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Belladona |
Séance du 15 mai 1913,
Présidence du Dr BERNAY,
Le Propagateur de l'homéopathie
n°5,
31 mai 1913, p. 97 |
Dr Bayle.
Les tableaux si
vivants que donnent les auteurs américains sur les médicaments sont une
aide très utile pour l'étude de la matière médicale. Nash, mon auteur
préféré, dans ses Leaders in homéopathic Therapeutics, donne de
Belladona le résumé suivant:
«Nous allons
maintenant examiner ce que j'appelle le trio des remèdes du délire.
Belladona, Hyosciamus et Stramonium. Plusieurs autres remèdes ont le
délire, mais ces trois méritent de venir en tête de liste. Belladona
peut aussi être appelé d'une façon prééminente un remède de la tête.
Dans la plupart des maladies ou ce remède est indiqué les symptômes de
la tête ont la prépondérance. Tout le sang semble se précipiter vers la
tête, (Amyl nitrosum, Glonoïn, Melilotus). La tête est chaude alors que
les extrémités sont froides. Les yeux sont rouges et injectés de sang.
Le visage est rouge aussi, presque rouge pourpre. Les artères carotides
battent au point d'être nettement visibles. Il y a soit une grande
douleur, une pression ou un sentiment de plénitude, soit un état presque
stupide. Le délire terrible, sauvage, s'il est présent, peut se montrer
avec douleur ou même sans aucune plainte de souffrance. Dans le délire
le malade imagine qu'il voit des fantômes, des faces hideuses, des
animaux et des insectes. Craint toutes sortes de choses imaginaires et
désire s'enfuir pour leur échapper; éclate en accès de rire ou pousse
des cris et grince des dents; mord ou frappe les personnes autour de
lui; bref, se livre à toute espèce de violence et n'est maîtrisé qu'avec
une grande difficulté. Nul remède n'a le délire violent d'une façon plus
persistante que Belladona Un des traits les plus caractéristiques de
Belladona dans le délire c'est le témoignage décidé déjà mentionné d'une
surcharge de sang dans le cerveau. Quand le battement des carotides, la
chaleur, la rougeur, et la congestion du visage et de la conjonctive
s'en vont, le délire se calme proportionnellement. Belladona peut avoir
le visage pâle comme effet alternant, mais c'est l'exception. Même la
lèvre supérieure est congestionnée et gonflée.
«Dans les
inflammations qui se localisent, Belladona est, dans le premier stade,
le remède principal aussi souvent que n'importe quelle autre drogue. Peu
importe le point ou ces inflammations se localisent, que ce soit à la
tête, dans la gorge, sur les seins ou à tout autre endroit, si elles
surviennent subitement, poursuivent un cours rapide, sont rouges,
douloureuses et spécialement battantes. Il est étonnant de constater
qu'un grand nombre d'inflammations locales même un anthrax ou un
furoncle, peuvent troubler l'organisme et la circulation générale au
point de produire la fièvre inflammatoire générale avec les symptômes de
la tête indiquant Belladona et il est non moins étonnant de constater à
quel point ce remède maîtrise tout cet état à la fois local et général
quand il est indiqué. Quoi ! s'exclame le croyant aux applications
locales, donner Belladona à l'intérieur pour un furoncle à la main ou au
pied? Oui, certes, non seulement Belladona mais Mercurius, Hepar
sulfuris, Tarentula cubensis et plusieurs autres et vous n'aurez pas
besoin d'applications locales du tout. C'est seulement dans le premier
stade ou stade d'inflammation congestive ou active que ce remède est
approprié; mais s'il est alors convenablement administré, il fera
souvent avorter toute l'affaire et ne lui laissera pas parcourir toutes
ses étapes ou du moins la modifiera suffisamment pour la rendre
relativement insignifiante.
«Belladona est un
de nos meilleurs remèdes dans les maladies des enfants, rivalisant même
avec Chamomilla. Ces maladies viennent soudainement, sans avertissement.
Ce début de fièvre soudain et intense est quelquefois deux fois plus
fort dans les cas de Cina, mais là il y a de l'helminthiase en rapport
avec la fièvre. L'enfant est bien à un moment donné et devient malade,
l'instant après et un symptôme très caractéristique dans ces cas, c'est
que l'enfant est très chaud avec le visage rouge et une demi stupeur,
mais à chaque instant il tressaille ou sursaute durant le sommeil
comme s'il allait entrer en convulsions. Cet état se rencontre
souvent chez les enfants et alors Belladona fait l'effet de l'huile sur
les eaux agitées. Rappelez-vous qu'avec Belladona les inflammations se
localisent plus qu'elles ne le font avec Aconit. J'ai tracé la
différence entre ces deux remèdes dans les inflammations et les fièvres
inflammatoires en écrivant l'article d'Aconit. Il n'y a nul avantage à
les confondre. Quelques-uns le font, mais en agissant ainsi ils font
seulement montre de leur ignorance.
«Il y a dans
chaque remède des symptômes de sensation, de circonstance, de
constitution ou de modalité qui sont spéciaux à la fois aux maladies et
aux remèdes. Ces symptômes ne sont pas toujours faciles à expliquer,
Trouver une explication au point de vue anatomopathologique n'est pas
toujours possible et, serait-ce possible, ce n'est pas toujours
nécessaire. Une simple acceptation de ces symptômes considérés comme des
faits est souvent plus sensée qu'une longue attente pour trouver ce qui
est introuvable. Prescrire d'après nos connaissances vaut mieux que
d'attendre sous prétexte que nous ne pouvons pas expliquer ce que nous
savons ni en rendre compte. Par exemple, il n'est pas aisé d'expliquer
pourquoi: «les douteurs de Belladona apparaissent soudainement et
après un laps de temps disparaissent aussi soudainement qu'elles étaient
venues» tandis que celles de Stannum «augmentent
graduellement jusqu'à une grande intensité et décroissent aussi
graduellement» ou que celles de Sulfuris acidum
«commencent lentement et déclinent soudainement» ou «augment
graduellement et cessent soudainement» mais les choses se
passent ainsi, et l'acceptation de ces faits rendra le prescripteur
homéopathique capable de guérir son malade qu'il puisse ou ne puisse pas
expliquer les faits.
Guernsey dit: «Ce
remède est particulièrement applicable et de fait domine tous les autres
dans les cas où prédominent la promptitude ou la soudaineté soit de la sensation soit du mouvement». Assurément tous ces symptômes ont leur explication
pathologique; il nous manque de pouvoir la donner; mais en agissant
d'après notre loi du Similia nous pouvons guérir nos malades et nous ne
sommes pas abandonnés sur la mer sans carte ni boussole parce que nous
ne pouvons pas fournir d'explication. Nous savons que ces symptômes sont
le cri naturel d'un état pathologique et que l'administration d'un
poison qui est capable de produire un pareil cri guérit le malade.
Quelle autre chose est nécessaire? Ou ceci est vrai, ou l'homéopathie
est une blague.
«Le simple fait,
abondamment démontré, que le remède avant les symptômes correspondants
aux symptômes du malade guérit ce malade, quel que soit l'état
anatomo-pathologique, partout du moins où une guérison est possible,
constitue une des plus grande découvertes de l'investigation
scientifique. Longue vie au nom de Hahnemann l'inventeur.
«D'après la
description de la drogue donnée jusqu'ici vous vous attendez à ce
qu'elle soit un bon remède pour les maux de tête congestifs et elle l'est, en effet, non seulement des maux de tête congestifs, mais
encore des maux de tête névralgiques. Douleur battante avec tous les
signes déjà décrits témoignant de la congestion du sang à la tête. Les
maux de tête de Belladona soit congestifs, soit névralgiques sont
aggravés par le fait de se baisser en avant, de se courber en bas
ou de se coucher, ou de faire n'importe quel mouvement qui fait
quitter la verticale au malade. «Aggravé en se couchant»,
de fait semble être une caractéristique générale très digne de
confiance.
«Lippe aîné me
raconta un jour un cas d'augmentation de volume ou de tumeur du sein
suspecte, avec douleur, depuis longtemps, qui, suivant son expression,
paraissait vraisemblablement un cas destiné au chirurgien, qui fut
entièrement guéri par un petit nombre de doses de Belladona, remède
auquel il fut amené par ce symptôme des douleurs si considérablement
aggravées en se couchant. Depuis lors j'ai observé et vérifié ce
symptôme dans un grand nombre de cas de différents genres. Je ne
m'arrêterai pas à donner tous les symptômes qui pourraient se rencontrer
dans les maux de tête de Belladona.
«Nul remède n'a
une plus grande affinité pour la gorge. La brûlure, la sécheresse
(Sabadilla), la sensation de constriction (constant désir
d'avaler pour soulager les sensations de sécheresse, Lyssin) avec ou
sans gonflement du palais et des amygdales sont quelquefois intenses.
J'ai été témoin une fois d'un cas d'empoisonnement dans lequel ces
symptômes étaient terriblement pénibles.
«Il y a deux
symptômes très caractéristiques dans la région de l'abdomen, à savoir: «Sensibilité
de l'abdomen aggravée par le plus léger ébranlement, en marchant, ou en
faisant un pas, par le plus léger ébranlement même du lit ou du siège,
sur lesquels elle est assise ou couchée et «pression en bas comme si le
contenu de l'abdomen allait faire issue à travers la vulve, pire les
matins». Ce dernier symptôme se rencontre dans d'autres remèdes
notamment sous Lilium tigrinum et Sepia. Avec Belladona il y a souvent
associée avec cette pression en bas une douleur dans le dos «comme
s'il allait se briser». Caractéristiques sont «les tressaillements, les sursauts» ou «les spasmes durant le
sommeil» ou quand on est sur le point de s'endormir.
Caractéristique aussi le symptôme «a sommeil mais ne peut
s'endormir» et «gémissements durant le sommeil».
«Avec Belladona la
tête aime être enveloppée ou couverte, prend froid quand elle est
découverte et quand les cheveux viennent d'être coupés (Silicea).
Glonoïn ne peut supporter un chapeau.
«La peau d'un
rouge écarlate, uniforme, lisse, luisante, si chaude qu'elle communique
une sensation brûlante à la main qui la touche constitue un symptôme
très caractéristique (H. N. Guernsey).
«Des convulsions
avec d'autres symptômes de Belladona se rencontrent très fréquemment
sous ce remède.»
Dr Gallavardin.
La description de
Belladone faite par Nash peut être complétée par la lecture de l'étude
de Kent. On y trouve même des applications cliniques qui illustrent
davantage la sphère d'action du remède.
Voici par exemple
ses réflexions sur la fièvre de Belladona «La fièvre du type continu
n'est pas du ressort de Belladona. Il est vrai que les vieux livres
parlent de Belladona, pour cette violente chaleur dans la typhoïde et
d'autres fièvres continues, mais si vous examinez Belladona du
commencement à la fin, vous ne trouverez rien de continu dans la fièvre.
Sa fièvre est rémittente. Elle va et vient. Elle ne vient jamais
graduellement dans les maladies comme la typhoïde. Elle n'a pas
l'élévation et la chute graduelles comme une fièvre continue. Notre
regretté Hering, un des maîtres les plus capables que le monde ait
jamais eus, classe Belladona pour la fièvre typhoïde quand le délire et
la chaleur sont un peu comme Belladona, mais laissez-moi vous dire ce
qui arrivera exactement quand vous donnez Belladona, pour le délire de
la fièvre typhoïde, pour un délire qui ressemble à Belladona. Vous
pouvez juguler le délire, mais d'autres manifestations s'élèveront dans
cette fièvre. Vous ne devez pas juguler la fièvre, car le patient sera
malade plus longtemps, entrera dans un plus grand état de prostration
que si vous aviez laissé le délire tranquille. Mais Stramonium convient
parfaitement à la description d'Hering pour un cas dans lequel il
recommande de donner Belladona. Mais alors cette idée de chaleur doit
être bien fixée dans l'esprit. Chaleur, chaleur intense, violente
chaleur.»
Kent insiste
beaucoup sur ces caractères de Belladona: chaleur, rougeur,
brûlure. «Mais ce n'est pas tout, dit-il, nous avons beaucoup d'enflure dans Belladona. Les parties enflammées enflent
rapidement, sont extrêmement sensibles au toucher, sont très
douloureuses avec la sensation comme si elles allaient éclater, avec
douleurs pressantes, élancements et brûlure. Il y a chaleur, rougeur et
brûlure dans ces endroits enflammés, aussi bien qu'enflure. Enflure,
piqûre, brûlure, élancements. Il palpite partout. Avec
toutes congestions et inflammations il palpite. L'endroit lui-même bat
et ses carotides battent. Quand les enfants sont malades au lit avec
congestion du cerveau ils ont une tête intensément chaude. S'ils sont
assez âgés pour en parler, ils diront: «ça brûle», mais alors nous
remarquerons la palpitation. Ses artères temporales et les carotides
palpitent avec grande violence. Une crise va venir. Un tremblement de
terre va se produire. Tout est secoué quand le malade a besoin de
Belladona. C'est un des remèdes les plus pénibles. Il est si sensible à
la douleur, si sensible qu'il souffre plus que des gens ordinaires
s'attendraient à le faire de cette douleur. Et, rappelez-vous, les douleurs viennent soudainement, elles restent plus ou moins
longtemps et elles disparaissent soudainement. Elles sont
ainsi dans la névralgie, elles se comportent ainsi dans les conditions
inflammatoires, elles se comportent de même dans les organes enflammés,
partout où elles viennent. Les douleurs déchirent, lancinent, brûlent et
piquent, pressent et cuisent tout à la fois. Toutes ces caractéristiques
sont réunies en un seul faisceau de sorte que le malade souffre. Toutes
ses douleurs sont pires par le mouvement, pires par la lumière, pires
par une discorde, pires par le froid. Il a besoin d'avoir chaud a besoin
d'être enveloppé chaudement, et est pire par une exposition au froid ou
un courant d'air. Ses maux de tête sont comme beaucoup d'autres
douleurs, il semble que le cerveau monte et descende, déchirant et
brûlant à chaque pas qu'on fait et par tout mouvement des yeux, ou de
tourner le globe de l'oeil ou monter l'escalier, se lever de son siège
ou s'asseoir; tous les mouvements créent de violentes souffrances.
Douleurs lancinantes, douleurs congestives; sent comme si la tête allait
éclater, comme si les yeux allaient sortir. S'il bouge, il sent battre
son coeur aux endroits malades et il les appelle «douleurs martelantes».
Où que soit cette douleur on ne peut pas y toucher. Si on le touche
l'endroit palpite. S'il est découvert il devient pire. Si quelqu'un
marche sur le parquet le bruit le rend pire. Le bruit du lit, s'il est
au lit, est une aggravation de Belladona. S'il est assez malade pour
être au lit, le craquement du lit rend tous ses malaises pires. Vous
allez au chevet d'un malade souffrant d'un foie enflammé et il ne vous
laissera pas mettre votre main sur le lit car le bruit de mettre votre
main sur le lit le rend pire. Si le mal est dans l'abdomen, si c'est un
utérus enflammé, si c'est un accouchement, c'est de même. Cette
aggravation par le bruit est un trait si marqué qu'il n'est pas toujours
confiné aux inflammations. C'est souvent un modificateur dans un état
d'hyperesthésie nerveuse. Une femme sur le point d'accoucher, quand il
n'y a pas d'inflammation et aucune menace, est dans un tel état
d'hyperesthésie qu'elle craint tellement l'air qu'elle exige que les
fenêtres soient fermées, elle ne peut pas supporter qu'on la touche,
elle ne veut pas être remuée, tout léger bruit aggrave, elle est si
sensible à tout bruit même quand il n'y a pas une localisation de la
douleur. En présence d'un tel cas vous pensez que vous assisterez à un
accouchement difficile sans Belladona. Mais avec une dose de Belladona
tous ces malaises disparaissent en 25 ou 30 minutes, si rapide est
l'action du remède. Le craquement du lit vous révélera souvent la nature
du remède. Si vous marchez vers le lit d'un malade souffrant de coliques
hépatiques, avec violentes douleurs, il ne peut supporter qu'on touche
son lit. Sa figure est rouge, sa peau brûle et il ne peut pas être
touché, il est en crucifiante agonie et il vous le dit avant que vous
ayez traversé la chambre. Vous voyez tout. Il dit: «Ne touchez pas le
lit, Docteur.» C'est un trait spécial, l'aggravation par un crissement
est marquée.
«Spasmes, spasmes
généraux et spasmes locaux. Spasmes des petits canaux, des fibres
circulaires, des organes tubulaires comme ceux dont j'ai parlé dans les
coliques de calcul biliaire. Dans le canal cholédoque il y a grippement,
ou cela peut-être dans le canal cystique. Les fibres circulaires
agrippent ce petit bout de pierre et ne le laissent pas passer. Le
passage est assez large pour le laisser passer et il est parti pour
passer, mais l'irritation de cette partie cause un spasme et il agrippe
cette petite pierre. Vous mettez une dose de Belladona sur la langue, le
spasme disparaît, la pierre passe et il n'y a plus de mal; en quinze
minutes les coliques hépatiques sont passées. Il n'y a jamais eu un
échec dans la prescription homéopathique des coliques hépatiques. Les
symptômes ne sont pas toujours ceux de Belladona mais dans ce cas où se
présente cette horrible sensibilité, c'est Belladona.»
Kent parle Ensuite
de Belladona comme remède des convulsions. Ce médicament trouve surtout
son application chez les «enfants qui ont une tête très développée, les
garçons dodus à grosse tête, les garçons surtout, mais aussi les filles
qui ont une tête de garçon sur leurs épaules».
Dans la congestion
cérébrale des enfants du ressort de Belladona Kent dit: «S'ils sont
assez âgés ils parleront du martèlement dans la tête. Dans Belladona le
bébé reste communément dans une profonde stupeur, la profonde stupeur
qui va avec la congestion du cerveau; pupilles dilatées; peau sèche et
chaude; figure rouge comme le feu; carotides battantes. Finalement
l'enfant devient pâle comme la mort à mesure que la stupeur augmente, le
cou est tiré en arrière parce que, à mesure que ça progresse, la base du
cerveau et de la moelle est touchée et les muscles du cou se
contractent, tirant la tête en arrière. Le malade roule la tête, les
yeux sont fixes, les pupilles dilatées. Cet état mental est associé à la
fièvre scarlatine et à la méningite cérébro-spinale».
Dans son style
imagé Kent décrit merveilleusement le délire de Belladona, délire
violent avec tressaillement, anxiété, hyperesthésie. Voici comment il
compare Belladona et Opium: «L'irritabilité nerveuse excessive se dégage
peut-être comme un des traits les plus proéminents de Belladona en
contraste avec les remèdes comme Opium, qui prive le malade de toute
sensibilité. Plus il y a de congestion en Belladona plus il y a
d'excitabilité. Plus il y a de congestion en Opium moins il y a
d'excitabilité. Et cependant ils sont très similaires à beaucoup
d'égards, très similaires d'aspect, pour les yeux et la figure;
similaires en états pathologiques. Si je devais prescrire d'après l'état
pathologique lui-même, la congestion, l'apparence, sans y comprendre
l'intensité de l'un ou de l'autre je ne serais pas capable de distinguer
entre Opium ou Belladona Ils s'antidotent souvent l'un l'autre. Mais
nous ne prescrivons pas sur la pathologie mais sur la symptomatologie,
après individualisation soigneuse.»
Voici encore
d'autres comparaisons très instructives: «Il y a des remèdes qui
correspondent à l'intense souffrance dans les natures si sensibles, et
dans des conditions d'irritation extrême, comme Hepar où elle s'évanouit
de douleur, comme Nitri Acid. quand le malade ne peut supporter le bruit
de véhicules dans la rue parce que cela crée de trop violentes douleurs,
comme Coffra ou quelqu'un passant la porte aggrave tous les maux, il est
si sensible à la douleur que le bruit de quelqu'un, entrant sous la
porte, quand lui est au troisième étage augmente intensément ses
souffrances, quoique personne d'autre ne puisse entendre. Dans Nux
Vomica même, le son de pas augmente la douleur par tout le corps.
Belladona a dans sa sature toute cette sensibilité à la douleur. C'est
une partie du sensorium général, l'état de tout le corps est intensifié.
Le malade de Chamomilla est suprasensible à la douleur, mais sous
n'avons pas besoin de sympathiser avec le malade de Cham., il chassera
cela tout seul. Mais vous compatirez au malade de Belladona, à celui de
Pulsatilla, et à celui de Nitri Acidum. Une chose bizarre aussi est
l'excitabilité réactive. La réaction au remède est si vive, si soudaine
que j'ai maintes fois entendu un malade dire avant que j'aie tourné le
dos à son lit: «Ce remède m'a soulagé» si vive est la réaction. Dans
beaucoup de remèdes la réaction est étonnamment ralentie, mais en
Belladona elle est étonnamment intensifiée. Il en est ainsi pour Nux Vom.
et pour Zincum. Quand le cas est très aigu, mais quelquefois aussi quand
le cas est en quelque sorte chronique, cette sensibilité est marquée.
Cuprum est très sensible partout. Il a des verrues sensibles, il a la
peau sensible, des polypes sensibles, toute chose sensible et il est si
sensible dans sa réaction que lorsqu'il est nécessaire les remèdes
partiellement indiqués n'agissent pas, parce que le malade est tellement
suprasensible à toute chose que toute chose contrecarre. La plus petite
dose, la plus douce, la plus simple dose agit contre et tout aggrave.
Les odeurs aggravent; des remèdes bien choisis dérangent au lieu de
guérir. Cuprum fait descendre, soulage cette sensibilité et des remèdes
bien choisis agiront alors d'une manière curative et durable. Cuprum
manque de ce haut degré de congestion, il n'est pas comme Belladona en
cela; Cuprum n'a pas cette sensibilité continue avec la fièvre active et
la congestion, la palpitation et le dérangement de la circulation; mais
il l'a à l'état chronique. Les femmes et les enfants sont si sensibles
qu'ils se trouvent pas de sympathie et cela ne convient pas non plus
pour les hystériques mais pour ceux qui ne sont pas capables de se
contrôler parfaitement eux-mêmes. Tel est Cuprum. Nous avons une masse
de remèdes qui conviennent aux personnes sensibles, spécialement aux
femmes sensibles. Sensibles aux odeurs, sensibles à toute influence
concevable. Le docteur qui le fait ressortir, et prend soin de ces
pauvres petites mortelles, qui comprend leur nature, aperçoit leur
qualité et les soulage de leurs souffrances, commandera à toute la
communauté, à la société, en dépit de la réputation de tous les autres
docteurs qui sont là avant lui. Ce ne doit pas être quelqu'un qui mesure
tout le monde par son propre sensorium, il peut être un pachyderme, mais
il trouvera des malades qui sont sensitifs».
D'après Kent la
prescription d'un remède homéopathique ne doit être faite qu'après avoir
tenu compte de l'évolution des symptômes pathologiques. Ses conseils
sont particulièrement à retenir: «Ce remède présente cette
caractéristique que les douleurs des diverses parties du corps viennent
par la tête et descendent. Les douleurs des extrémités inférieures,
douleurs rhumatismales des jointures avec grande rougeur et enflure
viennent d'avoir eu la tête découverte, ou la tête mouillée ou d'avoir
été attrapé dans une averse. C'est une maladie qui vous déroutera si
vous ne l'avez jamais rencontrée et si vous ne savez pas au juste ce que
je viens de relater. Les malaises de Belladona sont en général soulagés
par le repos et aggravés par le mouvement; mais il y a une sorte
d'agitation avec douleur déchirante depuis les hanches jusqu'aux pieds
qui tient le malade en marche tout le temps. Au moment où il y a repos,
les douleurs viennent. Quelquefois elles élancent en bas, quelquefois
elles déchirent du haut en bas des nerfs et ceci provient du froid à la
tête et non des pieds mouillés. Les malaises d'Aconit et de Pulsatilla
viennent d'avoir eu les pieds mouillés et ces malaises s'élèvent,
passent par les pieds montent et touchent la tête. Les malaises de
Belladona proviennent de l'exposition de la tête et descendent;
quelquefois ils affectent la tête, quelquefois la poitrine, quelquefois
l'estomac, quelquefois se centralisent dans l'abdomen, quelquefois pour
la femme dans l'utérus et les ovaires. Rhus a aussi des malaises pour
avoir été mouillé mais les malaises sont dans les endroits mouillés. Si
on a les jambes mouillées on a des rhumatismes dans les jambes. Il y a
une vaste distinction et cette distinction doit être faite dans presque
toutes les prescriptions. L'homéopathie est une matière
d'individualisation et du «comment les malaises se répandent». Quelques
malaises commencent au sommet du corps et descendent. C'est la manière
dont agit ce remède. Dans quelques remèdes l'exposition des pieds à un
courant d'air glacé amènera un mal de tête; mais dans Belladona
l'exposition de la tête amènera un mal de tête ou une névralgie des
extrémités inférieures.»
Voici encore
l'appréciation du même auteur sur Belladona dans les coliques:
«Belladona a de violentes coliques, douleurs intenses de crampe chez les
enfants. Figure rouge comme du feu, rouge, chaude, douleur soulagée
seulement en se penchant en avant. Il y a des exemples exceptionnels où
elle est soulagée en se penchant en arrière, alors elle est similaire à
Dioscorea. La mère trouve qu'en tenant l'enfant sur sa main cela soulage
la colique. C'est comme Colocynthis, mais Colocynthis est sans beaucoup
de fièvre, sans beaucoup de soif, une douleur ici, une intense colique
dans l'abdomen améliorée en se pliant, améliorée en se penchant sur
quelque chose de dur. C'est Colocynthis. Dans ce cas Colocynthis peut
être prescrit sur ce groupe de symptômes.
«Grande douleur
dans la région iléo-cæcale, ne peut pas supporter le plus léger
attouchement, même les draps de lit. Il y a des exemples ou Belladona
est le remède entre tous les remèdes pour l'appendicite.
«Belladona a des
troubles dysentériques. Diarrhée avec selle rare, fluide, tension
marquée, mais avec elle, la figure est illuminée. Chaleur, rougeur, et
brûlure dans la figure et la tête. Extrémités froides avec tête chaude.
Beaucoup d'effort mais il passe une selle peu importante.»
Kent termine son
étude de Belladona par l'exposé des relations que possède ce médicament
avec Calcarea carbonisa et Lachesis: «Il y a des états qui suivent
Belladona et qui sont en relation avec son état chronique, là où
Belladona a été approprié pour les états aigus, les congestions, avec
cette périodicité que j'ai mentionnée. Dans ces cas, Belladona a ses
suivants naturels et Calcarea est l'un d'eux. Chez les garçons qui ont
une grosse tête, sont gras, précoces, pléthoriques, qui s'enrhument
aisément et ont facilement des maux de tête et de la congestion,
écoliers qui eurent des maux de tête que Belladona soulageait d'abord;
très souvent en considérant ce cas on voit qu'il tourne en cas de Calc.
C'est très commun pour Calc. d'être ainsi en relation avec Belladona
«De nos jours,
nous trouvons fréquemment la toux sèche, hachée, dans les cas où des
médecins ont donné trop de Lachesis. Lachesis est souvent donné à des
femmes suprasensibles, et il produit beaucoup de ces états, il guérit
quelquefois de grandes maladies, mais il laisse derrière lui, pendant
des semaines, une toux sèche, hachée qui empêche de dormir. Quelquefois
elle arrive après le premier sommeil qui est généralement vers onze
heures, une toux sèche, hachée dans la position couchée. Belladona
guérira ce vieil effet de Lachesis, l'état nerveux, l'excitabilité et la
toux de Belladona sera appropriée comme antidote de Lachesis,
c'est-à-dire pour les symptômes aigus. Calc. est un antidote pour les
plus chroniques effets de Lachesis. Après l'abus de Belladona, Calc.
arrive comme un des antidotes naturels.»
Dr Bernay.
Ce que dit Kent au
sujet de Belladona, dans le délire; de la fièvre typhoïde est bien
observé, car nous venons, le Dr D'Espiney et moi, de contrôler, chez un
typhique soigné par nous, la justesse de cette remarque, que Belladona,
ne suffit pas dans le délire, parce qu'il n'améliore pas l'état général.
Nous avons prescrit Stramonium, et une amélioration plus évidente a
suivi l'administration de ce médicament.
Dr Gallavardin.
Dans le délire de
la fièvre typhoïde, il faut aussi considérer le cas où Agaricus pourrait
être indiqué. Récemment, le Dr E. Vannier, de Rouen a rapporté dans L'Art
Médical, de décembre 1912, le cas très probant d'un typhique, chantant
des airs gais et riant, qui a été transformé en six heures par Agaricus
6e. La fièvre qui était à 40°4 est tombée à 37°7. Le Dr Vannier
mentionne dans son travail les différents auteurs qui ont parlé du
délire d'Agaricus.
Dr Bernay.
Dans un cas de
cancer utérin, Belladona s'est montré très efficace pour soulager les
douleurs, et chose curieuse, la 6ème dilution réussissait
alors que la 3ème n'avait pas d'effet.
Puisque Kent parle
de Belladona dans la colique hépatique, y a-t-il des cas où vous auriez
obtenu des succès avec Ricinus?
Dr Collard.
Dans un cas
récent, j'ai prescrit Ricinus, et je n'ai obtenu aucun résultat.
Dr Bernay.
Ricinus est
néanmoins un très bon remède pour la congestion du foie après les
coliques hépatiques.
Dr Gallavardin.
Dans les coliques
hépatiques, mon père prescrivait le plus souvent Nux Vomica, puis
Chelidonium si Nux n'agissait pas. J'ai vu beaucoup de guérisons par ces
deux médicaments, et j'emploie aussi avec succès Belladona au moment des
coliques.
Dr Bernay.
La comparaison
donnée par Kent entre Belladona et Opium demande à être complétée en ce
qui concerne les symptômes oculaires. Chez un malade congestionné et qui
aurait les pupilles rétrécies, c'est Opium qui serait indiqué, la
congestion de Belladona s'accompagne plutôt de dilatation des pupilles.
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