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CAUSTICUM

Séance Du 16 JANVIER 1913
Présidence du Dr d'Espiney
Le Propagateur de l'homéopathie n°1,
31 janvier 1913, p. 8

Dr Bayle

Les homéopathes américains nous donnent dans leurs livres d'excellents résumés sur les pathogénésies des remèdes et je me bornerai ce soir à vous lire ce que le Dr Nash écrit sur Causticum dans son livre Regional Leaders.

«Causticum est un remède vraiment unique expérimenté par Hahnemann et classé parmi les anti-psoriques. Sa composition chimique exacte n'est pas connue mais on suppose que c'est une sorte de préparation de potasse. Il a une liste tout à fait longue de symptômes singuliers qui sont néanmoins très sûrs. En premier lieu il a une grande faiblesse comme celle qui caractérise les sels de potasse en général. Avec Causticum c'est une faiblesse pareille à une défaillance, ou un abattement de force, avec tremblement. En cela il ressemble à Gelsemium, et il a un autre symptôme en rapport avec sa faiblesse générale qui ressemble à Gelsemium, à savoir, la chute des paupières. Sepia, Causticum, et Gelsemium forment le trio ayant ce symptôme spécial à un degré très marqué. Maintenant, la faiblesse de Causticum progresse jusqu'à ce que nous ayons «paralysie se dessinant graduellement»; à vrai dire, la paralysie est un symptôme de Causticum et d'une façon générale attaque le côté droit (Lachesis le gauche), mais il a aussi des paralysies locales, celle des organes de la voix, des muscles de la déglutition, de la langue, des paupières, de la face, de la vessie et des extrémités. D'un autre côté il a tous les degrés de spasmes nerveux, les convulsions de la chorée et les attaques épileptiques, même l'ataxie locomotrice progressive. Je ne puis ici que nommer ces maladies, mais je mentionnerai plus loin les symptômes et les conditions qui paraissent en rapport avec elles.

 

Les affections névralgiques sont aussi du ressort de ce remède et sont généralement d'un, caractère obstiné. Causticum m'a été tout à fait utile dans de pareils cas où les remèdes apparemment indiqués avaient échoué. Un de nos plus anciens et de nos plus éminents auteurs sur la matière médicale raillait la multiplicité des symptômes de ce remède tels qu'on les trouve dans Les Maladies Chroniques, mais l'épreuve clinique a prouvé que c'était un remède d'une grande utilité et d'une grande étendue d'action. Sur l'esprit il exerce une action très déprimante en accord avec son action générale sur le système nerveux. Humeur mélancolique; tristesse; désespoir; est enclin à considérer le côté sombre de toute chose. Cette mélancolie peut provenir de soucis, de chagrins ou de peines; elle provient souvent d'un chagrin ou d'une peine de longue durée et elle mérite d'être rappelée ici à côté de celle d'Ignatia, de Natrum muriaticum et de Phosphori acidum.

Ceci est l'humeur prépondérante de Causticum, mais elle peut alterner avec une humeur anxieuse, irritable ou hystérique. Nous avons déjà parlé de la paralysie des paupières. La vision est souvent affectée; il y a une apparence de gaze devant les yeux comme s'il y avait un, brouillard ou un nuage. C'est souvent le cas au début de la cataracte et Causticum la guérit souvent.

 

Dans les oreilles il y a du grondement, du tintement, du bourdonnement et toutes sortes de bruits. C'est un de nos meilleurs remèdes pour la surdité avec ces bruits. La répercussion des sons, spécialement de la propre voix du patient, trouve ici son remède. Dans ce cas, les oreilles (à l'extérieur) brûlent et sont très rouges. Sulfur aussi a ce symptôme d'une manière prononcée et précisément ici nous pouvons dire qu'il y a de nombreuses ressemblances entre ces deux remèdes et ils se suivent bien l'un l'autre spécialement dans les maladies chroniques.

 

Sur la face nous avons quatre symptômes particuliers prononcés :

1° Couleur jaune de la peau; un jaune maladif (non l'ictère);

2° Paralysie d'origine rhumatismale ou psorique;

3° Prosopalgie de la même origine

4° Raideur des mâchoires; ne peut pas ouvrir la bouche.

Ce dernier symptôme semble aussi être rhumatismal et se trouve en accord avec le rhumatisme déformant dont nous parlerons davantage plus loin.

 

Sur la langue nous avons :

1° Paralysie, ou parole peu distincte sans paralysie complète (Gelsemium)

2° langue avec enduit blanc sur les côtés, rouge au milieu; mais pas aussi nettement dessiné qu'avec Veratrum viride.

 

La gorge est fortement influencée par Causticum,

«Douleur brûlante dans la gorge non aggravée par la déglutition; la douleur est dans les deux côtés et semble provenir de la poitrine».

«Sensation d'ulcération et titillation dans la gorge avec toux sèche et un peu d'expectoration après avoir beaucoup toussé».

Ceci encore est semblable à Sulfur qui a brûlure dans la gorge, plus sur le côté droit. J'ai trouvé que, si Sulfur ne soulageait pas, Causticum donné après lui soulageait habituellement.

 

Canal intestinal.

Sensation de chaux en train de se calciner dans l'estomac avec montée d'air. Guernsey vantait ce symptôme et le considérait comme sûr. Je ne l'ai pas vérifié. Causticum, est un de nos meilleurs remèdes pour les troubles de l'anus et a des symptômes très particuliers. «Constipation, besoin d'aller à la selle fréquent mais inefficace». (Nux). «Désir inefficace fréquent pour la selle, avec beaucoup de douleur et d'effort, avec rougeur de la face». «La selle s'évacue mieux, dans la station debout.». «Hémorroïdes faisant obstacle à la selle, gonflées; prurigineuses; cuisantes; avec sensation d'ulcération; d'humidité; de piqûre; brûlure; comme ulcérées et endolories, aggravées en marchant, en y pensant, par suite de la prédication et des efforts de voix.» Tous ces symptômes ont été vérifiés maintes et maintes fois. Il y a encore d'autres symptômes dans cette région qui sont très précieux, mais nous n'écrivons pas une matière médicale complète et nous nous contenterons d'ajouter que dans les troubles de l'anus nous devons laisser Causticum se placer au premier rang dans notre esprit quand nous sommes en quête de simillimum. Nous ne savons pas dans quelle région apparaîtra le symptôme singulier et caractéristique qui mène au simillimum, mais nous devons être sur le qui vive pour le reconnaître promptement.

 

Causticum a aussi une action très marquée sur les organes urinaires, comme en témoignent les symptômes suivants : «Démangeaison de l'orifice de l'urèthre, constant désir inefficace pour uriner, fréquentes évacuations de quelques gouttes seulement, avec spasmes dans le rectum et constipation.»

Ici Causticum est comme Nux vomica et Cantharis et je guéris une fois un cas chronique de cystite chez une femme mariée qui durant des années avait défié les meilleurs efforts de plusieurs médecins de la vieille école remarquables par leur habileté. Il y avait dans ce cas un autre symptôme qui était prononcé et c'était une sensation de douleur ou d'ulcération. Nous nous étendrons davantage sur ce dernier symptôme quand nous écrirons sur les sensations. Encore, «rétention d'urine, avec besoin fréquent et urgent, parfois quelques gouttes s'échappent une à une».

«Emission involontaire d'urine en toussant, en éternuant, en se mouchant; la nuit en dormant; en se réveillant.» «Il urine si facilement qu'il ne sent pas le flux et a de la peine à croire dans l'obscurité qu'il est en train d'uriner jusqu'à ce qu'il s'en soit assuré par le toucher». Je ne connais pas d'autre remède dans lequel cette faiblesse du col de la vessie soit aussi prononcée. Causticum affecte aussi l'urine elle-même. «L'urine est chargée d'acide urique et d'urates (Hugues), il y a d'épais dépôts ou sédiments de diverses couleurs allant du foncé au clair». Ce sont là quelques principaux symptômes urinaires qui montrent son importance ici.

 

Organes respiratoires.

Enrouement pire le matin, avec sensation d'ulcération et perte subite de la voix. Les muscles laryngiens refusent d'agir; ne peut prononcer une parole à haute voix. Enrouement chronique persistant après une laryngite aiguë. Enrouement avec voix de basse profonde (comme Drosera). Ce sont là tout autant de symptômes sûrs et nul remède ne les fait plus souvent disparaître que Causticum. Toute perte de voix peut provenir d'une parésie des cordes vocales ou de causes catarrhales. Alors, descendant le tractus respiratoire, nous avons vive sensation d'ulcération et irritation de la trachée, toux sèche, creuse; avec sensation d'endolorissement et d'ulcération en bande tout le long de la trachée. Toux avec douleur dans la hanche et émission involontaire d'urine. Toux avec sensation comme si on ne pouvait pas tousser assez profond pour faire sortir les mucosités. Toux pire lors de l'expiration (Aconit.). Toux soulagée par une gorgée d'eau froide. Toux avec impuissance à remonter les mucosités, qu'il faut avaler; mais la particularité la plus caractéristique dans les symptômes de la toux et de la poitrine, c'est la sensation d'endolorissement ou d'ulcération qui les accompagne. Quelques-unes exprimeront cela comme une sensation de brûlure et dans ce cas nous devons nous rappeler Iodium et Spongia.

Dans l'influenza, ou ce qu'on appelle maintenant la Grippe, il dispute la première place à Eupatorium perforatum et à Rhus toxicodendron. Ces trois ont une sensation de lassitude, d'endolorissement, de contusion par tout le corps et tous ont la douleur dans la poitrine en toussant, mais si la miction involontaire se trouve présente Causticum l'emporte. Nul homéopathe ne peut se permettre d'ignorer l'action de Causticum sur les organes respiratoires.

 

Maintenant relativement au dos et aux extrémités nous avons raideur et douleur dans le cou et la gorge, les muscles sont sentis comme garrottés, pourraient à peine mouvoir la tête. Raideur douloureuse des lombes et du sacrum, spécialement en se levant d'une chaise. Paralysie soit des extrémités supérieures, soit des extrémités inférieures, soit des unes et des autres. Douleur tiraillante, sourde dans les mains et les pieds. Tiraillement et déchirement dans les cuisses et les jambes, les genoux et les pieds, aggravés en plein air et améliorés dans le lit. Faiblesse et tremblement des membres. Inflammations avec contractions des fléchisseurs et raideurs des jointures de nature rhumatismale ou arthritique. Tous ces symptômes et un grand nombre d'autres montrent quel remède utile celui-ci doit être dans son action générale sur le dos et les extrémités et précisément ici, je désire dire que si j'avais à choisir trois remèdes à l'exclusion de tous autres pour le traitement du rhumatisme chronique et de la paralysie, je choisirais Causticum, Rhus tox. et Sulfur. Ces trois remèdes étudiés dans leurs correspondances et leurs rapports l'un à l'autre récompenseront amplement l'étudiant appliqué et Causticum se défend bien dans la comparaison. Vous vous rappellerez que j'ai déjà fait allusion aux ressemblances de Causticum et de Sulfur et je puis continuer cette comparaison ultérieurement. Quoique opposé, au fond, à faire trop de cas des complémentaires et des incompatibles (soi-disant) je désire constater ici qu'il n'y a pas deux remèdes qui sont plus souvent indiqués l'un après l'autre et qui opèrent aussi bien quand ils sont indiqués.

Si Hahnemann n'eût pas donné à l'École homéopathique d'autre remède que Causticum, le monde lui devrait encore d'éternelles obligations.

Sensations.

Les douleurs déchirantes sont caractéristiques de ce remède. Elles sont souvent paroxystiques. Ceci se rencontre souvent dans la névralgie de la face. Ici encore je désire appeler spécialement votre attention sur la sensation d'endolorissement et d'ulcération. Ceci se rencontre au cuir chevelu, à la gorge, au larynx et à la trachée, à la poitrine, au rectum, à l'anus, à l'urèthre et sur les éruptions. Nous faisons observer que la sensation d'endolorissement n'est pas semblable à celle d'Arnica qui est un endolorissement de contusion et principalement musculaire, ni semblable à celle de Rhus toxicodendron, qui est un point douloureux de foulure et se rencontre le plus souvent dans les tendons et les gaines des muscles ou dans les tissus aréolaires; mais c'est un endolorissement principalement sinon complètement des surfaces muqueuses comme si les parties étaient ulcérées. C'est une sensation importante et très sûre. Ici encore nous avons dans Causticum beaucoup de brûlure. Ces brûlures se rencontrent presque partout, et en ceci nous voyons encore sa ressemblance avec Sulfur. Maintenant rappelons-nous que les brûlures de Sulfur sont associées à la démangeaison, celles d'Apis mellifica à la piqûre, et celle de Causticum à la sensibilité. Ainsi nous devons toujours apprendre à différencier parce que c'est seulement en agissant ainsi que nous pouvons choisir dans une classe et quelquefois dans une large classe l'unique remède, ayant les symptômes identiques ou semblables. Les douleurs tiraillantes qui dans un grand nombre de cas finissent par déformer les extrémités de façon à produire cette terrible affection connue sous le nom de rhumatisme déformant, se rencontrent d'une façon aussi prononcée avec Causticum qu'avec n'importe quel autre remède, et il est un des agents les plus utiles pour procurer le soulagement ou la guérison.

 

Causticum est classé parmi les anti-psoriques de Hahnemann. Il est certainement un des remèdes les plus remarquables pour les affections provenant de la suppression de la gale ou des troubles chroniques de la peau comme l'eczéma. Je fus appelé une fois en consultation pour un cas de névralgie faciale qui avait pendant longtemps déjoué l'habileté d'un très bon praticien homéopathe. N'étant pas capable de soulager le cas il était tout démoralisé et comme la douleur et la souffrance étaient très vives il avait eu recours aux calmants avec l'habituel résultat de rendre l'état de la patiente pire qu'il n'était auparavant après que les calmants l'eurent épuisée. En considérant le cas soigneusement, je trouvai, outre l'état, d'émaciation et de débilité prononcées de la patiente après une si longue souffrance, que les douleurs venaient en paroxysmes, qu'elles étaient d'un caractère tiraillant et que la malade avait souffert d'eczéma pendant des années, à diverses reprises, avant que cette douleur apparut. Sulfur avait été donné mais sans soulagement. Aussi je donnai Causticum. Il fut donné à la 200° et une guérison rapide et permanente fut le résultat, Causticum pourrait-il ou non être appelé un anti-sycotique aussi bien qu'un antipsorique, je n'en sais rien. Il est certain que c'est un de nos meilleurs remèdes pour les verrues. Il vient immédiatement après Thuya s'il n'est pas son égal. Il est aussi au premier rang pour les vieux ulcères provenant de brûlures. J'ai consacré plus d'espace à Causticum que je n'aurais fait d'ailleurs, par la raison que je suis sûr que ce grand remède n'est généralement pas apprécié. Je ne connais aucun remède plus sûr et plus satisfaisant dans son action quand il est indiqué. Généralement aggravation par le beau temps clair, amélioration par le temps humide et pluvieux. (Nux vom., asthme aggravé par le temps sec, amélioré par le temps humide).»

 

Dr D'espiney

Un des symptômes mentaux les plus caractéristiques de Causticum est Esprit de contradiction.

 

Dr Noack.

Causticum est utile quand il y a sensation de pression sur les yeux comme si un petit sac de sable était posé sur les paupières fermées.

 

Dr d'Espiney.

Causticum est souvent indiqué dans l'entérite muco-membraneuse.

 

Dr Béchet.

Dans le traitement de la fissure à l'anus, Causticum et Arnica donnent des succès.

 

Dr Noack.

De même que Sedum acre.

 

Dr Gallavardin.

Et Ratanhia.

 

Dr Noack.

Dans le cas d'hémorragie anale on peut songer à Ledum et à Millefolium, mais d'après les remarques de mon père Ledum réussit mieux chez les hommes et Millefolium chez les femmes.

Comme Caust. Pulsat. a envie d'uriner en toussant.

On peut rappeler au sujet de Causticum l'application qu'en faisait le Dr Gallavardin père dans le traitement de la passion génitale, surtout chez les ivrognes. J'ai obtenu dernièrement un succès très probant.

 

Dr D'espiney

Dans l'alcoolisme simple en dehors de la passion génitale, Causticum est un bon médicament.

 

Dr Gallavardin.

Ces indications précises de Causticum dans le traitement de l'alcoolisme et de la passion génitale ont été publiées par mon père dans ses livres et aussi dans les journaux américains.

 

Dr Bernay.

Causticum est un remède de la crampe des écrivains, de la paralysie infantile.

 

Dr D'espiney.

Dans les affections .nerveuses la 30° dilution, à doses rares, est plus efficace.

 

Dr Bernay.

Dans les affections ayant leur siège sur les muqueuses, Causticum dilution basse est préférable; les dilutions plus hautes agissent mieux sur les maladies du système nerveux.

 

Dr Gallavardin.

Et les très hautes dilutions conviennent aux symptômes mentaux, comme si la matière plus dynamisée, en quelque sorte spiritualisée, s'adaptait mieux au traitement des symptômes psychiques.

 

Séance du 20 février 1913
Sujet à traiter :
Hepar sulfuris.

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