En effet, je visitai la malade à 8 h. du soir et laissai tomber une quinzaine de globules de Rhus 3 dans un verre d'eau.

Après mon départ, la malade prit une seule cuillerée à café et s'endormit quelques minutes après.

Quel fut son étonnement le lendemain matin de se réveiller après le lever du soleil et de constater que ses souffrances avaient disparu.

Voilà donc un médicament capable à lui seul de faire dormir et de guérir. Quelle différence avec l'emploi de tous ces poisons hypnotiques, l'opium, la morphine, le chloral, le sulfonal, le véronal etc..., qui ne ramènent le sommeil qu'en assommant le malade, et qui n'arrêtent pas la maladie dans son évolution.

 

Ces diverses observations pourraient être suivies de plusieurs autres dont l'exposé ferait comprendre cet excellent précepte d'Hufeland : «Le grand talent du médecin consiste à généraliser le plus possible les maladies et à individualiser le plus possible les malades». Pour guérir les douleurs rhumatismales, l'homéopathie ne recommande pas seulement les quelques remèdes cités au cours de ces observations, elle en utilise d'autres pour des cas différents, et, en toutes circonstances, il faut tenir compte des manifestations morbides les plus saillantes du seul malade considéré.

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