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74. - Au nombre des maladies chroniques, nous devons malheureusement faire figurer celles universellement répandues, crées artificiellement par les traitements allopathiques et les intoxications médicamenteuses.

            A celles-ci appartiennent les suites de l'usage prolongé de drogues héroïques violentes, à doses élevées et toujours croissantes, l'abus du calomel, du sublimé corrosif, de l'onguent mercuriel, du nitrate d'argent, de l'iode et de ses pommades, de l'opium, de la valériane, du quinquina et de la quinine, de la digitale, de l'acide prussique, du soufre et de l'acide sulfurique, ainsi que des purgatifs administrés pendant des années.

            Il convient d'ajouter encore celles produites par l'excès des saignées (a), l'application immodérée de sangsues, l'entretien prolongé des abcès de fixation, des cautères, des sétons, etc... (trad - On peut ajouter aujourd'hui l'abus des sulfamides, des barbituriques, de l'éphédrine, des histaminés, des combinaisons salicylées, même des produits opothérapiques et des vitamines synthétiques, etc - trad).

            Tous ces moyens débilitent impitoyablement la force vitale et, s'ils ne l'épuisent pas complètement, ils la désaccordent progressivement et à tel point (chaque intoxication présentant le caractère spécifique du médicament absorbé), qu'il lui faut, pour maintenir la vie et se garantir contre ces atteintes hostiles et destructrices, littéralement bouleverser l'organisme. Pour rétablir l'équilibre, l'énergie vitale inhibe les territoires soumis à un état d'hyperexcitabilité ou d'hyperésthésie réflexe, relève le tonus affaibli, régularise le système vago-sympathique, dilate, contracte, provoque des états atrophiques ou hypertrophiques, des ramollissements ou des indurations, des dégénérescences variées, ulcéreuses ou tumorales, sacrifie certaines parties jusqu'à la mortification ou la nécrose, ce rétablissement s'opérant d'abord sur le plan fonctionnel, puis lésionnel (b) (l'obligeant parfois à des véritables mutilations autant internes qu'externes).

            Il ne reste, hélas ! pas d'autre ressource à l'énergie vitale pour préserver la vie d'une destruction totale au milieu d'attaques aussi agressives, sans cesse renaissantes et de puissances aussi dévastatrices.

 

(a) De toutes les méthodes imaginées pour guérir les maladies, il n'y en a pas de plus allopathique, de plus contraire au bon sens, de plus opposée au but à atteindre, que la cure débilitante que Broussais a répandue depuis des années dans une grande partie du monde par ses saignées et sa cure de jeûne. Quel homme sensé imaginera le profit thérapeutique d'une cure aussi peu scientifique, alors qu'un médicament, même pris au hasard a cependant plus d'une fois amélioré un malade grâce à son homéopathicité. Mais qu'attendre d'effusions de sang excessives sinon l'épuisement inévitable des forces et une mort prématurée?

                Quelle prétention ridicule et totalement dénuée de fondement d'affirmer que la plupart et même toutes les maladies sont des inflammations locales! Même s'il s'agit d'une réelle inflammation locale, la guérison la plus rapide et la plus sûre sans la moindre déperdition de force et de sang, sera obtenue par des remèdes dont l'action dynamique en provoquera la résorption; tandis que l'application de sangsues ou de scarifications et surtout celles faites directement sur la région affectée, ne font que prédisposer par la suite à des récidives.

                De même, en général, dans les maladies fébriles inflammatoires, il est nuisible et même criminel de soutirer des veines le sang par litres, alors que de petites doses d'un médicament bien choisi calment souvent et en quelques heures l'éréthisme vasculaire et guérissent la maladie qui en est la cause, cela sans la moindre déperdition d'humeurs ni de force. Le sang perdu ainsi abondamment ne peut vraisemblablement être remplacé la vie durant, parce que les organes hématopoïetiques en sont si profondément affectés, que la régénération peut bien se produire en quantité, mais jamais plus en aussi bonne qualité.

                Il est impossible que cette hypothétique surabondance de sang (prétendue pléthore) que l'on veut diminuer par des saignées répétées, puisse surgir ainsi ex-abrupto, puisque celui qui maintenant est malade avait une heure auparavant, c'est-à-dire avant le frisson, une température normale et un pouls parfaitement calme. D'où provient alors ce sang supplémentaire?

                Aucun être humain, aucun malade n'a jamais trop de sang (*), ni trop de forces. On sait bien au contraire que tout malade manque de résistance, sans quoi son principe vital l'aurait préservé du développement de la maladie. Il est donc aussi insensé que cruel - on doit même dire que c'est une faute criminelle basée sur une théorie sans fondement - que de produire chez un malade, déjà faible sans cela, un affaiblissement plus grand et plus sérieux encore par ]e gaspillage d'un liquide aussi précieux. Aucune méthode n'est aussi débilitante et, du reste, elle ne guérit pas la maladie, dont la nature, toujours dynamique, ne peut par conséquent céder qu'à des puissances dynamiques.

 

                (b) Si le malade succombe enfin, celui qui l'a traité, découvrant à l'autopsie les altérations pathologiques dont son impéritie est la cause, ne manque jamais d'une façon adroite de les présenter aux parents inconsolables, comme le résultat d'un mal incurable dès son origine; à ce sujet voyez ma publication: «L'Allopathie, un mot d'avertissement à tous les malades». Les résultats de ravages aussi lamentables sont étalés dans les traités de pathologie, illustrés de figures fallacieuses. Les gens de la campagne et les citadins pauvres qui meurent de maladies naturelles sans avoir subi les dégâts causés par de tels moyens nuisibles, ne sont ordinairement pas autopsiés par les anatomo-pathologistes. Mais, jamais dans leurs cadavres on ne pourrait découvrir de telles avaries et de pareilles altérations. On peut juger par là de la valeur démonstrative de ces belles illustrations ainsi que de l'intégrité de ces théoriciens écrivassiers.

 

                (*) Il est physiologique chez le sexe féminin, quelques jours avant la période menstruelle, d'éprouver une sensation de plénitude au bas-ventre et à la poitrine, mais sans la moindre inflammation, c'est là le seul état où l'on pourrait évoquer l'idée de pléthore.

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