Cancer de l'estomac
Par le Docteur Nebel, de Lausanne |
Le Propagateur de l'homéopathie
n°6 et 7,
30 juin 1913, p. 129
31 JUILLET 1913, p. 145 |
Le traitement du cancer de l'estomac mérite tout
spécialement de retenir notre attention, car de tous les organes, c'est
le tube digestif qui est le plus fréquemment touché par le cancer. Les
statistiques démontrent que 60 pour cent des cancers intéressent
l'estomac et l'intestin.
Dans la littérature homéopathique on ne trouve pas assez de
détails sur le traitement de cette affection. Le livre très documenté du
Dr Cartier Thérapeutique homéopathique des voies digestives contient peu de chose sur le cancer de l'estomac.
Pour que la thérapeutique soit efficace il faut savoir
dépister chez le malade la prédisposition à contracter le cancer. Comme
le recommande Burnett, il faut reconnaître l'état précancéreux du
malade.
Le cancer de l'estomac présente très souvent une évolution
lente. C'est la forme squirrheuse qui se prête le plus facilement au
traitement homéopathique. Il s'agit souvent d'une forme larvée qui
s'accompagne de phénomènes locaux et de manifestations à distance
touchant différents organes. Ces organes éloignés du siège de la tumeur
présentent quelques symptômes qui permettent de saisir la relation qui
existe entre cet organe et le tube digestif. Ces organes sont le coeur,
la glande thyroïde, l'utérus, le poumon et la plèvre. Très souvent un
malade chez qui se développe un cancer de l'estomac ressent des
.symptômes du côté du coeur. Cela peut être dû à la pression du dôme
sous phrénique de l'estomac, et comme .symptômes le malade peut
présenter de l'asthme cardiaque. Il y a une sorte d'état tétanique du
coeur. Dans d'autres cas, des symptômes subits d'artériosclérose cachent
un cancer de l'estomac et il est bon de surveiller l'état de l'estomac
quand on se trouve en présence de ces troubles cardiaques et
circulatoires.
La glande thyroïde peut souffrir dans le cas d'un cancer de
l'estomac en évolution. Des symptômes de basedowisme fruste, des
palpitations, un peu d'exophtalmie doivent attirer l'attention du
médecin du côté des voies digestives.
L'utérus est aussi un organe qui peut ressentir à distance
l'influence du cancer de l'estomac. On peut voir des femmes présentant
un cancer de l'estomac en évolution avoir quelques manifestations
utérines, telles que retard des règles ou hémorragies, ce qui fait
supposer quelquefois un avortement; on a fait parfois à ces malades
trois a quatre curetages. Vient-on à examiner le tube digestif, on
trouve un cancer du pylore ou de l'estomac.
Le cas inverse peut se produire, une malade se plaint de
l'estomac; en examinant l'utérus on trouve un cancer du col. C'est
l'estomac qui crie et c'est l'utérus qui pâtit. De même pour la glande
thyroïde, des souffrances de l'estomac peuvent être l'annonce de
troubles de la glande thyroïde.
Le poumon et la plèvre sont influencés dans l'état
précancéreux ou l'état cancéreux. Des cas de pneumonie chronique
survenant par accès, des pleurésies fréquentes, ou des pleurésies
localisées offrant des caractères de ténacité ou de chronicité doivent
éveiller les soupçons. Dans de tels cas on est surpris de voir que les
remèdes homéopathiques n'agissent pas mais si on examine l'estomac et
que l'on donne les remèdes de l'estomac on guérit vite la pleurésie. Ranunculus bulbosus est un bon remède de drainage de la plèvre quand
l'estomac est malade. J'ai observé le cas d'un malade ayant une
pleurésie se manifestant tantôt d'un côté, tantôt de l'autre et cela
pendant deux mois. Je soupçonnais une affection cancéreuse de l'estomac,
je donnai deux doses d'Ornithogalum et une dose de Micrococcin de Doyen, il fut guéri en 8 jours.
Il faut accorder aussi une grande attention aux symptômes
de la lèvre et de la langue. Rhus, Lachesis ont les lèvres sèches. La
langue brune, sèche, a la couleur du jambon cuit.
Le cancer de l'estomac est guérissable spontanément ou peut
se transformer en une affection moins grave. Kromberg de Budapest a pu
trouver trente cas de linite plastique de l'estomac ou du pylore. La
lésion est constituée par des cellules cancéreuses atrophiées. Le cancer
du pylore avait guéri et la linite s'était développée.
Le traitement du cancer comporte des indications multiples.
En première ligne il faut envisager les remèdes isopathiques,
spécifiques, le Micrococcin de Doyen, l'Antimeristem de
Schmidt, puis la Tuberculin et les remèdes constitutionnels de la
série psorique.
Quand il y a basedowisme fruste Arsen., iod. ou Ars.
polysulfidicum ou Réalgar.
Les remèdes homéopathiques les plus importants sont Carbo
animalis, Carbo veget., Carborundum, Graph, Lach. Kali bich., Radium,
Thorium, Silicea, Petrol.
Petroleum est très négligé. C'est cependant un grand remède qui se présente après
Thuya, il convient lorsque dans l'état cancéreux on observe des
éruptions, des raghades des doigts. C'est un bon remède du cancer du
pylore avec diarrhée chronique.
Phosphorus peut être employé dans le cancer de l'estomac; le symptôme: le malade a
grand besoin de manger chaud, est une bonne indication de Phosph. Ce
n'est pas le symptôme habituel, car on note que le malade de Phosphorus
dans les cas aigus, dans la dyspepsie nerveuse par exemple, a le
symptôme suivant: «si le malade mange froid il est amélioré, mais dès
que les aliments sont chauds, le malade les vomit.»
Le malade de Sepia a grand désir de cornichons ou
d'oignons au vinaigre.
Enfin d'autres remèdes peuvent agir comme canalisateurs, je
citerai seulement: Carduus marianus, Ceanothus, Condurango, Hydrastis,
Helonias dioica, Taraxacum, Scroph., Solidago, Conium.
Étudions d'une façon plus spéciale quelques-uns de ces
remèdes.
Condurango est un bon remède canalisateur, il a peu d'indications dans la matière
médicale; il est proche parent de Sulfur, d'Arsenic et de Thuya. Une
indication très spéciale de ce remède est: la peau des lèvres craque
facilement, il y a une raie vers la commissure des lèvres et je dirai:
plus cette raie est marquée, plus haute doit être la dilution à donner.
Je me rappelle un cas où le Dr Roux donnait de la teinture de Condurango
sans amélioration marquée; je donnai ensuite une 30e, l'effet fut
immédiat et le résultat se manifesta par un retour de l'appétit. Un cas
du Dr Beck fut très amélioré par ce remède pendant 4 ans.
Condurango possède une action très lente, dans le cancer de
l'estomac, parce que l'évolution du cancer est très lente; il ne faut
pas se lasser de le donner, surtout dans les constitutions psoriques et
sycotiques; il faut varier le traitement avec des dilutions différentes.
Taraxacum dens leonis est indiqué en cas de fièvre, quand il y a indigestion alimentaire
stomacale, la langue est blanche, chargée. La maladie est sujette à des
aggravations printanières. Ce remède agit en régularisant les selles et
en donnant de l'appétit; il faut songer à lui en cas d'affection
symptomatique de l'utérus. La racine de dent de lion contient de la
Choline, substance ressemblant à la neurine, offrant ainsi une parenté
avec la cancroïne d'Adamkiewicz.
Si le teint brun de la, figure indique Carduus marianus,
le teint jaune Chelidonium, le teint intermédiaire entre le jaune
et le brun est une indication de Taraxacum..
Carduus marianus agit plutôt, sur la lobe gauche du foie.
Ornithogalum est un remède du pylore.
Solidago agit sur le foie et les reins. La plante fleurit surtout en août et
septembre et comme médicament il s'adresse aux malades qui sont à
l'automne de l'âge, vers 40 ans. C'est un remède intermédiaire entre
Tarax. et Carduus mar.
Comme palliatif de la douleur, un excellent moyen est la
compresse d'infusion des fleurs de foin. On met une forte poignée de
fleurs de foin dans un linge, le tout placé dans un demi-litre d'eau
chauffée pendant une demi-heure.
L'infusion de menthe est aussi un palliatif des douleurs.
Enfin il est un agent canalisateur de tout premier ordre
sur lequel je voudrais dire, quelques mots, c'est l'eau de mer ou le
Plasma de Quinton. Dans le traitement du cancer, il m'a permis d'avoir
des succès très marqués. Le Dr Arnulphy m'avait recommandé il y a
quelques années l'eau de mer comme un remède utile. J'ai résisté pendant
deux ans ne voulant pas l'employer parce que je pensais que l'action de
l'eau de mer n'était pas homéopathique, mais aujourd'hui je suis obligé
de reconnaître sa grande efficacité. Il n'est pas nécessaire au début
d'injecter une grande quantité, deux ou trois ampoules de 50 gr. par
semaine, surtout si la résorption de l'eau injectée se fait très vite.
Si la résorption se fait moins bien il vaut mieux diminuer la dose.
Dr Gailhard
Chez une de mes malades cancéreuses j'ai noté surtout avec
l'eau de mer une augmentation de poids, mais il ne m'a pas semblé que la
tumeur en ait été influencée.
Dr Nebel
De même que les autres remèdes l'eau de mer est inefficace
dans les cas trop avancés, et je ne connais pas de remède qui fasse
passer la cachexie, mais cependant l'eau de mer peut modifier le cancer.
Un cas de cancer utérin a été très modifié par le Plasma de Quinton.
J'ai aussi traité une malade qui m'avait été envoyée par le Dr Clarke de
Londres, elle avait un cancer du sein et avait l'aspect si frêle qu'il
semblait qu'un souffle l'aurait renversée. Je l'ai traitée avec des
remèdes homéopathiques conjointement avec le Plasma de Quinton, et en
cinq semaines l'état général s'était amélioré et la tumeur avait
diminué. Je pense que je n'aurais pas eu un si beau succès avec les
seuls remèdes. L'eau de mer est un excellent agent pour faire éliminer
l'acide urique et le chlorure de sodium.
Dr Bayle
Est-il nécessaire d'associer le Plasma et le remède, ou le
Plasma seul permettrait-il d'obtenir les mêmes résultats ?
Dr Nebel.
Le Plasma à lui seul le peut. Récemment avec le Dr Duprat
nous traitions une malade atteinte de pneumonie, nous lui avions donné
Arnica et nous avons fait analyser ses urines sous le rapport de la
quantité de chlorure de sodium, nous disant que si le taux de Nacl était
inférieur à la normale, il serait utile de lui faire une injection de
Plasma de Quinton.
Dr Duprat
Le taux de Nacl était à 2 pour 1.000, et 4 à 5 heures après
l'injection il remontait à 8 pour 1.000.
Dr Bayle
Dans un cas d'eczéma amélioré par Lycopod, il y eut
élimination plus abondante d'acide urique, alors qu'une injection de 100
cc. de Plasma ne donna aucun résultat.
Dr Nebel
Peut-être la quantité était-elle trop forte.
Dr Bayle
La reprise de Lycopod a très amélioré, je n'en donnais
qu'une seule dose tous les 4 jours et le malade me disait: «Les jours où
je prends le remède, j'élimine de l'acide urique et j'urine beaucoup
plus.»
Dr Nebel
Il arrive des cas où le Plasma de Quinton provoque des
aggravations. Je pense qu'il faut alors diminuer et distancer les
injections. Le Dr Arnulphy pense au contraire qu'il faut augmenter la
quantité de Plasma. Je suis d'avis qu'on risque de provoquer des
métastases en augmentant la quantité et pour régler cette quantité il
faut observer le degré de la vitesse d'absorption du liquide injecté.
S'il y a fièvre, il faut distancer.
Dr J. Gallavardin
Le Plasma de Quinton se comporte comme un remède
homéopathique donné en trop grande quantité lorsqu'il provoque des
aggravations et le Dr Boyer me citait un cas d'aggravation par l'eau de
mer, cas traité par le Dr V. Léon Simon et guéri avec Natrum mur.
Dr Nebel
La Cuprase recommandée par Gaube du Gers influence
manifestement les tumeurs cancéreuses, mais il convient surtout dans les
tumeurs dures. L'on peut dire que plus dur est le squirrhe, plus le
Cuprum est indiqué.
Dr Gailhard
L'on se demande pourquoi, à indications égales, certains
remèdes agissent mieux que d'autres. Ainsi nous avons tous observé des
cas de Coqueluche où nous trouvions respectivement les indications de
Drosera dans un cas, de Coccus cacti dans un autre cas, de Cuprum dans
un troisième cas, c'est Drosera qui agira mieux dans son cas que Coccus
cacti ou Cuprum dans le leur.
Dr D'espiney
Drosera agit mieux parce que dans ce cas c'est un remède
d'organe.
Dr Nebel
Si Drosera réussit mieux c'est à cause de la spécificité du
siège, il a une prédilection pour le larynx alors que Coccus cacti et
Cuprum ne sont pas des remèdes du larynx. Il faut tenir compte de
l'organe atteint pour le choix du remède. Pour le cancer du rectum situé
un peu haut avec sensation de boule: Sepia. Si la peau est sèche avec
tendance aux hémorroïdes: Scrophularia nodosa.
Le chagrin est une cause sinon déterminante du moins
aggravante de l'état cancéreux et le Dr Audier dans une statistique du
cancer a noté ce facteur étiologique comme très important dans la genèse
de la maladie. Lachesis est alors le remède indiqué pour ces malades
ayant éprouvé ces chagrins intenses à propos de personnes ou de pertes
d'argent.
Il faut en tous cas surtout donner le remède de base et
veiller les symptômes qui se présentent après. Si le remède
homéopathique est clairement indiqué, donner ce seul remède et ne donner
le remède: isopathique qu'après le remède homéopathique. Je ne suis pas
unitariste dans le traitement du cancer. Cette maladie ne se développe
pas chez des personnes saines et il y a souvent indication de plusieurs
remèdes qu'il faut savoir donner en temps opportun.
Au sujet du cancer de l'estomac, il n'est pas sans intérêt
de compléter ce que j'ai exposé dans ma précédente communication. De préciser quelques points relatifs au
diagnostic précoce de cette affection et de donner de plus amples
conseils sur son traitement en rectifiant les quelques légères erreurs
qui ont pu se glisser dans le compte-rendu de ma communication.
Dans les cas que je présenterai au lecteur, j'insisterai
surtout sur les points saillants, sans m'attarder trop aux détails ni à
l'histoire des malades.
Dans un article paru dans le journal de Recherches sur le
cancer (Zeitschrift fur Krebsforschung. Bd. IX Heft 3) intitulé, Cancer
et anémie pernicieuse, l'auteur, le Dr Hirschfeld insiste sur le fait
que le cancer se présente souvent sous l'aspect d'une grave anémie dite
anémie de Biermer-Ehrlich et que souvent, dans ces cas le diagnostic du
cancer ne peut-être établi qu'à l'autopsie. J'ai vu une série de cas
semblables. L'état de la langue donne souvent de nombreuses indications
pour faciliter le diagnostic précoce de cette forme de cancer.
Lors d'un séjour que le Dr Gailhard (de Marseille), fit à
Lausanne, j'attirai son attention sur cette forme de cancer et sur
l'état de la langue. Il me raconta alors un cas d'anémie grave traitée
sans résultat appréciable pendant près de deux ans par les sommités
médicales de Marseille et, par lui-même. Un an plus tard j'eus
l'occasion de voir la malade avec le Dr Gailhard. Dans l'intervalle la
malade traitée par Micrococcin Doyen et Condurango avait éprouvé une grande amélioration. L'anémie provenait manifestement
d'un cancer du pylore, qui était induré et d'une consistance élastique;
la langue était redevenue normale.
Il n'y a naturellement pas de «langue de cancer» spéciale
et uniforme à cette affection. La langue a un aspect variable. Souvent
elle est tailladée, dans différentes directions, ou bien elle peut être
de couleur rouge violacé ou encore prendre l'aspect de la langue lisse,
rouge foncé caractéristique ordinairement de Phosphorus Arsenicum
Lachesis et Sedum. Parfois aussi les papilles sont atrophiées au
centre de la langue et la muqueuse est lisse en cet endroit; d'autrefois
c'est le contraire et ce sont les bords de la langue qui sont lisses et
le milieu qui est normal. Dans d'autres cas, particulièrement quand il y
a de la fièvre, la langue présente un enduit très épais blanc jaunâtre
ou gris-sâle qui persiste pendant des semaines. Cet enduit occupe soit
la langue en totalité, soit le milieu, soit les bords de la langue. Il
est très caractéristique et facile à reconnaître quand on l'a vu une
fois. La langue du cancéreux est rarement en carte de géographie.
Les modifications des commissures des lèvres si
caractéristiques pour Condurango débutent souvent par une
espèce d'intertrigo avec légères démangeaisons qui incitent le malade à
s'essuyer fréquemment les coins de la bouche. Il se développe plus tard
une petite gerçure qui devient de plus en plus longue et profonde, et
qui, dans les cas plus prononcés, saigne légèrement. C'est à Burnett que
revient le grand mérite d'avoir fait observer ces caractéristiques de
Condurango. Cette rhagade caractéristique pour Condurango est d'autant
plus accentuée et apparente que le malade se rapproche davantage de
Lachesis et d'Arsenic. D'après Weihe, Condurango est équivalent à Sulfur
plus Thuja. Mais cela n'est pas suffisant, car en fait toute la série
psorique plus Thuya correspond à Condurango et j'insiste encore sur le
fait que plus le malade est près de Lachesis et d'Arsenic, plus les
rhagades de Condurango sont prononcées et plus Condurango devient
simillimum et doit être prescrit à hautes dilutions.
| Sulfur |
|
|
Calcarea carb. |
|
|
| Sepia |
|
|
Lycopodium. |
|
|
| Graphites |
+ Thuya |
=
Condurango |
| Silicea |
|
|
| Carborundum |
|
|
| Arsenic-iodat |
|
|
| Lachesis |
|
|
Arsenic. polysulfidicum et Petroleum présentent très bien l'état bâtard de la psore-sycose et trouvent aussi
leur remède canalisateur en Condurango.
La combinaison de la psore et de la sycose produit les
formes squirrheuses du cancer de l'estomac. Le cancer a une allure
d'autant plus chronique que l'organisme est plus réfractaire à la
tuberculose. Aussi Condurango n'est pas un médicament à effet rapide; il
doit être donné pendant des mois et même des années. Cependant quand il
est indiqué il agit d'une façon remarquablement rapide en ce qui
concerne la cessation des douleurs ainsi que le relèvement des forces et
l'augmentation de l'appétit. Quand Condurango est: simillimum il doit
être donné à haute dilution, une basse dilution produirait dans ce cas
une fâcheuse aggravation. J'ai eu en traitement un colonel allemand
guéri quinze ans auparavant par le Dr Beck d'un cancer du lobe gauche du
foie. Quand je le vis la première fois il était amaigri, cachectique et
présentait vers la région pylorique une tumeur de la grosseur du poing.
Dans le cours du traitement je lui donnai entre autres, Sulfur,
Sepia et Thuja. Je lui donnai ensuite Lycop et Carcinomin, qu'il
supporta très bien, sans aggravation notable. La préparation officinale
de vin de Condurango l'éprouva énormément et provoqua des crampes et des
vomissements. Par contre Condurango 30e l'améliora si bien qu'après un
traitement de quatre ans le malade était complètement guéri. Il est mort
de vieillesse, il y a 2 ans, à l'âge de 81 ans.
Dans un autre cas, un homme qui souffrait d'un cancer de
l'estomac reçut un jour du pharmacien la teinture mère de Condurango au
lieu de la 30° dilution prescrite. Dès les premières gouttes, il se
produisit de violentes douleurs, des vomissements et une hémorragie à la
suite de laquelle le malade succomba.
Le Condurango est un des médicaments essentiels de drainage
et de canalisation aussi bien dans le cancer du sein que dans celui de
l'estomac ou de l'utérus. Un médicament analogue est Hydrastis.
Il a aussi ceci de commun avec Condurango qu'il doit être donné
longtemps. Il est particulièrement indiqué dans le relâchement des
parois stomacales, consécutif au cancer du pylore. Prescrit longtemps et
à dilutions variables il remplace souvent le bistouri du chirurgien.
Dans le cancer de la région pré pylorique il se produit souvent une
rapide diminution de la tumeur, si bien qu'en peu de temps il se
développe une forte sténose vers le pylore avec gastrectasie
consécutive. Dans ces cas il est très important de ne pas trop accélérer
le traitement par la médication constitutionnelle. On devra intercaler
des périodes pendant lesquelles on n'emploiera que des médicaments
canalisateurs.
Revenons aux relations du cancer avec l'anémie pernicieuse.
En passant, nous mentionnerons parmi les auteurs français
qui les ont signalées:
Marcouelles: Anémie et cancer de l'estomac. Thèse de Paris 1910.
Petit et Merle: Cancer latent de colon à forme anémique. Soc. med. d'h.,
8 mai 1908.
Regnault: Anémie pernicieuse progressive et cancer latent de l'estomac.
Thèse, Lyon 1905.
Ville-Brun: Le cancer de l'estomac à forme anémique. Paris. Thèse
1904-1905.
Je me souviens, d'une vieille dame française qui venait de
temps à autre me consulter à Montreux et qui se plaignait de ce que
l'homéopathie avait eu relativement peu de bons résultats pour elle -
elle avait été soignée par l'homéopathie dès son enfance. - «Pardonnez,
Madame, l'homéopathie vous a guérie d'un cancer, lui dis-je.» Son teint
pâle, ses traits bouffis, que nous savons être les suites de
l'empoisonnement par l'acide acétique, m'en disaient assez.
En effet, dit-elle, il y a 30 ans environ, plusieurs
médecins constatèrent chez moi un cancer de l'estomac et c'est le
docteur Hermann, de Paris qui m'en a guérie.»
Inutile de dire que depuis cette conversation, la vieille
dame ne m'a jamais plus fait de plaintes sur l'homéopathie.
Ce n'est pas seulement dans le cancer de l'estomac que
cette grave anémie est le symptôme prépondérant. Elle l'est aussi dans
des tumeurs malignes situées dans d'autres organes.
Je soignais une vieille demoiselle d'environ 70 ans qui
souffrait d'une pharyngite chronique sèche avec tous les symptômes
pénibles qui l'accompagnent, symptômes qui s'accentuaient la nuit. Tout
ce que je pus faire fut de la soulager un peu de ses douleurs, mais
après un traitement de deux ans, elle manifesta son impatience de la
durée du traitement.
Ce n'est pas ma faute, lui dis-je, si vous progressez si
lentement. A mon avis, vous vous guérissez lentement d'un mal cancéreux
caché et tous ces symptômes de pharyngite ne sont que l'expression de
votre empoisonnement par le cancer.»
La malade fut quelque peu effrayée. Mais mon petit sermon
l'engagea à persévérer dans le traitement. Peu de temps après, un
docteur de sa connaissance vint me voir, et me dit d'un air attristé:
«J'ai examiné Mlle X. avec le chirurgien V., nous avons trouvé un cancer
au sein de la grosseur d'une orange. Le chirurgien dit que vu l'âge et
la faiblesse de la malade l'opération serait inutile. N'alarmez plus la
malade en lui parlant de cancer.»
Deux ans plus tard, le même chirurgien examina la malade.
La tumeur avait presque entièrement disparu.
Le chirurgien pensa s'être certainement trompé dans son
diagnostic et avoir pris une Mammite chronique pour un cancer.
Inutile de dire qu'avec la disparition de la tumeur, les
symptômes morbides du pharynx s'étaient considérablement améliorés.
Une femme de 40 ans offrait un type prononcé d'anémie
pernicieuse. Je lui donnai quelques doses de Micrococcin-Doyen plutôt dans le but de faciliter le diagnostic, et je lui dis de revenir
dans trois semaines. Je soupçonnai un cancer caché mais je n'avais
aucune indication pour le localiser. Voyant mon incertitude à
diagnostiquer, qui ne lui donnait aucune confiance en moi, elle alla
consulter un confrère sans prendre mes remèdes. Quatre mois plus tard,
elle me fit appeler, car son état empirait progressivement.
Un examen très approfondi me fit découvrir un petit
squirrhe intra cervical, qui, à l'exception d'une faible leucorrhée,
n'avait jusqu'alors présenté aucun autre symptôme local.
La malade mourut de cachexie trois semaines plus tard.
Dans l'article cité plus haut, le Dr Hirschfeld fait
remarquer que dans la plupart des cas où le cancer offre des symptômes
d'anémie pernicieuse, on ne trouve généralement que de petites tumeurs
malignes à formes squirreuse. Mesothorium 2, et Radiothorium doivent alors être pris en grande considération,
surtout de la 6ème à la 12éme centésimale comme stimulants de la moelle
osseuse et de la rate.
Dans ses « Nouvelles consultations médicales ». (Paris
1904), au chapitre «Les faux cardiaques», le Docteur Huchard dit: «Vous
verrez tous les jours des malades, au début du cancer gastrique, encore
à peine développé, ne présenter que des symptômes dyspeptiques, légers
en apparence, avec des troubles cardiaques réflexes, très intenses. Un
jour ceux-ci s'atténuent ou disparaissent. Défiez-vous; c'est le
carcinome qui entre franchement en scène par la formation d'une tumeur
très appréciable au toucher».
J'ai eu l'occasion d'observer un bon nombre de ces cas. Un
Espagnol âgé de 70 ans, que je connaissais depuis plusieurs années vint
me consulter pour des accès sthénocardiaques avec hypersensibilité du
nerf phrénique et toux nerveuse. Tous ces symptômes disparurent avec une
dose de Naja 1000. Je fis remarquer au Dr Arnulphy, qui
était présent, que le malade s'était très affaibli et avait beaucoup
vieilli pendant les quatre dernières semaines. J'en inférais que les
troubles cardiaques étaient probablement causés par une tumeur maligne
cachée. J'envoyai le malade à Cauterets en lui recommandant de prendre
tous les jours 10 grammes d'eau de la source «La Raillère», mais de se
garder de dépasser cette quantité. Le médecin de Cauterets se récria
devant ce qu'il appelait l'absurdité de cette prescription et persuada à
mon malade que j'étais fou. Il lui fit prendre journellement un litre et
demi d'eau des sources La Raillère et Mauhourat. Quinze jours après, une
violente hémorrhagie de l'estomac se déclara, et le malade faillit en
mourir. Depuis ce moment l'amaigrissement fut très rapide. Une tumeur de
la grosseur de deux poings située à la grande courbure de l'estomac
diminua sous l'influence de Phosphor. 60e jusqu'au volume
d'une mandarine. L'état général s'améliora notablement mais, trois mois
après l'hémorrhagie, le malade fit un voyage très fatigant qui provoqua
une arythmie grave du coeur. Il partit alors pour Madrid où notre
confrère Paz Alvarez continua à le soigner. Il mourut 6 mois plus tard.
Un homme d'Etat éminent, frappé d'apoplexie, conservait de
cette attaque une parésie du bras et de la jambe gauche ainsi que de
légers troubles de la parole et une incapacité presque complète de tout
travail intellectuel. Artério-sclérose prononcée. Le malade avait subi
pendant longtemps un traitement allopathique. Il avait une induration
dans la région pylorique et un gonflement du lobe gauche du foie. Micrococcin Doyen, Mercur. aurat., Carduus mar. et une cure à
Ragatz produisirent un tel changement dans son état que trois mois après
il était à même de reprendre l'exercice de ses fonctions.
Ces derniers temps j'ai eu l'occasion de revoir un ancien
magistrat que j'avais soigné huit ans auparavant, lorsqu'il avait 60
ans. Il avait présenté des symptômes d'épuisement cérébral avec arythmie
et embolie pulmonaire. Là encore à la base de ces troubles il y avait un
carcinome gastrique dont la cicatrice est observable avec la plus grande
netteté à l'aide de la méthode de Peczely. Actuellement le malade,
encore un peu anémique est intellectuellement très dispos. Il paraît
plus jeune qu'au temps de sa maladie. Ce résultat est attribuable aux
médicaments homéopathiques ainsi qu'à un séjour à Ragatz et à une cure
prudente à Carlsbad.
Il n'est pas très rare que le cancer latent de l'estomac
prenne l'allure de la maladie de Basedow. C'est là que Ars. iod. remporte ses plus beaux triomphes. Si ce qui arrive assez souvent, la
30° dilution produit de l'aggravation, on montera à la 200e ou à la
1.000e.
Inversement le squirrhe de la thyroïde peut être méconnu
lorsqu'il ne se traduit que par des phénomènes gastriques.
Une femme de 60 ans, dont le mari était mort de carcinomes
multiples des os, maigrissait; elle présentait des symptômes
d'insuffisance hépatique et des désordres gastriques pour lesquels je
prescrivis Micrococcin et ensuite Lycopodium Je ne
dissimulai pas à l'entourage de la malade que je croyais à un cancer
latent et j'attirai sur ce point l'attention du Dr Vannier auquel
j'adressai la malade. Il lui prescrivit Chelidonium avec
grand succès. Un an après le lobe gauche de la Thyroïde commença à se
tuméfier. Le docteur lui prescrivit une pommade iodée qui produisit une
aggravation si pénible, que la malade revint me consulter. Je
diagnostiquai un carcinome de la thyroïde. La malade se fit opérer par
les Prof. Kocher et Roux. Quinze jours plus tard il y eut récidive au
niveau de la cicatrice. Quelques applications de rayons Roentgen
n'eurent comme résultat que de stimuler les bourgeons carcinomateux. Je
lui donnai alors Micrococcin. La récidive locale rétrocéda et
aujourd'hui, soit deux ans après l'opération, la malade se trouve en
parfait état.
Le traitement durant un an avec Micrococcin et
Arsenicum iod. guérit complètement une autre malade ayant un
carcinome thyroïdien de la grosseur d'une grosse noix, douloureux au
toucher et en partie adhérent à la trachée. Un an après la guérison, la
malade présenta les symptômes de pneumonie d'une forme particulière avec
foyers pleurétiques circonscrits. La maladie durait depuis deux mois
déjà et la fièvre oscillait entre 37°5 et 38°5. J'examinai la malade
avec le Dr Contat de Monthey et je diagnostiquai une tumeur au pylore à
laquelle j'attribuai la production de la pneumonie toxique chronique
accompagnée de pleurésie. Le traitement qui consista en Micrococcin
comme traitement de fond, Ornithogalum et Ranunculus bulb. comme remèdes canalisateurs, eut plein succès. La malade, déjà anémiée
et cachectique, retrouva ses couleurs et sa santé. J'ai encore de temps
en temps l'occasion de contrôler son état.
Des pleurésies restreintes à d'étroites bandes et qui
viennent par séries, apparaissent souvent dans la forme squirreuse du
cancer gastrique.
Chez les femmes, il n'est pas rare de voir le cancer
gastrique se présenter sous forme d'affection utérine.
Parfois de fortes pertes de sang, de longue durée sont
unies à une anémie pernicieuse, ou à une leucorrhée violente, âcre,
irritante souvent accompagnée d'une forte odeur. Ces métrorrhagies
persistent malgré le curetage; le sang noir en caillots, fait soupçonner
un avortement.
J'ai vu ces leucorrhées apparaître après Condurango; ce
remède les guérit aussi, Kreosotum de même.
Des douleurs rhumatismales de forme indéterminée décèlent
parfois un commencement de dégénérescence cancéreuse de l'estomac.
Au contraire, des douleurs goutteuses, aiguës et localisées
apparaissent lorsque des tumeurs étendues sont en train de se dissiper
rapidement.
Voici un cas de ce genre; le malade est encore en
traitement :
Un homme d'environ 60 ans souffrait depuis quelques mois de
violentes douleurs se concentrant surtout dans la région du nombril. Il
gardait le lit depuis assez longtemps, était très maigre et cachectique.
A côté des douleurs ci-dessus mentionnées il y avait de la
sciatique et tour à tour de la diarrhée et de la constipation.
Les deux docteurs appelés avant moi avaient uniquement
ordonné des narcotiques. Un examen approfondi me fit découvrir une forte
induration bosselée de toute la surface de l'estomac. Après Serum
anticancerosum, Cuprum arsenicosum et Condurango, il se
produisit une attaque de goutte, très violente et douloureuse
accompagnée d'enflure à la main droite qui avait l'air difforme. A côté
de cela, une espèce de contraction du tendon du biceps, qui était dur
comme la pierre au toucher. En continuant le traitement constitutionnel
et en employant Colchicum, Ledum, Erica carnea, la
manifestation goutteuse disparut et il se fit une amélioration réelle de
l'état général. La paroi de l'estomac est tendre, le malade a repris des
forces, et peut de nouveau travailler. Des injections de Plasma de
Quinton eurent une action bienfaisante.
L'examen de l'iris d'après la méthode de Peczely facilite
et rend possible le meilleur et le plus sûr diagnostic au début de la
maladie et dans les phases premières, cette méthode est de beaucoup
supérieure à l'examen par les rayons Roentgen. Elle est d'un grand
secours aussi pour juger des progrès de la guérison, car il est
nécessaire de contrôler la cicatrice en train de se faire. Elle donne
surtout des indices précieux sur les progrès de la cure et sur les
organes à travers lesquels la canalisation se fait.
Comme je l'ai dit à Lyon, les résultats sont désespérants
quand il s'agit de tumeurs étendues à croissance rapide. Nous disposons
certainement d'une quantité de remèdes extrêmement précieux tant au
point de vue symptomatique qu'au point de vue du soulagement des
douleurs.
Veratrum, par exemple pour la tumeur de la
région du cardia.
Quand il s'agit de ces grosses tumeurs il est très
dangereux de commencer le traitement par des remèdes constitutionnels.
On doit tout d'abord agir par des remèdes canalisateurs, sans cela, il
s'en suit facilement des hémorrhagies et une rapide décomposition de la
tumeur.
Voici un cas de ce genre que je vais relater brièvement.
Un chauffeur de bateau à vapeur souffrait depuis neuf mois
de violentes douleurs d'estomac. Sans avoir jamais examiné le malade, le
docteur qui le soignait lui avait ordonné, neuf mois durant, des
narcotiques. De plus, il avait une néphrite parenchymateuse.
J'ordonnai Nux Vomica 30, une dose à prendre
le soir, et le matin suivant une dose de Lycopodium.
Immédiatement après le malade eut une violente diarrhée mêlée de sang.
En neuf jours la tumeur de la grosseur d'une tête d'enfant s'en était
allée en petits morceaux avec les selles. L'analyse histologique d'un
morceau du tissu organique, de la grosseur d'un oeuf de poule, montra un
type d'Adénocarcinome.
Le malade vécut encore trois mois. Depuis le moment où la
diarrhée s'était établie, les douleurs avaient disparu et le malade
mourut paisiblement, de faiblesse cardiaque. Quelques jours avant la
mort, l'estomac ne présentait au toucher, plus aucune anomalie.
Dans la communication que j'ai faite à Lyon, j'ai signalé
les recherches de Krompecher qui déclare que certains cas de carcinome
de l'estomac ont une tendance à la guérison spontanée. Naturellement ces
carcinomes, diagnostiqués au début, offrent un champ très favorable au
traitement. La Carcinomine C. T. que j'emploie depuis six
mois comme moyen de diagnostic précoce me donne d'excellents résultats.
Par l'examen de l'estomac la veille de l'ingestion du remède, puis deux
jours après ingestion, puis à des intervalles de 6 à 8 jours, on peut
souvent obtenir des renseignements qui facilitent beaucoup le diagnostic
précoce.
Par l'examen de l'estomac un jour avant l'emploi, de même
que un ou deux jours après l'injection, et en répétant ces injections,
plusieurs fois à six ou huit jours d'intervalle, pour bien contrôler, on
trouve souvent des points d'appui de grande valeur pour le diagnostic
d'un cancer naissant.
Pour terminer, je donnerai une liste par ordre alphabétique
des remèdes trouvés, les plus recommandables dans le traitement du
cancer de l'estomac.
Antimeristem.
Argentum nitricum.
Arsenicum album.
Arsenicum iodatum.
Arsenicum polysulfidicum.
Carbo animalis.
Carbo vegetabilis.
Carborundum
Carcimonin C. T.
Carcimonin C. T. S.
Graphites.
Lachesis.
Lycopodium.
Mesothorium.
Micrococcin-Doyen.
Petroleum.
Radiothorium.
Radium bromatum.
Sepia.
Serum anticancerosum.
Silicea
Thuja.
Remèdes canalisateurs ou de drainage.
Angelica archangelica.
Carduus marianus.
Chelidoniurn.
Condurango.
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