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81. -Le passage, depuis des centaines de générations, de cet agent infectieux à travers des millions d'organismes humains et, par ce fait le développement de sa virulence, expliquent dans une certaine mesure la profusion et la variété de ses expressions pathologiques. Et cela surtout si l'on considère le nombre des influences extrinsèques circonstancielles (a) contribuant ordinairement à la manifestation de cette diversité infinie d'affections chroniques (symptômes secondaires de la psore) sans compter les variétés innombrables des complexions individuelles qui, déjà à la naissance, diffèrent considérablement les unes des autres.

 

            Il n'est donc pas surprenant que la multiplicité des influences nocives, autant intrinsèques qu'extrinsèques, de nature souvent persistante, agissant sur des organismes si différents et infectés par l'agent psorique (miasme), créent un nombre aussi considérable de troubles fonctionnels, d'affections objectives et d'altérations diverses L'ancienne pathologie les a, jusqu'ici, présentés à tort comme autant de maladies distinctes, en les désignant sous une multitude de noms particuliers (b).

 

(a) Quelques-unes de ces influences extrinsèques circonstancielles qui, en modifiant l'évolution de la psore, déterminent la direction qu'elle prendra dans son développement, sont constituées de toute évidence par:

                - les facteurs climatiques,
                - les conditions particulières du lieu de séjour,
                - les fautes commises dans I'éducation physique et morale de la jeunesse, ici faussée, là négligée et ailleurs trop raffinée,
                - les erreurs corporelles et spirituelles dans la vie professionnelle ou privée en ce qui concerne les usages et les habitudes de toutes sortes, la nourriture, les boissons, le dérèglement des passions et des mours.

 

                (b) Dans le nombre de ces noms impropres sensés représenter un diagnostic déterminé, combien s'en trouve-t-il qui sont équivoques et offrent de multiples interprétations! Le même nom peut désigner des syndromes très différents n'ayant souvent de commun qu'un seul symptôme, par exemple: apoplexie, paralysie, état spastique, manie, mélancolie, hystérie, hypocondrie, angine de poitrine, ictère, hémorroïdes, leucorrhée, hydropisie, rhumatisme, affection fébrile intermittente, etc... De ces états pathologiques on prétend faire des maladies fixes, toujours semblables à elles-mêmes, et, en raison du nom qu'elles portent, de l'étiquette diagnostique qu'on leur a fixée, on les traite chacune d'après le même plan traditionnel!

                Comment l'adoption d'une dénomination fixe et unique pourrait-elle justifier un traitement médical identique, puisque ce nom représente plusieurs choses différentes? Et si la façon de traiter doit varier selon les cas, pourquoi une même appellation, qui induit le débutant en erreur et présuppose une même thérapeutique? 

                « Nihil sane in artem medicam pestiferum magis unquam irrepsit malum, quam generalia quædam nomina morbis imponere iisque aptare velle generalem quandam medicinam = Jamais sans doute un mal plus désastreux ne s'est insinué dans l'art médical que d'imposer aux maladies certains noms généraux et de vouloir leur faire correspondre un médicament général. » dit Huxham, médecin aussi éclairé que respectable pour sa conscience professionnelle (Op. phys med. Tome I). 

                Fritze (Annalen I page 80) se plaint aussi « de ce qu'on désigne par le même nom des affections essentiellement différentes ».

                Les maladies épidémiques, qui semblent bien lors de chaque épidémie, se propager par un virus infectieux spécifique et inconnu, reçoivent de l'ancienne École - comme si elles étaient des maladies arrêtées, stables, déjà connues, et réapparaissant toujours sous la même forme - des noms spéciaux, comme:

 

       - fièvre typhoïde,
       - fièvre des hôpitaux,
       - fièvre des prisons,
       - fièvre des camps,
       - fièvre putride,
       - fièvre nerveuse ou
       - fièvre muqueuse, etc... 

                Et cependant, le génie épidémique de ces fièvres erratiques se manifeste chaque fois sous une forme différente, nouvelle, n'ayant encore jamais été exactement la même, et variant beaucoup, aussi bien dans son cours et son allure que dans plusieurs de ses symptômes les plus marquants. Chacune d'elles diffère à tel point de toutes les épidémies antérieures désignées du même nom trop général et trop vague, qu'il faudrait vouloir heurter de front les principes de la logique pour imposer à ces épidémies si diverses un des noms fixes introduits dans la pathologie, et les traiter médicalement d'après leur dénomination imprécise et insuffisante, chacune de la même façon. L'honnête Sydenham est le seul qui ait compris cette vérité, car il insiste (Oper Cap 2 « De morb. epid » . p. 43) sur ce point qu'on ne doit jamais croire à l'identité d'une maladie épidémique à une autre qui s'est déjà manifestée, et la traiter en conséquence de ce rapprochement, parce que les nombreuses épidémies qui ont éclaté à des époques diverses, ont toutes été différentes les unes des autres: « Animum admiratione percellit, quam discolor et sui plane dissimilis morborum epidemicorum facies; quæ tam aperta horum morborum diversitas tum propriis ac sibi peculiaribus symptomatis tum etiam medendi ratione, quam hic ab illis disparem sibi vindicant, satis illucescit. Ex quibus constat, morbos epidemicos, utut externa quatantenus specie et symptomatis aliquot utrisque pariter convenire paullo incautioribus videantur, re tamen ipsa, (si bene adverteris animum), alienæ esse admodum indolis et distare ut æra lupinis. = L'esprit est frappé d'étonnement par l'aspect varié des maladies épidémiques, qui diffère totalement de lui-même d'une fois à l'autre; l'évidente diversité de ces maladies se manifeste suffisamment, tant par les différentes particularités des symptômes qui leur sont propres, que par la dissemblance des traitements qu'elles réclament. Par conséquent, il est clair que, si les maladies épidémiques peuvent, pour un observateur superficiel, paraître coïncider jusqu'à un certain point, à la fois par leur allure extérieure et par un certain nombre de symptômes semblables dans l'une et dans l'autre, en réalité toutefois (si l'on fait vraiment attention) elles sont d'une nature tout à fait différente et se ressemblent aussi peu que le bon argent et la fausse monnaie ».

 

                Il est clair, d'après cela, que la profusion de ces noms inutiles dont on abuse tant, ne doit avoir aucune influence sur le plan du traitement adopté par un vrai médecin, qui sait qu'il ne doit pas juger et guérir les maladies d'après la ressemblance nominale d'un symptôme isolé, mais bien d'après l'ensemble de tous les troubles de l'état individuel de chacun de ses malades. Son devoir est de faire un examen attentif, minutieux et critique des maux dont ils souffrent et non de les présumer selon des hypothèses gratuites.

 

                Cependant, si l'on croit avoir quelquefois besoin de désigner certaines maladies par une appellation déterminée afin de se rendre, par ce terme, intelligible au vulgaire quand on parle d'un malade en particulier, qu'on n'utilise du moins cette désignation que sous la forme de noms collectifs. Il faut dire par exemple: tel malade a:

               - une espèce de chorée,
               - une espèce d'hydropisie,
               - une espèce de fièvre intermittente,
               - une espèce de fièvre nerveuse,

 

mais jamais (pour en finir une fois pour toutes avec les notions erronées auxquelles ces noms donnent lieu): il a la chorée, il a l'hydropisie, il a la fièvre intermittente, il a la fièvre nerveuse, puisqu'il n'existe, à part quelques symptômes cardinaux, certainement aucune maladie fixe et toujours identique à elle-même, dans ses multiples expressions, méritant ces étiquettes diagnostiques beaucoup trop générales.

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