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A propos du choix du remède

Dr R. DEL MAS de Hugo Minnesota
(États-Unis d'Amérique)
Le Propagateur de l'homéopathie n°7,
31 juillet 1912, p. 149

 

S'il en était chez nous tel que parmi nos confrères de l'école officielle, dont la loi des contraires ne s'applique avec raison et avec succès que dans le traumatisme nous aurions le droit de nous attacher à l'élément pathologique comme base à notre thérapeutique.

Faute de raisonnement ou de bonne volonté, l'aile gauche de l'homéopathie existe, née du matérialisme pur et simple, cherchant toujours en vain, un point sûr où jeter l'ancre du traitement spécifique, basé sur la lésion cellulaire, le microbe découvert ou le diagnostic vacillant : c'est de l'alchimisme sous un autre nom.

Suivre en homéopathie le chemin que battent les Galénistes dans la recherche du remède, n'est qu'une preuve d'irréflexion. Donner tel remède à un rhumatisme articulaire parce qu'il est reconnu bon, cliniquement parlant, et le faire suivre d'un autre médicament réputé aussi bon ou meilleur, sans se rendre compte si la figure médicamenteuse est la contrepartie fidèle du malade, révèle une marche à tâtons dans un labyrinthe infini et vers un but utopique. Que de papier et d'encre nous employons à révéler notre sottise sur ce point-là !...

Le traitement classique d'une maladie quelconque, se résume, en homéopathie, à donner le remède dont l'ensemble pathogénétique couvre, ainsi qu'un manteau taillé sur mesure, le malade tout entier. Les caractéristiques de l'individu ont droit de préséance sur celles de l'organe atteint : le tout passe avant la partie. Le remède répondant à l'individu guérira même lorsqu'il ne sera point connu comme ayant les symptômes de la partie souffrante ou atteinte.

Il est très amusant de lire, parfois, dans des feuilles brillantes que tel de nos confrères encore plus éclatant emploie Rhodo. dans certaines conditions pathologiques du testicule, et le fait suivre de Clem., si Rhodo. ne travaille pas à son goût. Bien souvent il donne les deux médicaments alternativement, à quelques heures d'intervalle, pour être plus sûr de tuer le loup. Hélas ! il ne tue que son client, car il n'a en vue que l'organe et non l'individu. Routinier qu'il est, il lui est impossible de faire de l'homéopathie de discernement, non parce que l'intelligence est à sec, mais parce que les préjugés ont le dessus, tel que l'ivraie sur le bon grain. Et pour défendre sa pratique, il conspue la théorie de Hahnemann, qu'il n'a jamais pu ni voulu saisir. Une drôle de manière de se réhabiliter ! On y sent le rebouteux : l'esprit vient tard où il n'a droit de gîte.

C'est un fait avéré que ceux d'entre nous qui ont daigné s'humilier assez pour suivre les enseignements du maître se sont toujours unis pour louer sa méthode. Ce n'est pas être victime de sa science que de ne pas pouvoir plonger son regard au-delà de la matière. II est à plaindre, celui qui se refuse à voir, derrière la matière, le principe qui la meut, et à employer tel médicament lorsque ses instruments de précision ou ses réactifs sont impuissants à secourir sa raison : la logique la plus serrée ne saurait le convaincre.

Au tribunal de Hahnemann, nul ne peut y porter un témoignage impartial, qui n'a pas soumis les données du maître à l'épreuve dans les conditions précisées par l'Organon. Que vaut la parole du médecin homéopathe condamnant les hautes dilutions et le choix du remède d'après l'enseignement de Hahnemann, s'il ne les a jamais employés ou suivis?

L'homme est tel qu'il pense, ou l'idée fait l'individu, sa conduite, son vouloir. Le maître dit que les symptômes révélant la condition mentale du patient doivent former la base de toute prescription de similitude ; ils nous parlent des craintes et des désirs, des idées, des dispositions de l'individu tout entier. Les goûts de la table viennent après et sont suivis de ceux qui se rapportent aux organes sexuels. Les modalités accompagnant les symptômes sont générales ou particulières, selon qu'elles se rapportent à l'ego ou à l'organe. Un symptôme appartenant à chaque différente partie de l'organisme est général par le fait. Les symptômes pathognomoniques ne sont pas nécessaires dans la recherche du Simillimum. Il est très naturel de trouver une éruption avec la rougeole ; bien moins naturel de ne pas en voir ou de ne constater que des taches bleues, localisées, associées avec des symptômes cérébraux, des mouvements convulsifs, des difficultés laryngées, des hémorrhagies ou de la putréfaction.

Ce qui est étranger au cours accoutumé d'une maladie quelconque fait sa singularité et le sépare de toute autre affection portant le même nom, mais différente par son caractère. Nous en arrivons à reconnaître l'individu et à lui donner ce qu'il réclame. L'homéopathie fait de la thérapeutique générale et non locale ; elle englobe l'être et non l'organe seul. Le microbe ne l'effraie point, elle le détruit. Qui nous a prouvé, en dehors du laboratoire, que le microbe est cause et non compagnon de la maladie ?...

Vouloir limiter le traitement de la pneumonie à la Bryonia et au Phosph. est plus que ridicule. Donner les deux ensemble ou alternativement est de la thérapeutique primitive et révoltante, comme si l'individu pouvait avoir à la fois la singularité de Bry. accouplée à celle de Phos. Dites à l'homéopathe éclatant que Bry. et non Phos. veut reposer sur le côté atteint, il sourira dédaigneusement. Que lui importent les caprices de ses clients ; il ne fait pas de l'homéopathie fantaisiste ; il est assez puissant pour mouler la nature, et n'a pas le temps de satisfaire ses désirs ni d'écouter ses secrets !... La nature qui n'est pas d'accord avec ses idées transcendantes et herculéennes n'a que son mépris. Elle le sent : elle en supporte les conséquences. Attila passe et son sabot écrase. La vie ne revient plus par où il a passé.

La mentalité du patient, ses haines, ses craintes, ses affections, ses désirs, ses aggravations et ses améliorations générales le peignent dans son ensemble qui nous guide vers le choix du Simillimum. Les singularités inhérentes ou plutôt associées à un organe sont particulières et non générales. Elles servent de jalons, toutefois ; mais ce n'est pas sur elles que nous établissons la structure médicamenteuse. Les sensations caractérisent aussi, et sont ou générales ou locales. Il est des cas où les généralités manquent, mais ils portent leur cachet local et distinct de toute affection ayant le même nom.

Un peu de clinique à l'appui de ce qui précède

 

OBSERVATION 1

 

Joséphine L., âgée de 61 ans, obèse, de teint foncé, aux doigts goutteux, se plaint de douleurs aiguës, parfois brûlantes, s'échappant tantôt du côté droit, tantôt du côté gauche, et partant des reins pour suivre les uretères. Le besoin de passer l'urine est fréquent, impérieux. L'urine brûle ; sa couleur est irrégulière, son odeur forte. La pression des habits à la ceinture gêne. Le ténesme vésical est très prononcé. Le mal arrive au paroxysme vers 1 heure de l'après-midi. Les douleurs sont accompagnées de faiblesse et de frissons, de fièvre entremêlée de frissons. Sa gorge est sèche ; il lui faut des petites gorgées d'eau froide qu'elle prend souvent. La femme est agitée, sombre. Elle croit qu'il n'y a pas de revenez-y pour elle. La nuit elle ne souffre pas, quoiqu'elle urine plusieurs fois ; mais elle rêve en son sommeil, se réveille de temps en temps, et, en se rendormant, elle reprend le fil de ses rêves. Dans l'urètre, spécialement au méat externe, elle a une sensation de glace. L'urine porte des flocons muqueux ; son sédiment est gris, sa couleur brune comme de la bière. La malade veut de la compagnie.

Elle reçut une poudre de Ars. 50 M. dans l'avant-midi. Vers midi ou 1 heure de ce jour-là, une aggravation se présenta. L'amélioration et la guérison survinrent immédiatement.

Les traits de Ars. étaient chez la femme, Ars. la guérit, quoiqu'il ne soit point recommandé dans le calcul rénal. Il n'y a que Ars. Calad. et Natr. carb. qui reprennent leurs rêves en se rendormant.

 

OBSERVATION II

Antonin L., âgé de 58 ans, cultivateur. Depuis une dizaine de jours, il a journellement mal à la tête : une pesanteur sur le front qui disparaît après le coucher du soleil.

Aggravation à 10 heures du matin et au chaud. Amélioration en plein air et le soir.

Le nez est bouché. Il tousse. Le larynx est chatouillé. Il crache du mucus blanc ou jaune, épais et d'un goût sur. Ce qui sort du nez est blanc, épais.

Il urine souvent et passe une urine verte. Il est faible, stupide durant le mal. De soif, pas. Il aime le manger bien salé, une pincée de sel sur la langue, parfois.

Dans l'après-midi Natrum Mur. 50 M fut donné en une dose unique. Le lendemain, le mal ne revint pas.

L'analyse de ce cas nous donne comme caractères particuliers : périodicité, céphalalgie diurne (suivant le soleil dans son cours de hausse et de baisse), des modalités propres, les goûts de l'individu pour le sel, les qualités du mucus des voies naso-pharyngo-laryngiennes, la couleur de l'urine, la pression au front. C'était une céphalalgie psorique ; son caractère diurne l'atteste. Elle était grippale. Qu'il ne fut point altéré, c'est singulier, car Nat. mur, est connu pour sa soif.

Les affections ayant une période de croissance et un mouvement de déclin, s'accordant avec la marche du soleil, appartiennent à Acon., Glon., surtout à Kalm., Nat. mur., Phos. et Spig. Celles qui apparaissent et s'en vont avec le soleil sont l'héritage propre de Kali bi., Lac. def. et Nat. mur. Ce dernier a une aggravation prononcée à 10 heures du matin souvent de 10 heures du matin à 3 heures du soir.

 

OBSERVATION III

John Ih., âgé de 38 ans est condamné à rester en chambre depuis huit jours. Il est atteint d'une céphalalgie battante, au-dessus de l'orbite gauche. Les douleurs viennent et partent graduellement. Elles sont accentuées de 8 heures à 9 h. 30 du matin, à la lumière et en se couchant, ou en inclinant la tête en avant. Elles diminuent sous pression continue. Après le coucher du soleil, l'homme est aussi bien que jamais. Le matin quand le soleil reparaît, ses douleurs se réveillent tranquillement. Après le paroxysme matutinal, elles le laissent par degré, et, le soir, il est bien. Les battements sus-orbitaires se dirigent d'avant en arrière. Dans l'intensité de la douleur, il faut l'immobilité complète, les yeux pleurent et la partie est sensible au toucher.

Spig. l M, donné dans l'après-midi, ne permit pas au mal de reparaître le lendemain.

 

Dans ce cas-ci les singularités de l'individu sont absentes. Le caractère est simplement local. Pour ne pas faire de l'empirisme scientifique, restant dans la thérapeutique fantaisiste du maître, il faut des caractères particuliers. Où sont-ils ? Les voici :

Céphalalgie croissant et diminuant avec le soleil.
Céphalalgie suborbitaire gauche.
Céphalalgie périodique.
Aggravation par tout mouvement de la tête et du corps.
Aggravation matutinale.
Douleurs battantes internes.
Amélioration par pression.

 

Que ceux qui trouvent Hahnemann un peu trop original pour s'attacher à ses pas veuillent bien mettre sa méthode à l'épreuve et en publier les défauts. Qu'ils daignent l'appliquer d'après les préceptes renfermés dans l'Organon, afin que l'homéopathie fantaisiste cède le pas à l'homéopathie éclatante, dont la valeur nous rappelle celle du doublet.

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