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Troubles nerveux du coeur

(Maladie de Basedow)

Henry Duprat de Genève
31 janvier 1914, N°1, p. 9

 

Depuis l'année 1902 Mlle B... est très nerveuse généralement et souffre surtout de troubles cardiaques qui ne cessent de la tourmenter.

En 1908 et jusqu'au moment où je vois Mlle B... pour la première fois, ces troubles ont été particulièrement accentués. La malade a passé par les mains de deux médecins allopathes réputés, qui ont attribué ces symptômes cardiaques à un état de Basedowisme très évident. Mlle B... sous leur direction a reçu tour à tour Bromures, Valériane, Digitale même; lasse des insuccès de la médecine officielle elle a recouru au magnétisme qui lui a procuré un certain calme momentané. Mais son coeur étant toujours très peu bien, elle veut essayer encore le traitement homéopathique et vient me trouver dans ce but le 15 octobre 1912.

La malade se plaint de fortes et fréquentes palpitations renouvelées ou aggravées à la moindre émotion et si elle se couche sur le côté gauche. Elle souffre d'un léger tremblement et supporte très mal les parfums qui lui procurent des nausées. Elle se trouve toujours plus mal le matin et craint la chaleur. Je note un certain degré d'exophtalmie; une légère augmentation du corps thyroïde; un pouls accéléré sans lésion aucune. La malade est grande, mince, au teint clair. J'hésite entre Phosphorus et Natrum muriaticum. Tous deux correspondent aux troubles du coeur accusés par la malade; Phosphorus présente plus de tremblement que Natrum muriaticum et cette impressionnabilité spéciale aux parfums. Mais l'exophtalmie parle plus en faveur de Natrum muriaticum et l'aggravation par la chaleur fait définitivement peser la balance du côté de ce dernier remède. Je prescris donc une 6e dilution de Natrum m. à Mlle B... à prendre tous les deux jours.

Je la revois le 4 novembre; elle n'a ressenti aucune amélioration sensible. Natrum muriaticum était cependant indiqué, dans une certaine mesure tout ou moins, mais la dose choisie, à mon avis, était inadéquate; Natrum muriaticum agit généralement beaucoup mieux à la 30e dilution et aux dilutions plus élevées, surtout dans les troubles de la vie nerveuse.

Mlle 13... se plaint donc toujours de son coeur; elle a eu de fortes crises de palpitations durant plusieurs heures (tachycardie paroxystique) avec aggravation par le moindre mouvement du bras gauche. Elle a fréquemment une petite toux sèche, nerveuse (cardiaque) sans aucune anomalie du système respiratoire. Les nuits sont mauvaises, avec réveils fréquents dus aux palpitations. Fallait-il, dans ma critique du choix d'une dilution trop basse, redonner Natrum muriaticum à une dilution élevée. J'interrogeai la malade sur les caractéristiques envisagées à la première consultation, notamment sur sa façon de réagir vis-à-vis de la modalité «chaleur». J'avais compris, en effet, qu'il existait chez elle une aggravation générale par la chaleur, comme cela est le cas chez les malades justiciables de Natrum muriaticum. Elle précisa, m'apprenant qu'elle était très frileuse de corps, mais ayant toujours trop chaud à la tête; et cette modalité venait nettement souligner Phosphorus mis de côté la première fois. Je ne le prescrivis pas sans toutefois le comparer cette fois à Lachesis évoqué par les symptômes récents: réveils par les palpitations, aggravation par les mouvements du bras gauche. D'autre part, il manquait beaucoup de symptômes très caractéristiques de Lachesis, et la malade très calme, causant très posément et modérément ne rappelait en rien l'excitation de ce remède, et son exubérance verbale; d'ailleurs Lachesis a l'aggravation générale par la chaleur. Dernière confirmation du choix de Phosphorus: la malade présentait le point douloureux de ce remède d'après la méthode de Weihe (à la base de l'appendice xiphoïde).

Prescription: Phosphorus 30e dilution, une dose quotidienne pendant trois jours de suite.

Le 25 novembre la malade m'apporte la nouvelle d'une grande amélioration: son coeur est beaucoup plus calme, les nuits beaucoup meilleures. Je lui donne encore deux doses de Phosphorus 30e.

Le 16 décembre, je revois Mlle B... Le coeur va de mieux en mieux; la toux sèche a beaucoup diminué. Les odeurs fortes continuent à l'impressionner fortement et lui donnent des malaises (vertiges, ou faiblesses). Je laisse la malade sans remède, laissant agir Phosphorus jusqu'au 13 janvier 1913. Elle m'apprend qu'à la suite d'un rhume dû à un refroidissement, elle a retrouvé sa petite toux sèche, énervante. Elle a eu à se fatiguer passablement ces jours derniers et elle attribue à cela quelques sensations d'arrêt du coeur.

Prescription: Phosphorus 30°, trois jours de suite. Cette nouvelle dose est de nouveau suivie d'un retour de bien-être du coeur. La malade présentant après une grippe, un état d'enrouement indolore, avec, par moments, aphonie complète, je lui prescris quelques doses de Spongia 6e le 11 février. Un léger retour de palpitations demande le 12 mars une nouvelle prescription de Phosphorus 30e qui produit son bon effet habituel: Le coeur continue à aller bien jusqu'à la fin de mai, quand la malade vient me raconter qu'elle éprouve des sensations de lourdeur du côté du coeur et des impressions de forte constriction comme par un étau à gauche du thorax. Cactus 3e fait disparaître ces douleurs, caractéristiques de son action. Un état de névralgie du côté gauche de la tête, commençant à l'occiput pour venir se fixer au-dessus de l'oeil demande successivement Spigelia, Lachesis, Ignatia.

Je revois la malade le 3 novembre: elle se sent assez bien. Le coeur est un peu rapide quand elle se couche sur le côté gauche; elle tousse de nouveau: toux sèche, nerveuse. Le point de Phosphorus est douloureux. Je donne Phosphorus 1.000e dilution (Shedd) trois jours de suite. Depuis lors la malade ne se plaint plus de son coeur. Je l'ai revue très récemment. «Mon coeur va très bien», me dit-elle. Son pouls est tranquille, normal. Elle se trouve très heureuse du résultat obtenu.

J'ai donné cette observation qui démontre d'une façon indiscutable l'action de Phosphorus sur les troubles de l'innervation cardiaque. Quelle que soit la cause de ces troubles, lorsque les symptômes locaux et généraux de ce remède sont présents, il apporte la guérison. Chez Mlle B... ces troubles cardiaques étant très vraisemblablement l'effet d'une hyperthyroïdisation (maladie de Basedow), si je n'avais considéré que les données du diagnostic j'aurais plutôt prescrit Iodium, Spongia, Thyroïdin, etc.., tous les remèdes spéciaux du corps thyroïde; ils eussent difficilement mieux agi que Phosphorus et probablement beaucoup moins bien. Soyons fidèles à la règle magistrale constamment confirmée par les meilleurs observateurs de notre école: Choisir le remède qui correspond à l'ensemble des symptômes du malade, en se basant sur les plus caractéristiques, les plus individuels.

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