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Action psychique des médicaments |
Dr. Kruger
Le Propagateur de l'homéopathie
n°4,
30 avril 1913, p. 77 |
Cette question mise à l'ordre du jour n'a pu être traitée
comme elle le méritait, faute de temps. Cependant le Dr. Kruger avait
envoyé sur ce sujet quelques réflexions et l'exposé d'une cure faite par
lui. Voici l'observation contenue dans son mémoire lu en séance.
Dr KRUGER
Je traite en ce moment une vieille dame de 69 ans, que j'ai
trouvée complètement desséchée, la peau sur les os, ayant eu une
bronchite il y a 4 ans, de nombreuses prosopalgies autrefois, et
souffrant actuellement censé de grippe depuis un mois, avec orthopnée
intense, toux sèche nocturne, quelquefois grasse sans expectoration,
quelques râles muqueux, pouls à 120, faible et vibrant. L'état
bronchique et circulatoire me paraît indépendant d'un état organique
caractérisé et plutôt sous la prédominance d'un état digestif, lui-même
régi par un état cérébral.
Il y a, en effet, d'une part, intolérance des aliments
solides, agustie et pica, refus périodique du lait mêlé d'un jaune
d'oeuf, bien que la digestion s'accomplisse normalement. D'autre part,
la malade dit qu'on veut l'empoisonner, a perdu la mémoire, parle de se
jeter par la fenêtre, etc. L'hérédité est très chargée : sa mère est
morte avec perte d'idées, sa tante aussi ; il y a eu un épileptique dans
la famille. Les circonstances émotionnelles sont aussi très riches. Sa
fille et son gendre lui ont fait des scènes violentes pour des questions
d'intérêt, d'héritage. Sa fille est une névrosée, au caractère terrible,
grossière avec elle. Le fils est préféré, mais elle a longtemps souffert
de sa séparation. Elle a souffert de pertes de parents. Grande
mélancolie, délire de persécution, hallucinations de morts anciens,
stupeur mêlée d'impatience, somnolence après les ingesta, intolère
l'approche, perversions affectives, tableau émotif tranché, avec
intégrité intellectuelle, selon la définition actuelle des mélancolies.
Je, dis intégrité intellectuelle, en tant que l'intellect n'est pas
troublé par l'émotivité. Elle reconnaît chacun, même à la voix, témoigne
sa confiance en moi et en la religieuse, et repousse sa fille, me
présente son bras et sa langue, me jette un regard profond, inquisiteur
(elle est très sourde).
Les remèdes donnés furent : Arsenic 12, Phosphor. 12.
Anacardium 30, répondant à l'état bronchique, gastrique et cérébral et
Tuberculinum 200 de Heath répondant à la tendance consomptive avant et
après la grippe.
Sous l'influence de ce dernier remède, l'état des forces se
relève, le délire de persécution est extériorisé, reporté sur son
entourage, ce sont ses parents qu'on veut tuer, la langue est mieux
sortie, elle me serre et secoue la main au lieu d'abandonner la sienne,
elle se livre à des effusions auprès de son fils, après avoir été fâchée
de ce qu'il avait négligé de venir la voir, les hallucinations sont plus
vives et se concentrent dans les yeux on veut crever les yeux de son
fils, la lumière la rassure, elle ne crache plus les remèdes et prend
plus volontiers le lait, surtout de la main d'une personne aimée ;
l'esprit est plus calme, la physionomie plus avenante.
Du côté du somatisme, la malade a repris des chairs, un
teint plus coloré, le pouls a perdu ses alternatives d'hypertension
après les ingesta et d'intermittences pendant la diète, l'alimentation
se faisait plus régulièrement, sans gastralgie après une ingestion de
lait plus active, qui est montée d'un litre à 3 litres, sans refus
prolongés du lait pendant 12 heures au moins. Ces à-coups dans
l'alimentation entraînaient autant d'à-coups au succédaient à autant
d'à-coups dans l'état nerveux. La malade peut se lever et rester
plusieurs heures dans son fauteuil, faisant sa toilette. J'ai écarté,
durant un traitement de 3 semaines, toute crainte de broncho-pneumonie
hypostatique, en tous cas conjurée par les remèdes. La part d'action des
remèdes homéopathiques est plus difficile à établir, leur action étant
générale aussi, quoiqu'à un degré moins étendu que pour le remède
isopathique. Il peut y avoir aussi un effet combiné. Quoi qu'il en soit,
le psychisme s'est modifié de concert avec le somatisme.
Dr NEBEL
Il semble que les symptômes psychiques présentés par la
malade indiquaient Lachesis : la mélancolie suite de chagrins concernant
les personnes ou les questions d'intérêt, le délire de la persécution,
la méfiance de la malade qui crache un remède que le médecin vient de
lui donner.
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