CINA |
Dr BAYLE, d'Annonay.
Le Propagateur de l'homéopathie
n°5,
31 mai 1913, p. 111 |
Grâce à la méthode homéopathique il est possible
d'effectuer des guérisons en l'absence de tout diagnostic, en l'absence
du moins de tout diagnostic anatomo-pathologique.
Exemple
Le dernier dimanche du mois d'avril passé je fus appelé à
S... à quelque douzaine de kilomètres d'Annonay pour voir un enfant de 4
ans dont l'état de santé inquiétait fort les parents.
La veille l'enfant très bien portant s'était amusé toute la
soirée avec beaucoup d'entrain suivant son habitude et s'était mis au
lit sans présenter rien d'anormal.
Brusquement dans la nuit du samedi au dimanche, vers deux
heures du matin, il s'était réveillé en proie à un violent accès de
délire et de fièvre, 40° environ. L'état de délire n'avait pas persisté
longtemps, mais la fièvre n'avait pas cédé et au moment où je vis
l'enfant le thermomètre indiquait 40°5.
J'examinai l'enfant, j'interrogeai les parents et fus
incapable de poser un diagnostic. Cependant comme l'enfant toussait
parfois, comme la percussion avait paru révéler une zone de submatité au
sommet droit en arrière, j'envisageai la possibilité d'un début de
broncho-pneumonie et donnai Aconitum 6°. La nuit suivante ne fut pas
trop mauvaise et le lundi matin il y eut un abaissement prononcé de la
température, 38°6, avec amendement général. Ce mieux fut de courte
durée. Vers onze heures du matin la température remonta à 40° et je fus
prié de revoir le petit malade. A ma seconde visite je ne parvins pas
davantage à débrouiller le cas. Cependant comme on me signalait une
selle diarrhéique et fétide, comme je ne retrouvais pas la zone de
matité que j'avais cru trouver la veille, comme il n'y avait pas de
respiration accélérée, je renonçai à l'hypothèse de broncho-pneumonie et
pensai à quelque fermentation intestinale putride, pour laquelle je
laissai une dose de Ferrum phos. 3°. Ce médicament ne donna pas de
résultat et le mardi vers 11 heures du matin la température était à 41°3
et le pouls pouvait à peine être compté. L'état devenait réellement
alarmant.
Mon confrère et ami le Dr Collard que ses affaires ce
jour-là avaient appelé à S... fut prié de voir le petit malade et
n'hésita pas à prescrire des cachets antipyrétiques avec aspirine et
quinine sans être parvenu non plus à poser un diagnostic. Sous
l'influence des cachets antipyrétiques il y eut un abaissement de
température accompagné de sueurs profuses, mais la guérison ne se
produisait pas, et quand le jeudi suivant nous fûmes conviés, le Dr
Collard et moi, à revoir le petit malade le thermomètre indiquait encore
39°5 à 9 heures du matin et devait monter à 40° quelques heures plus
tard.
En route j'avais exposé à mon confrère les conclusions
auxquelles j'avais abouti après force réflexions sur ce cas.
Prenant en considération le début soudain et violent de la
maladie, les alternatives très accusées d'amélioration et d'aggravation,
j'affirmai que ce devait être un cas de Cina. Quand nous fîmes allusion
auprès des parents à la possibilité d'une FIÈVRE DE VERS nous fûmes
informés qu'avant de tomber malade l'enfant avait clignoté souvent et
manifestement de la paupière gauche supérieure et qu'il s'était plaint
de prurit anal. Nous donnâmes une dose de Cina 3e. Le lendemain la
température descendait à 36°6 pour ne plus dépasser la normale et
l'enfant se levait dans l'après-midi. L'orage était terminé. Il eut été
beaucoup plus court et beaucoup moins menaçant si j'eusse eu plus de
flair clinique dès le début.
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