LA PRESCRIPTION HOMEOPATHIQUE - OBSERVATIONS ET COMMENTAIRES
avec 5 cas cliniques et prescriptions originales
par le Dr Baur de Lyon
Commentaires du Dr. Pierre Schmidt
Chacun sait bien que la thérapeutique moderne est "enseignée" par les représentants de nos grands laboratoires pharmaceutiques. Je recevais hier l'un d'entre eux, qui venait me présenter un des plus récents remèdes-miracles, l'un des derniers nés de nos plus savants apprentis sorciers. J'aime beaucoup recevoir ces émissaires de la science : c'est pour moi l'occasion de me détendre et souvent de rire un peu.
Celui-là venait de me parler de l'harmonieux mariage de la Glycuronamide et de l'acide acétyl-salicylique aboutissant ainsi que je l'appris alors à "la première et seule forme de Salicylothérapie détoxiquée". C'était l'occasion d'apprendre que ce remède anodin, cette aspirine si généreusement dispensée possédait une toxicité qui n'était pas négligeable. Tiens, tiens...!
Et puis argumentation majeure : "Chez la souris, et peut-être plus encore chez le rat, la différence de mortalité entre le lot témoin ne recevant que de l'acide acétyl-salicylique et le lot traité recevant en plus de la Glycuronamide, démontre le rôle protecteur de la Glycuronamide. C'en était trop et je n'ai pu m'empêcher de faire remarquer qu'il vaudrait mieux s'adresser à un vétérinaire soucieux de la protection des souris et des rats en mal d'aspirine. Un commun fou-rire est venu clore notre discussion.
Mais le cabinet du médecin n'est pas toujours un endroit où l'on s'amuse, ainsi qu'en témoigne cette première observation.
Pyodermite des mains
Carole, âgée de 10 ans, m'est amenée le 26 mars 1966 : elle souffre d'une pyodermite rapidement extensive de la paume de la main droite qui a débuté il y a 15 jours au pouce par des éléments pustuleux. La suppuration atteint maintenant la totalité du pouce droit et l'index droit, le pus décollant sa peau par larges plaques. La température est subfébrile à 37.50, il y a, naturellement, des ganglions axillaires, l'enfant est pâle, lasse, ne mange plus.
Depuis quelques jours, il y a quelques pustules sur la main gauche.
Malgré un interrogatoire minutieux, nous ne trouvons pratiquement aucun symptôme qui puisse nous satisfaire et nous prescrivons un traitement antibiotique per os, pendant une semaine. (Horreur:).
Dix jours après, le 5 avril, nous la revoyons dans un état très aggravé. C'est maintenant la totalité de la paume de la main droite et des doigts dont la peau est largement décollée par des clapiers purulents. Cela saigne et suppure, l'enfant souffre et pleure. A la main gauche également, les lésions se sont étendues; et des pustules apparaissent maintenant ou talon droit.
L'état général est mauvais, l'enfant ne mange plus, ne dort plus, maigrit et reste subfébrile; c'est un échec des antibiotiques que je lui avais prescrits.
Devant un aussi brillant résultat, je pense demander l'avis d'un confrère dermatologue, lorsque sa mère me fait remarquer la fétidité du pus qui, manifestement, dégage une odeur de fromage.
Nous conseillons alors le 5 avril :
HEPAR SULFUR 200 - M - XM - à 12 heures d'intervalle.
Nous la revoyons le 15 avril. Dès la 12e heure, les lésions avaient séché, il n'y avait plus de pus ni de fièvre. A la 24e heure, les deux mains ont complètement pelé, les pieds aussi; il n'y avait plus ni douleur ni insomnie, l'appétit est revenu, bref, en 24 heures, grâce à HEPAR, s'est effectuée la guérison d'une dermatose purulente rapidement extensive qui évoluait déjà depuis près d'un mois.
Les manifestations objectives ne nous étaient d'aucun secours pour découvrir le remède : il y a plus de 80 remèdes indiqués au Répertoire pour les dermatoses suppurantes (p. 1319). - II nous fallait un de ces symptômes particuliers, bizarres, personnels, une de ces manifestations que probablement l'on ne trouverait plus dans le cercueil: l'odeur caractéristique d'HEPAR SULFUR.
Et maintenant où trouve-t-on les odeurs de fromage dans le Répertoire ? Si nous rassemblons toutes les rubriques qui s'y rapportent, nous verrons qu'HEPAR est le seul remède qui les couvre à peu près toutes. HEPAR n'est peut-être pas le "roi du Reblochon" dont nous parlait un jour le Docteur SCHMIDT : il n'en est le roi que pour l'odeur... Et si nous feuilletons notre Répertoire, nous trouverons au hasard des pages :
- Ecoulement fétide des oreilles, odeur de fromage pourri : (p. 287) Bar-m., HIE.
- Ecoulement nasal fétide comme du fromage : (p. 332) Hep., Merc., TUB.
- La bouche dégage une odeur de fromage : (p. 409) Aur., Hep., Kali c., kali p., mez.
- Gaz intestinaux fétides, odeur de fromage : (p. 618) Sanic.
- Les selles ont une odeur comme du fromage pourri : (p. 640) BRY. HEP., Sanic.
- Leucorrhée d'odeur fétide de vieux fromage : (p. 722) HEP., sanic.
- Ulcération du sein, squirrheuse, picotante, brûlante, avec odeur de vieux fromage :
(p. 882) HEP.
- Transpiration ayant une odeur de fromage (p. 1298) Hep., plb., suif., (Del Mas et BOGER ajoutent :
Con.).
- Ulcérations cutanées donnant issue à des sécrétions fétides, ayant une odeur de vieux fromage :
(p. 1335) Lite., suif.
- Verrues qui ont une odeur de vieux fromage : (p. 1340) Calc., Graph., Lita., THUY.
Commentaires No 1 :
Il est regrettable d'entendre, pour ce premier cas, qu'un homéopathe commence par donner des sulfamidés, dont il connaît toutes les critiques aussi bien thérapeutiques que doctrinales. Les antibiotiques non seulement camouflent la fièvre ou certaines réactions immédiates, mais coupent la défense naturelle de l'organisme et intoxiquent toujours le patient.
Hepar évidemment n'a pas que cette transpiration si typique d'odeur de fromage.
C'est un remède pustuleux - 1316, provoquant des éruptions à la main - 993 possédant l'adénite axillaire - 880. Il a l'anorexie - 479.
L'aversion de la nourriture - 481.
Il a les dermatoses septiques - 1319. Les insomnies —1251.
L'émaciation - 1357.
En effet, ici les huit manifestations objectives citées étaient trop vagues et sans grand secours... Cependant elles existaient et ici l'odeur caractéristique a été le signal d'alarme permettant de trouver le remède. Contrairement à l'habitude qui veut que l'on étudie tous les symptômes puis qu'on détermine le remède unique par quelque caractéristique singulière, ici, c'est après avoir déterminé ces symptômes rares, curieux, singuliers, qu'il a pu être constaté que tous les autres symptômes concordaient et ne présentaient pas de contre-indication à sa prescription. Donc bravo pour Hepar, avec les remarques d'usage concernant les sulfamidés.
Ici il n'était pas nécessaire de donner trois hautes dynamisations. Hep. XM était parfaitement suffisant pour effectuer la guérison. Le procédé "d'escalier" est indiqué si, dans un cas pareil, nous n'avons obtenu aucun ou trop peu de résultat.
Ne gâchons pas nos remèdes et ne faisons pas de superfétation. Dr Schmidt
Commentaires d’Edouard Broussalian (2007):
A la suite de cette observation je voudrais signaler que très souvent Hepar Sulfur guérit ce type de lésions des mains où la peau est très sèche, parcheminée, crevassée et plus ou moins suppurée. C’est vraiment le remède de première intention dans ce cas et ce n’est probablement pas une coïncidence. En effet, Le sulfite de calcium qu’est Hepar nous amène à développer un thème
-du travail, avec le besoin de sécurité, la crainte du manque matériel (Calcium)
en association avec
-le besoin de se saisir de tout, de profiter des bonnes choses (Sulfur)
Il est donc logique de s’attendre à une expression sur les mains, qui représentent la notion de réalisation du travail, des peurs inconscientes chez ces patients.
Eczéma facial
La posologie de tel remède bien connu est très simple. Pour nous faciliter les choses, le flacon de poudre est accompagné d'une cuiller-mesure qui, arasée, contient 0 gr 05 de principe actif.
C'est très simple. Encore faut-il connaître le poids de votre petit patient puisqu'il faudra lui faire prendre 20 mg. par kilo de poids et par jour, en deux prises. Et comme en général chacun sait que le poids d'un enfant varie très vite d'un mois à l'autre, il est fort probable que personne dans l'entourage ne pourra vous le dire exactement. Il vous faudra mettre une balance dans la trousse d'urgence
L'homéopathie, qui a bien des subtilités, n'a pas celle-là : votre remède, une fois choisi, sa posologie obéira à quelques règles simples, et une ou deux cuillerées à café en plus ou en moins n'auront en général pas beaucoup d'importance. La qualité et non la quantité
François D., a beau n'avoir que huit mois, il connaît déjà les vicissitudes de la vie... Depuis l'âge de deux mois, il souffre d'un eczéma qui a débuté aux pommettes et s'est étendu ensuite à toute la face. Les lésions sont rouges, sèches, enflammées, légèrement desquamantes, avec des croûtes çà et là car tout cela suinte lorsque l'enfant se gratte.
Il se gratte ? Uniquement au moment de s'endormir, ce qui retarde d'autant l'heure de son sommeil.
Par ailleurs il éternue très souvent et il a souvent le nez qui coule.
Son eczéma évolue par poussées et au plus fort des crises, ses urines dégagent une odeur forte, ammoniacale.
Né à terme, à 3 kg 600, il pèse maintenant 8 kg 200 mais, à 8 mois, n'a pas encore de dents. Il n'a pas été allaité par sa mère et son allaitement artificiel a été plusieurs modifié sans que son eczéma s'en trouve amélioré.
A sa naissance, il a subi la vaccination B.C.G. et à 6 mois la vaccination antivariolique, qui n'a pas pris.
La symptomatologie est pauvre. Nous donnons Silica puis Dulcamara, sans aucun résultat. A 11 mois, il n'y a toujours pas de dents et l'eczéma fait son apparition dans le creux poplité. C'est alors que les parents nous confirment que l'enfant ne se gratte qu'au moment de s'endormir : uniquement à ce moment-là.
Connaissez-vous ce symptôme ? Il m'a fallu feuilleter le Répertoire pour trouver le remède unique pour ce symptôme que j'ai donné en 200e dynamisation, une dose; et dans le mois qui a suivi, l'enfant a percé 4 dents en même temps que l'eczéma disparaissait. Puis l'éruption est revenue un mois après. A 11 mois, l'enfant marchait.
Nous n'avions à notre disposition que la 200e dynamisation d' Osmium et nous l'avons répétée deux fois à deux mois d'intervalle, puis une troisième fois 3 mois après avec chaque fois le même résultat: disparition de l'éruption pendant un mois puis léger retour. Après la 4e dose, la peau est restée nette.
Que dire de ce cas, sinon que cette symptomatologie qui m'avait paru si pauvre au début contenait cependant un joyau. Mais nous sommes très souvent des incrédules, et seul notre "manque de foi" nous permet de passer à côté des incroyables richesses que nous apporte parfois l'inter rogatoire... (Voyez p. 1329 dans le Répertoire)
Commentaires No 2 :
Le deuxième cas du petit François, avec sa croûte de lait - la croix des pédiatres - mais pas des homéopathes...
OSMIUM présente ce symptôme clé - Keynotes. Mais Osmium possède aussi les éternuements,
les coryzas,
les dermatoses pruriantes.
Il a même la transpiration fétide comme de l'ail sous les bras! Ce qu'on appelle la bromhydrose que cet enfant ne présente pas pour le moment, c'est vrai, mais que je signale pour votre édification personnelle, avec :
SULPH., Bov., Kali p., Lach. et Tell.
Pleurésie avec gros épanchement
Que faire dans une affection pleuro-pulmonaire aiguë ? La médecine moderne ne semble pas en peine pour vous répondre. Les sulfamides, les antibiotiques n'ont-ils pas révolutionné et modifié du tout au tout le domaine des maladies infectieuses. Et pourtant au moment du choix, une question peut parfois se poser : parmi la multitude des antibiotiques, lequel choisir ? Faut-il préférer telle ou telle Tétracycline, ou hésiter entre les multiples Pénicillines ? Il n'est pas toujours possible de faire pratiquer un antibiogramme... Alors, quels sont les éléments qui vont déterminer mon choix ? Si l'on me répond doctement que c'est l'expérience de chacun qui décide, ne serai-je pas autorisé à comprendre que c'est pure affaire de routine et de chance ?
L'homéopathie a beau être bonne fille, et réussir "même entre les mains de votre concierge" comme nous le dit le Dr SCHMIDT, la routine n'est pas toujours un fauteuil confortable pour le médecin homéopathe. J'en veux pour preuve cette troisième observation :
Monsieur F., âgé de 39 ans, traînait un gros rhume depuis 15 jours lorsqu'il m'a fait appeler le 8 janvier 1964 parce que sa température est montée brusquement hier matin à 39.20. Et ce soir il est à 40.80.
Il mouche jaune, le matin au lever surtout, et depuis 15 jours, il tousse, d'une toux grasse pire le matin.
Il se sent las - on le serait à moins - et semble confus dans ses réponses. Mais avec une telle fièvre peut-on avoir l'esprit bien clair? Pas de frissons, il a plutôt trop chaud dans son lit, et transpire légèrement; il a soif de boissons froides. L'auscultation pulmonaire est négative et l'examen ne montre qu'un catarrhe rhinopharyngé.
- L'écoulement nasal jaune le matin,
- la toux grasse le matin,
- et puis aussi la lassitude,
- la confusion pendant la fièvre,
- le besoin de se découvrir, enfin,
- la transpiration pendant la fièvre,
nous font conseiller PULSATILLA 6H, toutes les heures.
Quatre jours plus tard, l'état de ce malade reste inchangé et sa température se maintient en plateau autour de 40. Les caractères de la toux et de l'écoulement nasal restent les mêmes. Mais en plus, il se plaint maintenant de douleurs thoraciques à gauche, d'une gêne respiratoire qu'il localise plutôt à gauche, et de douleurs occipitales. Il dort très mal, sans pouvoir préciser le caractère de ses insomnies.
A l'examen on trouve tous les signes d'un très volumineux épanchement pleural gauche. Nous hésitons sur la thérapeutique à proposer lorsque, sans paraître y attacher d'importance, le malade nous signale qu'une des principales raisons de ses insomnies, c'est que chaque fois qu'il ferme les yeux, il a de très désagréables visions.
Nous n'avions qu'une millième dynamisation de CALCAREA, que nous lui donnons aussitôt. Le lendemain, la température était tombée à 37° le matin, 37.5° le soir, et n'est plus jamais remontée. Une semaine après, une radiographie confirmait l'existence d'un épanchement de la base gauche qui a mis trois semaines à se résorber sans laisser à sa suite aucune séquelle désagréable. CALCAREA M avait été renouvelé 8 jours après la 1ère dose et nous avons conseillé une XM dynamisation de ce même remède trois mois après.
Commentaires No 3 :
Puls. a été mal choisi. D'abord donné à beaucoup trop basse dynamisation.
Evidemment, il mouche jaune le matin et tousse gras.
Il produit une légère lassitude; présente de la confusion pendant la fièvre et se découvre pendant la fièvre.
Le résultat inchangé après 4 jours de Puls. 6, démontre que ce n'était pas le remède mais la dynamisation qui n'était pas appropriée. Les symptômes relevés étaient excellents, mais il aurait fallu donner : XM - une dose.
Calc. mouche jaune et a également la toux grasse du matin, alors que Calc. est au 3e degré pour la lassitude et se découvre aussi pendant la fièvre.
Evidemment, Puls. ni Calc. ne possèdent de douleurs thoraciques a gauche.
Calc. a la pleurésie - 829 - dropsy, mais pas Puls.;
Les insomnies par visions ne sont que dans Calc. - 1254, et la seconde prescription était la bonne; peut-être le résultat aurait été plus rapide avec une XMe.
Dr Schmidt.
Hémorragie du post partum
Tout cela est bien beau, mais on nous dit que l'homéopathie est une médecine lente, qu'il faut au moins une heure d'interrogatoire avant de penser à trouver un remède. Et l'on nous demande si lorsque les jours, les heures comptent l'on peut faire confiance à des agents thérapeutiques dont l'exiguité confine au ridicule ? "Non, conservons la thérapeutique homoéopathique pour le traitement des cas chroniques pour la modification du terrain pathologique. Et combien de médecins gardent bien précieusement cette bonne vieille allopathie avec ses doses massives - à tuer un cheval - et qui, elle, lorsque les heures comptent, saura apporter, avec sa brutalité coutumière, les modifications nécessaires pour un renversement de la situation". C'est du moins ce que prétendent certains de nos amis homéopathes.
Et pourtant n'avons-nous pas tous le souvenir de tel ou tel malade qui, hospitalisé d'urgence, a dû attendre plusieurs jours le temps nécessaire aux multiples examens indispensables au diagnostic pour l'établissement d'un traitement rationnel ?
Et puis, n'avons-nous pas, nous aussi, nos urgences ?
Madame D., âgée de 27 ans, en est à sa troisième grossesse et me fait appeler le 8 septembre 1964, une semaine après son accouchement parce que depuis 24 heures elle fait des hémorragies. Des hémorragies de sang très fluide mêlées de gros caillots, expulsés par paroxysmes comme le dit le Répertoire.
Ses autres symptômes appartiennent à son état chronique et ne sont pas pris en considération. Il faut cependant noter que chacun de ses accouchements s'est accompagné d'hémorragies (sans rétention placentaire), que les retours de couches ont, eux aussi, été hémorragiques, que ses règles sont habituellement prolongées et hémorragiques et qu'au printemps 1963, une fausse couche de deux mois a été suivie d'hémorragies très abondantes, ayant nécessité plusieurs transfusions.
En considérant les caractéristiques de l'hémorragie actuelle :
- Hémorragie du post-partum p. 730
- Sang fluide mêlé de caillots p. 731
- Caillots expulsés par paroxysmes p. 730,
nous lui conseillons une dose de FERRUM XM qu'elle prend immédiatement.
Et l'hémorragie se poursuit sans changement. La malade s'inquiète, s'agite, perd ses forces, et lorsque nous retournons la voir, le lendemain soir, son mari nous apprend qu'elle n'a pas pu passer la nuit sans lumière : elle a peur d'étouffer et étouffe dans l'obscurité.
STRAMONIUM est un remède de métrorragies en caillots, (mais pas spécialement du post-partum) et correspond aussi aux règles trop abondantes et trop prolongées. Nous connaissons bien par ailleurs son besoin de lumière, son angoisse dans l'obscurité, sa peur d'étouffer.
STRAMONIUM 200, en solution dans un verre d'eau, une cuillerée à café toutes les heures, et en quelques heures la situation change radicalement. Le lendemain, l'hémorragie est pratiquement arrêtée. Mais par précaution, nous conseillons encore pendant quelques jours la prise de ce remède 3 fois par jour, au grand scandale de la religieuse venue lui donner des soins, considérant cette amélioration seulement fortuite, n'autorisant nullement l'optimisme et qu'il serait bien plus indiqué de mettre d'urgence cette malade sous surveillance hospitalière.
Quoi qu'il en soit, et que cela plaise ou non à la religieuse, les hémorragies ne se sont plus reproduites. Vive Stramonium. Vive l'homéopathie
* * *
Dans chacune de ces quatre observations, la prescription du bon remède ne s'est trouvée, en fin de compte, justifiée que par un seul symptôme. Est-ce donc là pratique courante en homéopathie ? Et tout l'Art du médecin repose-t-il sur cette acrobatie qui consiste à rechercher le symptôme le moins objectif, le moins en rapport avec la maladie, le plus bizarre et, en somme le plus discutable pour un esprit concret, pour ensuite asseoir la prescription d'un unique remède qu'il faudra donner le moins souvent possible ? Le moins que l'on pourrait dire est qu'il s'agit là d'une curieuse technique thérapeutique.
Evidemment, s'il en était ainsi, l'homéopathie ne serait pas cette vieille dame de plus de 160 ans qui a, jusqu'à présent, allègrement enterré toutes ses compagnes dans la société des techniques thérapeutiques. Et sa vitalité, en face des merveilles de la médecine moderne, reste entière. Chaque mois, un périodique médical très classique, dans une longue rubrique intitulée "Carnet de naissance" nous fait part de la venue au monde des derniers nés de la thérapeutique moderne. Et puis, après le carnet rose vient la nécrologie. Dans une autre rubrique, pudiquement latinisée et intitulée "Supprimantur" l'on vient nous faire part de la disparition de toute une liste de médicaments, qui pourtant au jour de leur naissance avaient été salués des plus flatteuses prédictions
L'homéopathie n'a pas à déplorer semblables deuils et chacun des remèdes de sa Matière Médicale, au cours des années, n'a fait qu'étendre le domaine de ses applications. Non pas le domaine de ses indications, car les indications véritables sont celles qui sont basées sur l'expérimentation pure, et l'on sait bien que dans ce domaine, les expérimentations les plus anciennes sont les plus précises et les meilleures - les plus riches en symptômes individualisés.
Ces symptômes individualisés dans l'expérimentation sur l'homme sain, il nous appartient de les faire correspondre à des symptômes semblables individualisés chez le malade. Quelquefois les exigences de notre choix ne nous permettent de conserver qu'un seul symptôme. Mais d'autres fois, c'est tout un bouquet symptomatique que notre exploration du malade nous permet de ramasser. Alors il nous appartiendra de trier ce bouquet et d'en ordonner les différentes composantes. Après l'Art d'interroger, il nous fait encore apprendre l'Art de choisir, puis l'Art de classer les symptômes. Après quoi notre travail est terminé : quelques minutes pour consulter rapidement notre Répertoire, et nous avons notre remède.
Commentaires No 4 : (Dr Schmidt)
C'est très joli de parler de prescription sur un seul symptôme et de fait c'est une réussite qui impressionne, mais si l'on y regarde de plus près, comme je l'ai déjà signalé pour les cas précédents, ici il faut savoir que Stram. a des métrorragies quelquefois avec de gros caillots, que celles-ci peuvent être très abondantes et s'accompagner de sang plus fluide (aqueux) (voir dans les Symptômes-guides de Hering).
Ici on peut déplorer le côté défectif du médecin, qui ne nous donne que les symptômes clés. L'observation est nettement insuffisante. Etait-ce une personne pléthorique, maigre ? Loquace ? Très religieuse dans ses habitudes, nerveuse, toujours pressée ? Ses pupilles étaient-elle dilatées ? Tous ces symptômes étant caractéristiques de Stramonium. La réussite est là, d'accord, mais un Hahnemannien est plus exigeant.
En tous les cas, cela démontre la valeur supérieure d'un symptôme mental et surtout, s'il ne semble rien avoir à faire avec la maladie. On pourrait aussi faire remarquer, quand on dit que les symptômes chroniques n'ont pas été pris en considération, ce symptôme de besoin de lumière n'est nullement aigu, mais bien une manifestation chronique propre à se répéter dans d'autres circonstances.
Il ne s'agit cependant pas seulement de caillots expulsés par paroxysmes, mais de sang foncé mêlé à des caillots (clots mixed with ... dark blood). Puis, si l'on ajoute métrorrhagies par paroxysme, si l'on consulte les "Guiding symptoms" de Hering, on voit que les choses se présentent ainsi :
Chin. 2 2 1
Ferr. 2 2 2 1
Sabin. 3 1 3 2
Il parle de métrorragies très abondantes - p. 731 - profuse, ce qui aurait donné la préférence à Sabina.
Mes félicitations quand même à notre Confrère de sa belle réussite, grâce à la sagacité de son observation lui ayant permis de guérir ce cas aussi rapidement.
Il y a presque toujours de très bons simile à côté de simillimum.
Commentaires de Edouard Broussalian (2007):
Juste pour surenchérir sur les commentaires du Dr. Schmidt. Il est clair que la prescription précédente a été un peu approximative. Se pose donc la question de savoir si un médicament agit même si sa similitude est imparfaite. Tout est probablement fonction de la susceptibilité du cas. Sur les gens sensibles, il y a fort à parier que déjà à partir d’une homoeopathicité relative, le cas commence à s’arranger. Par contre d’autres cas ne réagiront qu’au remède le mieux ciblé et rien d’autre, d’où l’intérêt dans tous les cas de cibler au mieux l’indication du remède…
Névralgie cervico-trachéale et angine
Madame C., âgée de 32 ans, a fait en juillet dernier une pneumonie gauche grave, soignée par antibiotiques, suivie d'une convalescence qui a traîné plus d'un mois avec des douleurs articulaires et un état subfébrile à la moindre fatigue.
Elle me fait appeler le 16 octobre 1965 parce qu'avant-hier, dans la nuit, brusquement à trois heures elle s'est réveillée en criant de douleurs. Elle souffrait d'une atroce névralgie cervico-brachiale gauche. Au matin la température était à 38°; hier soir 37.3°. Mais la nuit qui a suivi a été mauvaise et elle s'est réveillée à 4 heures, ayant trop chaud et ne pouvant se rendormir.
Ce matin elle avait 38.8°, ce soir 39.4°.
Elle souffre toujours de sa névralgie gauche, qui lui interdit tout mouvement de la nuque et du bras.
Depuis ce matin, fort mal de gorge, même en avalant sa salive, plutôt à droite.
Elle souffre de la tête: le front et le vertex, avec sensation constrictive, comme une pression sur la tête.
Courbatures, surtout des membres inférieurs.
Ecoulement aqueux de la narine droite, du même côté que le mal de gorge.
Vertiges si elle se lève de son lit.
Elle a trop chaud, mais évite de se découvrir car alors elle ressent des frissons.
A l'examen on trouve une angine pultacée, avec de belles plaques blanches surtout sur l'amygdale droite.
Nous avons alors valorisé les symptômes :
W 1- Frissons en se découvrant (p. 1275)
T 2- Vertiges en se levant du lit (p. 103); vertige pendant la fièvre (p. 100)
T 3- Mal de tête pendant la fièvre (p. 140); douleur pressive (p. 189)
N 4- Coryza avec angine (p. 328)
XZ 5- Courbatures des membres pendant la fièvre (p. 1126).
Et nous prescrivons trois doses de NUX VOMICA 200 K. à une heure d'intervalle; ensuite Placebo.
Le lendemain matin, la température est à 37.50; le surlendemain à 37.20; l'angine a disparu en même temps que disparaissait la fièvre. La névralgie cervico-brachiale s'est atténuée progressivement et disparaît le 4e jour!
Commentaires No 5 :
Bonne prescription; bonne observation; symptômes classés dans l'ordre classique de haut en bas - donc adéquat -. Compliments.
* * *
Tel est le genre de cas auquel nous avons, le plus souvent, affaire, et pour l'analyse duquel la technique classique d'interrogatoire et d'examen, de tri et de valorisation des symptômes que nous serons ensuite amenés à comparer aux manifestations pathogénétiques, se trouve nécessaire et amplement suffisante.
Mais il est des cas où cette technique échoue, si minutieuse et si individualisée soit-elle. Ce sont les cas de "maladies défectives". Cette expression, dans la traduction de la 6e édition de l'Organon qui nous a été donnée en 1952 par le Docteur SCHMIDT, répond à l'expression "einseitige Krankheiten" employée par HAHNEMANN et que les traducteurs précédents avaient rendue par "maladies partielles".
Les quatre premiers cas que nous vous avons présenté relataient de tels cas défectifs. Les cas d'HEPAR, d'OSMIUM, de STRAMONIUM ou de CALCAREA n'appelaient pas leur remède de façon très évidente et n'en présentaient tout au contraire qu'un aspect, un côté.
Il y a dans cette notion de maladies défectives tout un aspect, à la fois théorique et technique qui n'a pas été suffisamment examiné jusqu'ici. Nous n'avons pas l'intention de l'aborder en détail. Nous voulions simplement en souligner l'existence et peut-être le proposer comme un thème à votre activité. Rappelons que c'est des paragraphes 172 à 204 que HAHNEMANN en parle dans son Organon.
Répétons en quelques mots qu'il y a trois catégories principales de maladies défectives :
- Les maladies défectives, par le malade qui n'exprime pas de façon suffisante ou suffisamment circonstanciée les symptômes qu'il présente.
- Les maladies défectives par réelle pénurie symptomatique.
et surtout les plus fréquentes et les plus aisées à combattre qui sont
- Les maladies défectives, par le médecin. Ce sont les cas où le médecin ne connaît que de façon très insuffisante les principes de l'Art d'interroger; ou bien il manque à percevoir les modalités ou les concomitances des symptômes que lui exprime son malade; ou bien encore le médecin est trop pressé et n'écoute pas son malade. Il y a encore le cas du médecin qui manque d'objectivité et qui, pour simplifier, interprète les symptômes à sa façon.
Et si les quatre cas défectifs que nous avons examinés plus haut semblaient, à l'exception du cas d'OSMIUM, des cas dans lesquels le remède ne se révélait pas par des symptômes très évidents, nous voudrions pour terminer vous rapporter un cas où la défectivité ne provenait que du médecin.
Incontinence et verrues
Elle ne pouvait provenir que de lui puisque de façon très évidente le symptôme important ne pouvait échapper même au coup d'oeil rapide d'un médecin pressé. Il s'agissait d'une adolescente qui avait le dos des deux mains couvert d'une multitude de grosses verrues cornées.
Je l'avais soignée auparavant de 13 à 16 ans pour une incontinence d'urine nocturne qui avait résisté à tous mes efforts et qui n'avait cessé qu'avec l'apparition des premières règles. Voilà déjà un premier résultat dont j'étais loin d'être fier. Elle présentait par ailleurs une tendance aux épistaxis et un eczéma rebelle qui la tenait depuis l'âge de 2 ans, de localisation variable selon les crises; eczéma sec et très pruriant; et d'autres manifestations cutanées de temps en temps : pyodermites, urticaire, impétigo.
Il y avait aussi des maux de gorge fréquents, surtout à droite.
Et des troubles du sommeil caractérisés surtout par des cauchemars effrayants qui la réveillaient; souvent, mais pas toujours, des rêves de voleurs.
En trois ans j'avais donné une bonne douzaine de remèdes sans résultats bien objectifs.
Et à 16 ans, la puberté s'étant faite, les troubles urinaires étaient rentrés dans l'ordre. Mais elle revenait un an après me montrer ses mains couvertes de verrues.
Il y avait toujours des nuits agitées et coupées de rêves effrayants; une tendance aux épistaxis; des maux de gorge fréquents du côté droit. Un chagrin d'amour récent ne venait pas arranger les choses.
Et là encore, pendant dix-huit mois j'ai donné beaucoup de remèdes. Thuya, bien sûr, puis Causticum, Ferrum picricum, Sepia, et bien d'autres encore, sans autre résultat que de voir les verrues se multiplier et se développer à qui mieux mieux.
Jusqu'au jour où j'ai vu, de mes yeux vu, que ces verrues situées à la face dorsale des deux mains et des doigts se localisaient pour la plupart au niveau des articulations des phalanges métacarpo-phalangiennes.
Quel est le remède qui présente pareille localisation de verrues? Il n'a pas fallu bien longtemps pour découvrir que ce même remède présente aussi :
S 1 - Des rêves effrayants,
S 2 - Des rêves qui réveillent,
S 3 - Un sommeil agité,
M 4 - Un retard pubertaire,
N 5 - Des épistaxis,
G 6 - Une tendance à l'inflammation de la gorge à droite,
N 7 - De l'incontinence nocturne des urines,
Q 8 - Des éruptions pruriantes
symptômes qu'il convient de classer ainsi, selon les canons de la doctrine.
Et par ailleurs, dans l'expérimentation qu'il en avait faite sur lui-même, Hahnemann notait déjà : "beaucoup de petites verrues".
N'avais-je pas là suffisamment de raisons pour prescrire Smilax officinalis (qu'on appelle aussi Smilax medica) 200, deux doses à un mois d'intervalle. Et deux mois après cette prescription, les verrues étaient en voie de disparition, leur volume s'étant réduit de deux tiers. L'on ne se trouvait plus en présence alors que de quelques verrues planes,à la place de ces grosses manifestations cornées précédentes. Encore deux doses du même remède à la Me dynamisation, et tout était terminé:
Vive l'homéopathie !
Pour les non initiés... c'est bien sûr de Sarsaparilla qu'il s'agit dans ce cas '..
* * *
Que conclure sinon que notre effort est payant; et que dans la mesure où il s'attache à des lois et à des certitudes, rien ne saurait venir le mettre en doute, ni l'ébranler, et rien empêcher ses fruits de mûrir. Les années pourront passer, sans pour autant remettre en question le matériel patiemment accumulé, et chacun des étages de l'édifice que nous établirons sur ces bases participera de la même solidité : l'histoire du colosse aux pieds d'argile ne saurait être celle de l'homéopathie.
Il n'empêche cependant que ces lois, ces éléments de savoir que se transmettent depuis plus de 170 ans nos devanciers, il appartient à chacun d'entre nous de les appréhender, de les recevoir de la même façon que l'on reçoit une nourriture; il faut ensuite les comprendre, les digérer, les assimiler, en faire une matière vivante qui permettra ensuite non pas un témoignage verbal, mais une manifestation concrète. Car de la relation qui s'établit entre le médecin et son malade et de l'effort que fait le praticien pour d'abord inventorier les éléments d'une situation pathologique, et ensuite les assimiler en les situant dans le cadre de ses conceptions - et nous pouvons prendre ici ce mot au sens propre - de cette relation vivante, mouvante, indéfiniment perfectible naît une prescription médicale.
Prescription, c'est-à-dire mise en jeu de diverses catégories d'influences en réponses aux influences premières exercées par le patient sur son médecin à travers le jeu des relations réciproques. Un accumulateur vidé d'énergie se trouve branché sur une source énergétique: et en réponse à son vide, qui est appel, ou différence de potentiel, une relation, qui est circulation d'énergie, se trouve créée.
Encore faut-il qu'il y ait une différence de potentiel. Différence de potentiel... Que peut bien vouloir signifier cette expression ? Nous serons bien tous d'accord pour dire qu'une tête bien pleine est loin d'être suffisante. Mais une tête bien faite suffit-elle à constituer l'essentiel de cette différence de potentiel à partir de laquelle s'établira un échange énergétique fructueux, une bonne prescription homoéopathique ?
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