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AUTO-BIOGRAPHIE
Par le Dr. Pierre Schmidt
AUTOBIOGRAPHIE ET CONVERSION A L’HOMOEOPATHIE DU DOCTEUR PIERRE SCHMIDT
(Je suppose que c'est mon ombre, ou peut-etre mes mânes qui liront cela une fois que je ne serai plus ici-bas. Vous saurez ainsi à peu près, au sujet de celui qui vous enseigne depuis si longtemps, d'où il sort, d'où il vient et ce qu'il a été).
Né le 22 Juillet 1894 à la montagne dans un chalet du Jura à CHAUMONT sur NEUCHÂTEL (Suisse) et, curieuse coïncidence, dans la maison de campagne de mes future beaux-parents, de parents suisses mais d'ancêtres commerçants d'origine wurtembergeoise du côté paternel et française, protestante, réfugiée de l'Edit de NANTES, du côté maternel, je suis le premier fils d'une famille de six enfants et fais mes études primaires et secondaires à NEUCHATEL.
Très vite, je m'intéresse plus particulièrement aux sciences naturelles, aux mathématiques et à la chimie, branches qui me passionnent et où j'ai la chance d'exceller. Je crée un petit laboratoire. Je fais des expériences nombreuses et quelquefois même dangereuses. Je distille un dérivé chloré pour fabriquer du chlore, gaz verdâtre très toxique qui me procure des suffocations, des crachements de sang. Puis, étudiant les explosifs, je mets dans une éprouvette du chlorate de potasse, du soufre et du charbon pour fabriquer de la poudre à canon. Elle explose et des éclats de verre me sautent dans les yeux m'obligeant à aller d'urgence chez un brave oculiste qui me fait cette extraction de la cornée non pas avec des pinces comme je le croyais, mais avec une petite lancette très pointue, ce qui m'intéresse prodigieusement et m'oblige à rester l'oeil bandé plusieurs jours et à fermer définitivement mon cher laboratoire sur décision paternelle formelle et irrévocable. Je poursuis en même temps la musique ainsi que l'étude de la callisthénie, de la danse, du violon et du chant. Mon père, major dans l'armée, me fait donner des leçons d'équitation où il fallait monter à cheval et faire de la voltige sur une simple couverture, sans selle ni étriers, puis de boxe et du jiu-jitsu, afin d'arriver à pouvoir se défendre par soi-même en toutes circonstances, sports qui se révélèrent plus tard fort utiles dans la profession !
En effet, j'anticipe ici pour montrer le bien fondé des idées de mon père, m'étant trouvé en plusieurs occasions devant des malades fous et qui voulurent me menacer et attenter à ma vie.
Mes leçons se révélèrent des plus utiles, ainsi que dans des circonstances souvent assez bizarres. Un matin, un jeune schizophrène d'une vingtaine d'années fut brusquement pris d'une crise d'agitation et voulut se précipiter sur son infirmier au moment où le sommelier apportait son petit déjeuner. Les deux hommes tâchèrent de le maîtriser, car il se débattait de toutes ses forces, ruant, frappant et gesticulant. Ils eurent l'idée de le précipiter dans sa chambre de bain qui était très étroite et au fond de laquelle se trouvait le W.C. Le tapage fut tel que le Directeur survint et me téléphona de venir d'urgence.
Quand j'arrivai, je les vis, les trois, se débattant au fond de cette chambre de bain et on ne pouvait plus savoir à qui appartenait telle jambe ou tel bras, tant ils étaient enlacés, qui pour attaquer, qui pour se défendre. Je pus heureusement accrocher la main du jeune malade et brusquement lui tirer le bras, dans le dos en fléchissant fortement sa main sur son poignet. Il poussa, un cri et resta dès lors immobilisé par la douleur. Je prie les deux aides de se dégager et ordonne au malade de se mettre debout, en me tournant le dos, le tenant toujours avec son bras dans le dos, sous la forte pression de ma seule main droite qui tenait fermement son poignet plié. Il voulut ébaucher un coup de pied, mais son cri de douleur l'arrêta net à une pression plus incisive sur son poignet.
Je lui ordonnai de marcher calmement autour de la chambre, le suivant directement et, après deux tours, l'avertis qu'au moindre mouvement, je le serrerai encore plus. Je lui expliquai la nécessité d'obéir à son infirmier et d'être dorénavant correct avec lui. Je lui dégageai sa main et lui administrai Stramonium 10.000. Il ne broncha plus et dans une attitude de chien fouetté, me promit de ne plus recommencer. Ce fut la fin de ses accès d'agitation, la mémoire des souffrances éprouvées autant que l'action bénéfique du remède, fut suffisante.
Une autre fois, je fus appelé dans un Institut catholique où une jeune fille de 15 ans fut prise d'une crise hystérique et maniaque ayant obligé les soeurs de la mettre au lit où elle fut attachée avec des cordes et où quatre soeurs étaient assises sur elle, lui maintenant chacune un bras et une jambe. Quand j'arrivai, elle hurlait et se débattait et elles arrivaient à peine à la maintenir. Je priai une cinquième soeur de lui enlever ses chaussures et empoignai son premier orteil droit que je fléchis vigoureusement; elle poussa un cri strident, puis en relâchant ma pression, je priai les soeurs de là désencorder et de la laisser. La petite malade resta dès lors immobile et au moindre, mouvement d'agitation ou de cri, j'appuyais un peu plus sur l'orteil, l'avertissant que tant qu'elle s'agiterait, je resterai là. Mais l'effet de la douleur fut vraiment magique et au bout de peu de temps, je la priai de s'asseoir sur son lit et lui donnai, vu cette crise de rage et de folie hystérique, où ses forces étaient décuplées, Belladona 10.000.Ce fut le dernier de ses accès.
Tel fut le résultat des utiles leçons apprises, grâce à l'influence de mon père, dans mon adolescence.
Très jeune, après avoir quelque temps hésité, pour la chimie, je me décide à devenir médecin et, à dix ans déjà, m'amuse avec un fil de fer recourbé à explorer la bouche et vérifier la solidité des dents chez mes jeunes frères et soeurs. A quatorze ans, se dessine ma carrière quand un de mes oncles, médecin, me demande si je veux être médecin ou chirurgien. Etonné de cette question, j'hésite. Alors, il propose une épreuve décisive : je dois, avec un gros couteau de cuisine, tracer une ligne droite sur une planche de bois tendre. Ma jeune main oscille et fait une ligne quelque peu ondulée : cette épreuve démontre péremptoirement et sans ambiguité, paraît-il, que la carrière de chirurgien doit être écartée, puisque la ligne n'est pas droite, et, qu'il faut devenir médecin ! Je comprends alors la difficulté de la tâche qui m'attend, moi, vivant dans ce pays de montres et d'horloges, puis qu'il me faudra être capable de réparer le corps humain, comble la montre, mais sans pouvoir l'ouvrir, guidé par la seule et sagace observation, par l'intuition et la déduction.
Pour passer l'examen de sortie des études primaires et entrer au Gymnase, je craignais par dessus tout l'histoire, que je n'arrivais jamais à retenir. C'était vraiment ma bête noire et mon Professeur, à maintes reprises, s'en était plaint à mon père, qui m'avait annoncé sur un ton péremptoire que si je ratais ce certificat d'étude, il me ferait cordonnier. Vous jugez de ma honte. Cette menace me poursuivit et pourtant j'étais un excellent élève dans toutes les autres branches. Incapable d'arriver à me remémorer toutes les dates de l'histoire, à part la bataille de St Jacques sur la Birse en 1444 et la fondation de notre Confédération en 1291.
Trouvant NAPOLEON intéressant, je décidai d'apprendre à fond une seule question, celle de Napoléon en 1802. Quel ne fut pas mon étonnement, en tirant ma question orale à l'examen de ce Professeur redouté, de tomber sur: Napoléon en 1802. Je fus si brillant que mon Professeur, au lieu de me féliciter, se fâcha et prétendit que je lui avais joué la comédie toute l'année, lui faisant croire que je ne savais rien en histoire, ce que prouvaient les chifftes lamentables de mes carnets ! L'étonnement fut triple et aussi grand pour ce Professeur que pour mon père et surtout… bien sûr pour-moi-même !
Agé de 17 ans, je quitte ma ville natale avec toute la famille, qui vient s'installer à GENEVE. Cette ville étant le premier centre intellectuel de la Suisse. C'est là que je complète mes études supérieures, donnant même des leçons de mathématiques, de chimie, et de sténographie à mes propres camarades. J'obtiens mon baccalauréat, puis le premier examen de propédeutique et finalement à 26 ans, passe brillamment les vingt-six examens de médecine, sortant premier sur quarante candidats, avec un camarade ex-aequo.
Avec Monsieur BLONDEL, depuis 1911, je deviens un des membres fondateurs en Suisse du mouvement boy-scout qui m'occupe encore actuellement: la discipline autant extérieure qu'intérieure exigée par cette association, dont j'ai l'ambition d'étre un chef Modèle, exerce sur moi une influence profonde, et la Loi scoute me marquera dès cet instant comme au fer rouge pour toute la vie et dans toute ma carrière.
Voici cette Loi scoute qui fut mon idéal protecteur
- L'éclaireur n'a qu'une parole.
- L'éclaireur est loyal et fidèle.
- L'éclaireur se rend utile, il aide son prochain.
- L'éclaireur est un bon fils; il est l'ami de tous et le frère de tous les éclaireurs.
- L'éclaireur est courtois et chevaleresque.
- L'éclaireur est bon pour les animaux; il protège les plantes.
- L'éclaireur sait obéir.
- L'éclaireur est vaillant; il sourit dans les difficultés.
- L'éclaireur est travailleur et économe.
- L'éclaireur est propre dans ses pensées, ses paroles et ses actes.
- L'éclaireur s'efforce d'observer cotte loi dans toutes les circonstances de sa vie.
Mon père, souffrant d'entérite chronique depuis son adolescence, fut traité avec succès par l'homéopathie et par un hahnemannien strict, le Dr. UBERT de Neufchâtel, qui utilisait principalement des 30e dynamisations C.H. A chaque visite, il ne se lassait pas de répéter qu'il fallait que les deux premiers garçons, Pierre et Roger, deviennent des homéopathes. Et il leur remit le Petit Catéchisme homéopathique de DEWEY, en allemand, et l’Organon d'HAHNEMANN. Cette lecture me passionne et ces ouvrages sont littéralement dévorés. Attiré' par l'étude des langues, j'étudie le latin, l'allemand, l'anglais, l'italien et le sanscrit.
Pendant le cours de mes études, jeune étudiant, je donne à ma famille, à mes proches, mes camarades et même à des animaux, de petites pilules homéopathiques, aux plus basses dynamisations, et cela avec d'appréciable succès. Me trouvant dans notre maison de campagne dans le Jura bernois, à côté d'une grande ferme, je suis appelé un soir d'été par nos paysans, pour leur grand-père âgé de 80 ans, homme vénérable, avec de beaux favoris blancs, qui s'était alité la veille pour une forte fièvre à 39°9, avec une très grande soif d'au moins un verre à la fois d'eau aussi froide que possible. A mon arrivée; j'observe la joue gauche très rouge, les yeux injectés et de suite il me dit : "Ce n'est pas la peine de me donner des remèdes, Docteur, car j'ai depuis hier, quand je me suis couché, le pressentiment de ma mort, je n'en ai pas peur et suis prêt et je sens que demain à 9 heures sonnera ma dernière heure. "
Je l'interroge cependant et il m'affirme ressentir une certaine douleur à son sommet gauche, l'empêchant de se coucher, soit à droite, soit à gauche, ne se sentant bien qu'étendu sur le dos. Il avait une petite toux sèche et avait déjà expectoré quelques crachats sanguinolents; l'auscultation révéla un foyer inflammatoire au sommet gauche, permettant d'affirmer sans hésitation une pneumonie franche du sommet gauche.
Je débutais en homéopathie, mais je savais pourtant que ce ne pouvait être Arsenicum, malgré cette soif caractéristique car ce remède ne " prédisait pas l'heure de sa mort ". Néanmoins, d'après mes connaissances d'alors, je prescrivis en alternance Aconit 200 et Belladonna 200, trois globules de chacun dans un verre d'eau à prendre par cuiller à café une toutes les heures, en alternant.
Le lendemain, à 9 heures précises, j'étais à son chevet. Il était assis, l'air reposé, tout content, et il me dit : " Je me suis trompé, ce n'est pas encore le grand voyage, car j'ai passé une excellente nuit et n'ai plus soif, je n'ai même presque plus toussé. " En 48 heures, la température avait disparu, plus de crachats, plus de foyer, la pneumonie était guérie. Et ce vieillard a vécu encore huit années, il n'est pas mort d'une maladie, mais d'un accident - une fracture compliquée de la hanche.
Aujourd'hui, je me rends compte que cette alternance était une erreur et que Belladonna n'était pas indiqué, seul Aconit répondait à tous les symptômes à la perfection et lui seul aurait dû être administré.
Ces paysans avaient également un petit chien qui, d'après eux, avait un ver dans la tête, car il était pris par moment d'une sorte de vertige, l'obligeant à tourner sans arrêt à droite, puis à retomber comme épuisé. Aconit 200 le guérit définitivement.
C'est ainsi que je soigne avec d'excellents résultats la grave épidémie de grippe de 1918, exclusivement avec Influenzinum hispanicum de NEBEL à la 200ème dynamisation, sans perdre un seul cas, alors qu’un peu partout, bien des malades succombent.
Lee derniers jours de mes études médicales, on vient me quérir pour soigner un cas d'angine grave chez un garçon de dix ans, le fils de mon marchand de bicyclette. L’odeur infecte de l'haleine, les amygdales profondément ulcérées, recouvertes de fausses membranes putrides et blanchâtres qui s'étendaient à presque toute la gorge et donnaient de fortes douleurs irradiant aux oreilles, la haute température, la langue grise, avec forte salivation, font supposer une diphtérie et indiquent très nettement Mercurius cyanatus, remède découvert par le Dr. BECK, de MONTREUX.
Cette circonstance me place devant un sérieux dilemme : au cours de mes études, je n'avais jamais vu de diphtérie, mais je me rappelle parfaitement les préceptes de mon Professeur de pédiatrie, le Professeur d’ESPINE: " Injectez du sérum et injectez-en le plus possible ". Mes lectures homéopathiques et les résultats déjà obtenus me donnaient une assurance et des preuves que la médecine classique ne m'avait jamais offertes. C'est un cas de conscience, et pour moi aussi fort nouveau, d'appliquer le traitement allopathique classique, ou de tenter l'homéopathie, deux méthodes fort différentes, dont je n'avais jamais vu ni dans l'une, ni dans l'autre, l'application à cette maladie. Quoique très décriée par mes Professeurs, .je prends, après bien des hésitations, la résolution de mettre l'homéopathie à l'épreuve et de tenter cette thérapeutique. C'est là une grave responsabilité, mais l'occasion dans mon esprit de vérifier, pour en apprécier la valeur, une thérapeutique qui me paraissait vraie et éventuellement de l'étudier plus à fond pour l'adopter si elle me démontre précisément, dans un cas pareil, un résultat positif. Un prélèvement des fausses membranes est immédiatement envoyé à l'Institut d'Hygiène.
Je me procure alors cinq centigrammes de Cyanure de Mercure dans une pharmacie (et je vous prie de croire que j'étais très fier, car comme candidat en médecine j'avais le droit de faire une ordonnance et de prescrire un pareil poison). Naturellement, lorsque j'arrive avec cette prescription de cinq centigrammes de Cyanure de mercure, le pharmacien me regarde de travers et me demande pourquoi c'était faire.
Lorsque je lui explique que c'était pour le diluer et l'appliquer à dose infinitésimale à un malade, il s'est déclaré d'accord. Je fais passer cette substance toxique par les trois triturations classiques selon la pharmacopraxie homéopathique, soit une heure de temps chacune; puis je dilue cinq centigrammes de cette troisième trituration centésimale dans 500 gouttes d'eau distillée et d'alcool. De là, je fais des dynamisations hahnemanniennes par flacons séparés au 100ème. Mais, après huit heures de travail, je m'arrête à la 9° dynamisation centésimale, fatigué d'aller plus loin et craintif d'avoir déjà trop dilué le médicament.
Je l'administre alors sous forme liquide et j'en donne tout tremblant six gouttes toutes les deux heures à l'enfant. Quelle n'est pas ma surprise de voir la température descendre rapidement, les fausses membranes disparaître et fondre comme neige au soleil, ainsi que les douleurs de la gorge et trouver l'enfant transformé en 48 heures, au moment où le bulletin d'hygiène me parvient et annonce : " Bacilles de Loeffler courts associés à des streptocoques ". Or, les bacilles courts sont considérés comme beaucoup plus toxiques que les moyens ou les longs et à cela s'ajoute encore la combinaison si dangereuse et redoutée avec le streptocoque. Il s'agissait donc ici d'une diphtérie particulièrement grave. Un deuxième prélèvement, le troisième jour, est négatif, mais l'Institut envoie un médecin faire le contrôle, ne pouvant croire à une si rapide disparition et pensant le prélèvement mal fait : il se révéla également négatif !
Cette expérience et cette guérison spectaculaire sont décisives dans ma vie et dès ce jour, je suis désireux d'approfondir une méthode qui s'est révélée, après contrôle objectif, indiscutable, et des doses infinitésimales capables de guérir une maladie infectieuse vraiment sérieuse.
J'avais coutume d'acheter mon beurre et mon fromage dans un magasin dont la veuve avait un fils qui venait d’entrer dans ma troupe d'éclaireurs. C'était une femme très autoritaire, très énergique, d'une volonté de fer, dont le commerce avait grande réputation, grâce à ses capacités personnelles et un labeur acharné.
A l'occasion d'un achat, je lui annonce que je viens de réussir mes examens finaux de médecine. Elle me pria derechef de la suivre dans son arrière-magasin et je fus frappé de la voir marcher comme tout le monde, sans la moindre claudication alors que je l'avais toujours vu boiter auparavant. Elle me fait pendent plus d'une demi-heure le récit détaillé de sa miraculeuee guérison d'une arthrite rhumatismale chronique de son genou droit, qui durait depuis des années et s'aggravait progressivement, accompagnée de douleurs constantes malgré toutes sortes de traitements et les nombreuses consultations avec des spécialistes et même des professeurs de notre université. Elle me fait voir ses radiographies matérialisant sa discussion, cette arthrite chronique l'ayant obligée de boiter et rendant très pénibles et douloureuses les fréquentes descentes à sa cave humide et froide où se trouvent ses fromages et ses produits laitiers.
Devant l'échec retentissant et l'inutilité de la médecine et influencée par une connaissance, elle se mit à pratiquer la Science chrétienne, et grâce à sa foi, récupère le plein usage de son genou pourtant atteint de lésions pathologiques objectives. Une radio récente présente exactement la même image qu'avant sa guérison et cependant elle marche sans douleur et sans boiter. "Vous devriez étudier le livre de Miss Eddy que je voue prête volontiers, car cela vous permettra de faire des guérisons dont la médecine est incapable, me dit-elle." Or, je venais précisément d'acquérir l'Organon d'HAHNEMANN, le livre de base de la doctrine homéopathique. Aussi, je résolus de lire avec attention et sans parti-pris les deux livres inconnus de la médecine dite classique et de faire ainsi un acte de probité intellectuelle.
Je suis quelque peu bouleversé à ces lectures si différentes et si dissemblables de tout ce que j'avais appris pendant mes six années d'études approfondies à GENÈVE, à BALE et en France, par des professeurs réputés, qui nous avaient enseigné et infusé une masse incroyable de connaissances comme des vérités dogmatiques sans jamais faire appel à aucun sens critique de notre part. Et me voilà en présence de deux guérisons palpables, vérifiées objectivement, cette diphtérie et cette arthrite chronique obtenues par des méthodes para-médicales, décriées et une fois ou l'autre mentionnées par nos maîtres avec une ironie méprisante.
Très vite la comparaison est flagrante entre ces deux disciplines si nouvelles pour moi. L'une rationnelle, basée sur des expériences et des faits, aboutissant à une loi thérapeutique immuable, apparemment paradoxale d'après mes études, loi qui s'est révélée constante et fidèle depuis presque 200 ans, alors que toutes les autres méthodes thérapeutiques depuis le Moyen Age ont, comme on dit, "progressé", c'est-à-dire qu'une nouvelle a remplacé l'ancienne, vite désuète et périmée, basée sur des théories changeantes et des expériences faites sur des animaux, si différents de l'être humain pensant et souffrant.
D'un côté, l'Homéopathie, la seule méthode qui ait persisté depuis l'époque médiévale, et l'autre discipline, celle de la Science chrétienne, exigeant une foi aveugle dans la négation de la douleur et de toute manifestation pathologique.
Or, je soignais précisément une otite suppurée chronique et deux cataractes chez trois Chrétiens-scientistes, à qui l’on reprochait, devant la persistance et l'extension de la maladie, un manque de foi ! Quel argument facile devant leur échec! Même Miss Eddy, avant sa mort, elle, la fondatrice du mouvement, a dû prendre de la morphine pour calmer ses douleurs, qui, malgré sa foi, existaient bel et bien ! Mais, ce qui m'a frappé dans son livre, c'est que, seule, d'après elle, la thérapeutique homéopathique, quand un remède était vraiment nécessaire, était alors autorisée. Et elle rapporte elle-même un cas intéressant guéri avec Natrum muriaticum, le sel dynamisé !
Cette étude comparative décide de mon choix sans aucune hésitation possible, en faveur de l'homéopathie. Aussi, je me mets à relire à fond l'Organon et les Maladies Chroniques d'HAHNEMANN et relève cent questions sur le papier. Puis, je décide de faire une sorte de pélerinage à travers les villes principale de Suisse où pratiquent des homéopathes : à GENÈVE, BERNE, NEUCHATEL, ZURICH, BALE et St.GALL. Comme ils ne sont qu'une vingtaine, cela est facile. Ils me reçoivent tous très confraternellement et accordent le temps nécessaire à mes demandes. A chacun je pose les cent questions, et je reste étonné des réponses logiques et sages que j'obtiens. C'est alors que le Dr. MENDE, de ZURICH, insiste pour que j'aille en Amérique en passant par LONDRES, pour y rencontrer les homéopathes anglais célèbres, le Dr. John Henry CLARKE (l'auteur du fameux dictionnaire de Matière Médicale) et le Dr. John. WEIR, un des médecins de la Reine et de la Couronne d'Angleterre.
Un premier voyage à PARIS est plutôt décourageant. Je rencontre les Docteurs MONDAIN, CHIRON, LE TELLIER, TEISSIER, CARTIER, Léon VANNIER, etc ... mais tous ces confrères homéopathes sont pressée et ne peuvent trouver le temps de m'accorder une ou deux soirées pour parler d'homéopathie. Je me rappelle très bien une de ces visites, le Dr. CHIRON me disant : " Écoutez on a le temps d'aller vite boire un petit bock de bière ensemble et de parler d'homéopathie, j'ai juste quelques minutes ". Le Dr. VANNIER me dit en arrivant : " Monsieur, j'ai une demi-heure à vous consacrer, c'est le maximum ! " Ces trente minutes durèrent une heure, vu l'intérêt que je portais aux exposés du Dr. VANNIER, mais il me découragea d'aller outremer, puisqu'il pouvait, affirmait-il, me donner tout l'enseignement dont j'avais besoin, ici à PARIS même. Pourquoi perdre mon temps en Amérique ? Il m'exposa tout en détail : les séquences et les parentés médicamenteuses par des schémas impressionnants ! Mais notre entretien fut-vite interrompu quand je lui annonçai connaître tout cela depuis longtemps l'ayant appris à la source, c'est-à-dire par le Dr. NEBEL de LAUSANNE ! … Et puis, j'avais pris mon billet pour l'Amérique et tenais à l'utiliser.
Je vois cependant tous les confrères cités plus haut et assiste aux consultations éclairs de polyclinique homéopathique. Je visite naturellement l'Hôpital HAHNEMANN et l'Hôpital St. Jacques, mais reste effrayé du peu de temps consacré à chaque malade, des nombreux remèdes prescrits, presque sans interrogatoire, auxquels viennent s'ajouter encore de multiples draineurs et canalisateurs ; leur façon d'appliquer l'homéopathie paraissant tout à fait différente et divergente de l'enseignement d' HAHNEMANN que je viens de lire. (Je me rappelle le Dr. MONDAIN, qui me prend le bras droit, l'écarte, me regarde et me dit : " Ne vous cassez pas la tête, vous êtes Calcarea phosphorica, vous n'avez pas besoin d'autre remède. Et il s'est trouvé par la suite que c'était bien mon remède de fond, mais j'avais bien trouvé cette méthode par trop rapide et bien simplifiée pour donner des remèdes avec sécurité ! ...). C'était de nouveau un de ces " diagnostics minute " indiqué par NEBEL pour différencier les trois Calcarea : carbonica, phosphorica et fluorica !
Pour ce départ dans des pays de langue anglaise, j'avais pensé sage d'ajouter aux connaissances acquises à mes cours d'anglais, dix jours d'étude intensive de cette langue à la Berlitz School, où l'on ne vous parlait qu'anglais et qui se révélèrent fort utiles. Mais mon accent aussi bien que ma compréhension de cette langue m'occasionnèrent bien des difficultés les premiers jours.
Je pars donc en Angleterre où je rencontre les Drs- CLARKE; WEIR, et toute une phalange-d'excellents homéopathes, tels les Docteurs RORKE, BORLAND, WEELER, FERGY WOODS, Margaret TYLER, NEATBY qui me firent une profonde impression. J'assiste pendant deux semaines, tous les jours, aux consultations données à l'Hôpital Royal, dans les différents services, et admire la façon intelligente et consciencieuse des interrogatoires pratiqués, l'emploi du Répertoire (que je ne connaissais pas) et la discussion des cas, qui me réconcilie de ce que je venais de voir à PARIS, ainsi que l'enthousiasme pour l'Homéopathie que possèdent ces confrères anglais.
Avant de quitter la Grande Bretagne, il faut tout de même que je vous parle de l'accueil reçu par le Dr. CLARKE, dont j’étais parfaitement inconnu et qui, après un téléphone lui exposant le but de ma visite, me convoque de suite à son " office ". Quelle réception chaude, amicale et sympathique. Je pénètre dans un cabinet tout rouge, tapis rouge, rideaux rouges, meubles revêtus de velours écarlate, bibliothèque considérable, remplissant les trois parois dont presque tous les volumes étaient reliés en rouge, et je vois s'avancer vers moi, avec un large sourire, et me prenant les deux mains, un tout petit homme déjà âgé, aux yeux pétillants, un visage rubicond, avec des petits favoris et une chevelure abondante d'un blanc argent. Quel contraste avec ma réception parisienne ! D'emblée, il me félicite d'entreprendre ce grand voyage pour le bénéfice de l'homéopathie et il me donne immédiatement la recommandation dont j'avais besoin pour un professeur universitaire à NEW YORK et me remet spontanément une de ses publications : " L'enthousiasme de l'Homéopathie ", avec couverture rouge, bien entendu. Nous restons deux bonnes heures à parler d'homéopathie, moitié anglais, moitié français. Jamais je n'avais reçu pareil accueil. C'était vraiment notre commune admiration pour l'homéopathie qui présidait à cette rencontre par un intérêt similaire.
Quant à mon entrevue avec le Dr. WEIR, elle se fit à l'Hôpital Royal et dans des circonstances plutôt mortifiantes à mon égard ! J'avais été très aimablement invité à suivre la visite des malades, et il se trouvait que ce matin, elle se faisait dans le service du Dr. J. WEIR. Ce nom, je ne le connaissais pas sinon par la recommandation du Dr. MENDE de ZURICH. Etait-ce un bon ou un mauvais homéopathe ? Etait-il compétent ? J'allais bientôt le voir et le savoir.
Arrivant " tout frais " de GENEVE, après avoir étudié l'Homéopathie dans le Catéchisme de DEWEY et l'Organon d'HAHNEMANN, ainsi que la Thérapeutique positive de SIEFFERT, je croyais avoir la connaissance totale de cette thérapeutique d'autant plus que j'avais déjà traité des cas avec succès, ayant pu profiter de l'expérience du Dr. DUPRAT de GENÈVE, qui m'avait donné des conseils dans quelques cas plus difficiles.
Le médecin avec tous ses assistants, la Doctoresse Margaret TYLER et quelques étudiants en blouses blanches, s'arrêta devant un lit où se trouvait une nouvelle patiente et je vis le Docteur WEIR (j'appris plus tard qu'il était le médecin privé de la Reine d'Angleterre et de la famille royale) se pencher vers elle et lui adresser une quantité innombrable de questions, à peine avait-elle répondu qu'une autre question était formulée.
Au début, j'admirai ce procédé, le nombre et la variété des questions, mais j'eus vite fait de remarquer que cette malade avait une profonde gerçure entourée d'une zone rouge à la commissure labiale droite. Je me souvins alors d'un cas semblable qui présentait, à côté d'une symptomatologie variée, ce même symptôme, et que, ne pouvant trouver le remède approprié, un médecin homéopathe connu m'avait répondu : "Mais c'est un cas de Condurango". Aussi, à peine le Dr. WEIR avait-il terminé, sans avoir pu déterminer le remède de cette malade, malgré près de vingt minutes d'interrogatoire, que, sentant la supériorité marquée de mes connaissances, je lui dis : " Mais vous ne voyez donc pas que c'est un cas typique de Condurango ? " Très aimablement, il tourna la tête, sans ironie, sans reproche et s'inclinant, me dit très poliment devant tout le monde : " Je vous remercie, Monsieur, noue discuterons cela plus tard ". Tous les assistants présents: me regardèrent d'un regard appréciateur, avec cet air qui voulait dire : " En voilà un qui connaît sa Matière médicale "… Bref, la même impression que m'avait faite autrefois le médecin qui m'avait parlé de ce remède. Mais pour le reste de sa visite, presque à chaque malade, le Dr. WEIR me consultait sur mon avis thérapeutique. J'étais alors "dans mes petits souliers", souvent fort mal à l'aise, mais d'autre part très flatté de l'avis que l'on me demandait sans me douter du ridicule de cette situation.
La visite terminée, nous descendîmes à son bureau et j'eus alors mon quart d'heure de RABELAIS,
" Voyons un peu me dit Sir John WEIR, pourquoi est-ce un cas de Condurango ?
- " Mais parce qu'il y a une craquelure, à la commissure buccale ". - " Et que faites-vous de tous les autres symptômes auxquels elle a répondu ?" - " Oh, cela n'a pas d'importance, dis-je; avec ce signe, vous trouverez sûrement une langue dont certaines parties sont dénudées et quelques symptômes gastriques, mais cela ne changera en rien le choix de Condurango, puisqu'il y a cette ragade typique ". - " Bien, dit-il, voyons cela d'un peu plus près"
Il ouvrit un livre comme une grande Bible, de plus de 1.500 pages et me demanda si je connaissais cet ouvrage.
- " Non dis-je, interloqué, les homéopathes ont-ils, écrit de pareils volumes ? - "'C'est le Répertoire de KENT " répliqua-t-il,
Et il me montra, à la page 357, les vingt-deux autres remèdes, à côté de Condurango, possédant cette craquelure à la commissure buccale ! J'étais bien interloqué et confondu !
Avec bienveillance, mais avec persuasion, il démolit rapidement mes illusions et mon assurance. Il me convainquit que c'était là un cas de Sepia car, de tout l'interrogatoire, il fallait discriminuer les symptômes, chacun possédant une importance particulière qu'il convenait de valoriser, ce que j'ignorais, pensant qu'un symptôme objectif aussi manifeste suffisait toujours pour le choix du remède. Puis, il y avait lieu de les classer hiérarchiquement m'apprit-il, et de choisir un remède correspondant, non pas à un symptôme, mais à ceux qui véritablement représentaient le malade. Avec une logique qui m'étonna, il m'exposa que des principes et des règles présidaient à une telle étude, et pourquoi c'était ici Sepia et Sepia seul, parce que représentant la totalité des symptômes essentiels du cas considéré et non pas du tout Condurango qui n'avait uniquement que ce symptôme extérieur, cependant que Sepia faisait aussi partie des vingt-deux remèdes qui possédaient cette ragade caractéristique ! Ce fut la plus belle leçon de modestie et d'humiliation que j'aie jamais reçue. J'avais démontré mon ignorance et dévoilé mon incapacité, mais je n'étais vraisemblablement pas encore baptisé.
En effet, après avoir quitté LONDRES, je m'embarque pour NEW YORK, muni de deux recommandations à mes yeux de valeur fort différente, l'une du Dr. CLARKE pour le Professeur RABE, enseignant l'homéopathie à l'Hôpital universitaire de NEW YORK et l'autre du Dr. WEIR pour un simple médecin privé, un Dr. AUSTIN.
A cette époque, il m'a fallu quatorze jours pour, traverser l'Atlantique ! C'était un bateau de 14.000 tonnes, un tout petit bateau américain qui s'appelait le " Saint Paul ". Et moi, si sujet au mal de mer dès que je mettais le pied dans une embarcation ! Ma cabine était partagée avec un pasteur finlandais qui avait le pied très marin. Je l'observais matin et soir, et cela me donnait le tournis, debout devant la glace pour se raser. Oscillant par le tangage dans tous les sens avec son rasoir, je m'attendais à chaque instant à le voir se larder la figure, mais il avait l'équilibre marin et la main très sûre, malgré les mouvements des plus irréguliers du plancher. Je suis arrivé à NEW YORK plus mort que vif, et pendant huit jours, j'ai encore été malade, sentant tout mon corps vibrer comme sur le bateau. Je n'oublierai certes jamais ce voyage. Le bateau avait six turbines, mais on ne les avait pas toutes mises en marche par pénurie de charbon vu les grèves, de sorte que nous avons mis quatorze jours, au lieu de six, pour cette traversée !
Mon but en allant là-bas était triple : d'abord de rendre visite, pour l'interviewer, au Professeur KENT, considéré comme le plus grand homéopathe américain, puis de voir dans les grands centres universitaires, ce qu'on y faisait en fait d'homéopathie et surtout y chercher les éléments de ma future thèse de Doctorat. Cette thèse devait être intitulée : " Les Lois et les Principes apportés par l'Homoeopathie à la thérapeutique actuelle ". "Quelle présomption !" m'avait dit mon professeur allopathe de GENEVE "comme si l'homéopathie pouvait apporter quelque chose à la médecine ! ". Malgré cette douche froide, je pars et arrivé à NEW YORK, je vais d'abord au " Flower Hospital " où se donnaient des cours réguliers d'homéopathie. L'accueil du Professeur RABE, qui me recommande à ses collègues SIMONSON et DEARBORN (qui a écrit un grand livre de dermatologie avec thérapeutique homéopathique) est fort aimable. Et je suis pendant quelques jours les cours réservés aux étudiants dans des amphithéâtres si vastes que ceux qui ne pouvaient être assez près étaient munis de jumelles lors de la présentation des malades.
Je me rappellerai toujours ce cours du Professeur RABE : on amène un malade dans son lit pour discuter son cas. C'était un cas d'Ignatia; après un court exposé des raisons de cette prescription, il fit quelques remarques sur ce remède, puis il a traité Kali carbonicum, Kali bichromicum, Ipeca, Glonoïne, etc… soit la matière médicale raccourcie de cinq ou six remèdes dans ces trois quarts d'heure, notions que chacun aurait pu lire tout aussi bien dans n'importe quel traité homéopathique.
En arrivant, il a distribué à tout l'auditoire deux petites piIules pour faire soi-disant un proving. Et à la fin de la, séance, il a demandé : " Qu'avez-vous ressenti ? ". Personne n'avait rien éprouvé : c'était vraiment tristement concluant ! Mais deux étudiants ont levé la main et déclaré qu'au début du cours, ils souffraient d'un mal de tête épouvantable, comme une douleur éclatante et qui s'était peu à peu dissipée pendant le cours, après la prise des deux petits globules reçus au début. Le Professeur annonça avoir donné Glonoïne à la deuxième dilution centésimale, remède qui provoque et guérit ce genre de douleur. Je dois dire que cela ne m'avait guère impressionné.
Je me rends ensuite dans le cabinet du Dr. RABE qui était le cousin du Professeur RABE de BERLIN : il m'y reçoit très gentiment. C'est un homme tout petit, très soigné sur lui, avec un crâne chauve, et qui me parut extrêmement systématique. Il me montre son fichier fort bien tenu et m'explique comment il interroge ses malades. Le Dr. SIMONSON m'a reçu également : c'est un médecin d'enfants, un gros monsieur un peu bourru, et qui me dit, alors que je voulais lui poser différentes questions : "Vous n'avez qu'à suivre nos cliniques où je vous invite cordialement tous les matins ". Le Dr DEARBORN, dermatologue, très pressé aussi, m'a fait la même proposition. J'ai remarqué que ces cours étaient au fond des présentations comme nous en avons dans nos hôpitaux, avec de longues dissertations cliniques et diagnostiques, sauf qu'en conclusion on discutait les remèdes homéopathiques indiqués, cette partie thérapeutique étant toutefois miteux développée que celles auxquelles j'avais été habitué au cours de mes études. Mais il y avait beaucoup trop d'étudiants, et cela ne me plaisait pas beaucoup, d'autant plus que cet enseignement, au point de vue homéopathique, qui m'intéressait tout particulièrement, était beaucoup trop sommaire et superficiel.
Devant cette situation, je décide d'utiliser ma deuxième recommandation, celle du Dr. WEIR, mais je l'avoue sans grand enthousiasme. Que pourrais-je trouver auprès d'un simple médecin pratiquant, du Dr. AUSTIN, médecin privé de John ROCKEFELLER Senior ? Chose amusante, le troisième John, puisque j'avais déjà rencontré le Dr. John CLARKE et le Dr. John WEIR.
Après un échange de correspondance, je reçois une convocation pour me rendre à son domicile, à la 59ème Rue au bout du Central Park, au neuvième étage, si j'ai bonne souvenance. Je sonne et c'est un grand homme aux cheveux blonds, aux yeux bleus, au nez aquilin, car c'était un descendant des Indiens d'Amérique, qui, avec une voix douce et un accueil aimable, me reçoit lui-même, à l'américaine, car sa vieille bonne BETTY arrivait à 10 heures. Monsieur ayant déjà fait ses souliers et son petit déjeuner, elle faisait les chambres, préparait le repas de midi et à 3 heures s'en retournait chez elle comme une grande dame, après avoir été remerciée.
Il me fit pénétrer dans une chambre plutôt petite, avec deux rocking chairs, car c'est le pays à la fois du confort et du non-conformisme. Je lui remets ma recommandation du Dr.WEIR qui lui fait hocher la tête d'un air de satisfaction qui me réconforte immédiatement et lui annonce que je viens pour voir le Dr. KENT, dont je ne connaissais pas l'adresse, ce qui provoque un air effaré, car, me dit-il : " Mais KENT est mort il y a presque six ans ! " ....... Personne ne m'en avait dit mot en Angleterre. Je reste consterné, très déçu. Mais heureusement, j'appris par la suite que le Dr. AUSTIN était l'élève préféré de KENT, aussi ne pouvais-je mieux tomber.
Il ajouta : " Puis-je vous poser une question ? " - "'Mais certainement ". " Connaissez-vous déjà l'homéopathie ?"
" Mais bien sûr, j'ai fait de nombreuses guérisons déjà étant étudiant, lui répondis-je, j'ai lu la Matière Médicale de DEWEY, et, pensant l'impressionner, même l'Organon d'HAHNEMANN ! Lecture ardue et assez rébarbative - que personne ne lisait plus - dans les anciennes éditions, lecture qui décourage l'étudiant qui s'y risque. Mais j'avais survécu à cette épreuve et je pensais que je n’avais rien à apprendre de cette branche aberrante de la thérapeutique. J'avais du reste pu observer à GENEVE quelques guérisons faites chez des amis et sur moi-même, lors d'une angine grave, par le Dr. DUPRAT, qui m'avait très aimablement donné, la liste des polychrestes en homéopathie ! Tel était mon bagage homéopathique.
"Alors, me demanda-t-il, quel remède donnez-vous pour le rhumatisme articulaire aigu et pour la syphilis par exemple ? ". Questions faciles, auxquelles je réponds sans hésiter pour l'éblouir. " Mais c'est très simple, il faut donner Bryonia quand il y a aggravation par le mouvement et Rhus quand il y a amélioration et pour la Syphilis, on donne Syphilinum ". Avec un sourire un peu ironique, il m'annonça que de telles réponses lui prouvaient que je n'avais absolument rien compris à l'homéopathie et que cela démontrait seulement une profonde ignorance dans cette matière, car, en homéopathie, on ne traite pas le nom des maladies, les étiquettes morbides, mais des malades vivants et sentants, exigeant à côté du diagnostic pathologique, c'est-à-dire de la maladie, le diagnostic du malade lui-même.
Je sors de cet entretien complètement mortifié et confondu ! Et moi qui croyais posséder l'homéopathie ! J’essaye de me justifier et d'argumenter. Il me prend alors le bras et très, gentiment me dit : " Voulez-vous disputer ou discuter ? 'My dear brother, c'est-à-dire mon cher frère, vous avez entrepris un grand voyage avec l'idée de parfaire vos connaissances dans une branche de la médecine dont je m'aperçois que vous n'avez que des connaissances primaires, inexactes et même fausses. Je suis disposé à vous prendre comme élève privé et à vous consacrer tout le temps nécessaire pendant votre séjour en Amérique. Vous viendrez tous les jours de la semaine ici de 9 heures à midi. "
J'ajoute que le Dr. AUSTIN ne connaissait pas un seul mot de français ! " Venez demain à 9 heures, et nous étudierons ensemble en les commentant, les conférences du Dr KENT sur la Philosophie de l'Homéopathie ". " Ah ! merci beaucoup, dis-je, en me reculant, je veux bien étudier l'homéopathie, mais je n'ai pas l'intention de perdre mon temps à la philosophie, car déjà en français, j'avais lu le livre de BERGSON sur le rire et n'y avais rien compris. Ces ergotages où les mots sont retournés dans tous les sens pour n'aboutir qu'à des idées vagues et sans consistance, sont du temps perdu pour un esprit cartésien, et que serait-çe alors en anglais ? Non merci, je regrette vraiment, mais n’avezvous pas d'autres ouvrages à étudier ? " - Alors, de sa voix douce mais résolue, il ajoute " Je vois combien vous êtes farci de préjugés, mais nous allons faire un compromis, prenez quand même ce volume de philosophie homoéopathique et lisez-en seulement le premier chapitre. Si cela ne vous plaît pas, nous nous séparerons alors sans ressentiment, sinon, nous travaillerons ensemble, mais ne revenez me voir qu'après avoir lu, étudié et préparé toutes les critiques que pourra vous suggérer cette lecture. "
Refroidi et, franchement désappointé, je le quitte avec mon petit volume en anglais, je vous prie ! Et j'obtiens au Y.M.C.A. où je logeais, la permission d'aller travailler dans la salle du Conseil, tapis rouge, une grande table entourée de fauteuils gothiques vénérables. C'est dans ce cadre que, dictionnaires en main, j'attaque ce premier chapitre qui était une glose du premier paragraphe de l'Organon : " La plus haute et même l'unique vocation du médecin, est de rétablir la santé des malades, c'est ce qu'on appelle guérir" ! … quelle vérité à la Palisse !
Que pouvait-on bien dire dans les dix pages consacrées par KENT à cette évidence ? Mais j'avais promis d'étudier ce premier chapitre et en vérité cette lecture me bouleversa complètement. Je consacrai cinq jours entiers à la traduire, je parlais à haute voix, me promenais en marchant de long en large, la figure en feu, par moment outré et scandalisé, puis ébranlé, devant des affirmations révolutionnaires quant aux notions apprises au cours de mes études. Aussi je me mis à préparer une longue série de plus de 50 critiques acerbes, bref, un véritable réquisitoire, me réjouissant de confondre mon Docteur sur des questions fondamentales qui venaient de m'être enseignées toutes fraîches, comme autant de dogmes. Ce livre osait affirmer que les microbes, pax exemple, n'étaient pas la cause des maladies ... quelle aberration ! Quelle pure folie !!
Le sixième jour, tout excité et fièvreux, je revins chez mon Docteur prêt à le confondre et lui exposai tout au long mes cinquante désapprobations pendant plus d'une heure. L'excitation du sujet me donnait des ailes et j'arrivais à faire des phrases en anglais dont je m'étonnais moi-même. Le Dr. AUSTIN tout en se balançant de temps en temps dans sa chaise, m'écouta patiemment, sans dire un mot et avec une attention soutenue. Puis, avec le plus grand calme et sur un ton phlegmatique, me dit
" Toutes vos critiques sont valables, elles traduisent des opinions, mais des opinions qui ne sont pas les vôtres, mais celles qui vont ont été inculquées et qui sont unilatérales. Vous n'avez appris, au cours de vos études, qu'à absorber et à vous imprégner des connaissances de vos professeurs, sans aunun esprit critique et sans même imaginer d'autres façons de voir et de penser et que des conceptions différentes pouvaient peut-être exister. Ce que vous avez appris et reçu a été considéré par vous comme l'Evangile, comme l'alpha et l'omega de la connaissance et il ne vous serait jamais arrivé à l'idée qu'il puisse exister d'autres interprétations possibles aux nombreuses affirmations énoncées par vos Professeurs ou vos livres de médecine. Et vous venez de constater pour la première fois des points de vue et des thèses tout à fait nouvelles et qui vous heurtent, ce que je puis très bien comprendre. Mais si les microbes étaient vraiment la cause des maladies, pourquoi ceux qui soignaient des épidémies graves de choléra, de peste ou de grippe, comme en 1918, ne succombaient pas tous ? Pourquoi y avait-il des épargnés ? Pourquoi, puisque nous respirons à journée faite des streptocoques, des bacilles de Koch et, combien d'autres microbes dans l'atmosphère, nous ne tombons pas malades ? Pourquoi est-ce que le grand savant allemand PETENKOFER a pu boire à l'issue d'une conférence sur les bactéries un verre d'eau rempli de bacilles typhiques sans en éprouver le moindre inconvénient et que le grand PASTEUR a dit " que les microbes n'étaient rien mais que le terrain était tout " ? Pourquoi pouvons-nous manger impunément des baies d'if alors qu'elles tuent le cheval qui les absorbe ? Pourquoi le cyanure de mercure est-il si toxique et mortel pour l'homme, alors que le hérisson en peut manger impunément ? L'immunité est un beau mot qui couvre trop bien notre ignorance dans ce domaine. Vous allez vous rendre à la grande Bibliothèque de la ville, avec vos vertes critiques et vous les reprendrez une à une en cherchant vraiment impartialement s'il n'y aurait pas une contre-partie dans un sens favorable de celle que vos premières réactions impulsives vous ont suggérées et vous reviendrez quand vous aurez fait ce travail avec, pour chaque question, une réponse pour, une réponse contre, et nous les reprendrons calmement l'une après l'autre. "
J'étais littéralement abasourdi ! Comment oserai-je douter des enseignements reçus, m'aviser par moi-même de chercher d'autres explications et d'envisager d'autres points de vue ? Mais ma révolte s'apaise en suivant son conseil et après cinq jours d'un travail assidu, je me représentais chez lui, avec dix questions seulement, les quarante autres ayant été résolues avec satisfaction par moi-même. Ses arguments, souvent fort divergents de tout ce que j'avais appris, me convainquirent par leur logique et les illustrations pratiques dont il les complétait.
Ce premier chapitre m'avait tellement passionné que je le priai instamment de continuer et c'est ainsi que pendant six mois, je suivis son enseignement par la lecture de cette fameuse " Philosophie homéopathique " de KENT, discutant et écoutant les explications captivantes qu'il développait, en tournant ces quelques 270 pages. Chaque chapitre, chaque paragraphe, chaque phrase, que dis-je, chaque mot, fut passé au crible et éclairé par des commentaires sur KENT. Mais notre temps n'était pas exclusivement consacré à la Philosophie, mais également à la Matière Médicale et au Répertoire, bref à toutes les notions théoriques fondamentales indispensables au futur homéopathe, ainsi que des leçons magistrales inoubliables sur les polychrestes, c'est-à-dire sur les remèdes homéopathiques les plus étendus et les plus riches en indications thérapeutiques vérifiées, comme Sulphur, Calcarea, Lycopodium, par exemple.
Je vous ai déjà raconté les méthodes pédagogiques et psychologiques qu'utilisait le Dr. AUSTIN pour fixer à jamais dans ma mémoire l'action pathogénique de certains remèdes homoéo pathiques. Un matin, je le trouve dans un fauteuil avec une couver ture, un air souffreteux qui, faisait pitié, m'interpelant : " Je vous en supplie, j'ai tellement soif, allez vite me chercher un verre d'eau ! " Je le lui apporte, avec cette remarque : " Non, elle n'est pas assez froide ! ". Bon, je retourne, laissant un peu couler le robinet et reviens avec le verre. Mécontent, il bougonnait de nouveau. Ensuite, il ajoute : " Aïe, j'ai tellement mal ici. ", puis : "'Fermez la fenêtre s'il vous plait !". Je vais fermer la fenêtre. " Non, rouvrez-la, j'aimerais mieux l'avoir ouverte ". Il était d'une humeur si capricieuse que je lui ai dit " Ecoutez, si je vous dérange, je reviendrai demain ." Puis, le voilà qui se met à tousser en faisant des grimaces épouvantables, il se tenait les côtes, puis le ventre, enfin la tête à chaque accès; je dis alors : " Est-ce que je ne puis vraiment pas faire quelque chose pour vous ? ". J'étais tout à fait attristé, je ne savais plus où me mettre. Je ne savais pas si j'étais de trop ou vraiment incompréhensif ! Enfin, il me demande, d'un air comme hébété, après m'avoir tenu en haleine pendant vingt bonnes minutes : "'Je voudrais bien aller à la maison ! " " Mais vous y êtes " lui répondis-je et je prends immédiatement son pouls pour voir s'il a un délire fébrile . . .. Alors, se rejetant brusquement en arrière dans son fauteuil, il éclate de rire et me prenant les deux mains, me dit : " Ne voyez-vous pas que je vous joue la comédie de Bryonia, si vous avez bien observé, vous retrouverez dans la Matière Médicale homéopathique tous les symptômes que je viens de reproduire devant vous. C'est ainsi qu'il faut l'apprendre et le remémorer d'une manière vivante. Vous trouverez au Répertoire les rubriques suivantes où Bryonia est partout au 2e ou au 3e degré :
1.- Soif extrême - stomach thirst extreme - 529
2.- Désir de boissons froides - stomach, desire cold drinks - 484
3.- Appétit capricieux - stomach appetite capricious - 476
4.- Grognon - mind complaining • 12
5.- Capricieux - mind capricious - 10.
6.- Toux, se tient le thorax - cough, bands hold chest - 792
7.- Mal au ventre par la toux - abdomen, pain, cough - 557
8.- Mal à la tête par la toux - head, pain, cough – 138
9.- Mal à la tête par la toux - head, pain, cough – 138
10.- Expression hébétée - face expression besotted - 374
11.- Désire retourner chez lui - mind, home, desire to go - 51.
" Je vous prie, demain, vous me ferez la comédie d'Arsenicum ". " Mais je n'ai pas le temps en vingt-quatre heures de faire cela ". " Eh bien, vous le prendrez et quand vous saurez, nous irons nous promener et vous me jouerez Arsenicum " Et puis ensuite ce fut Lycopodium ... etc ...
Ce n'était certes pas facile car il fallait faire cela en anglais ! Mais j'avoue que cela m'obligeait à étudier la symptômatologie, à travailler la Matière médicale, et cette façon très personnelle d'apprendre la physionomie des remèdes m'avait énormément plu. Mais avec lui, c'était théorique. Un jour, je lui ai dit " Je suis à la Y.M.C.A., et là j'ai quelques camarades qui ont différentes petites choses qui ne vont pas. J'en ai un en particulier qui se plaint de douleurs épouvantables dans le dos et de maux de tête depuis des années. J'ai pris ses symptômes, voulez vous voir si c'est juste, j'ai trouvé Pulsatilla " Que faut-il lui donner ? " " Vos symptômes correspondent parfaitement, me dit-il et il faut lui donner Pulsatilla ". " Mais à quelle dose ?" " La XMe ". Et moi qui étais habitué à donner des 3e ou des 6e tout au plus ! Je le regardai avec-des yeux tout ronds, car je n'avais jamais vu donner une dose d’une dilution pareille ! J'ai donc administré ma XMe. Eh bien, trois jours après, je vois mon patient revenir et me faire une scène de tous les diables, me disant que je nétais que le dernier des dernier, que c'était dégoûtant, qu'il se comportait tout à fait correctement et que voilà un gros écoulement par l'urètre qui se produisait, alors qu'il n'avait cependant rien à se reprocher, n'ayant fait aucun coup de canif au contrat ! ...
Ayant déjà lu avec soin les ouvrages classiques sur l'homéopathie, je lui demandai si par hasard il avait déjà souffert d'un pareil écoulement autrefois? " Mais, bien sûr" - " Qu'avez-vous fait alors ? " " Eh bien, on m'a fait des lavages au nitrate d'argent qui l'ont vite arrêté, mais, depuis ce temps là, en effet, j'ai souffert de mon dos et de ma tête ". " Et comment vont votre dos et votre tête maintenant ? " " Tiens ! C'est' vrai, je ne ressens plus rien du tout : mais maintenant ça recoule en bas ! Alors, vous comprenez, il faut que je retourne chez mon médecin pour refaire des injections par le canal, ce qui est fort désagréable ! " " Ah ! Surtout n'y retournez pas, lui répliquais-je, mettez-vous à genoux et remerciez la Providence qui vous envoie cette heureuse réaction". Pour lui faire comprendre cela, heureusernent, j'étais chauffé à blanc par le Dr. AUSTIN qui m'avait tout expliqué. J'ai réussi à le convaincre de cette loi homéopathique qui exige pour guérir le retour des symptômes qui ont été camouflés dans le passé et je dois dire qu'il a guéri définitivement avec son Pulsatilla à la fois de son ancienne gonorrhée, de ses maux de dos et enfin de ses maux de tête ! C.Q.F.D.
J'ai également soigné une espagnole qui était la personne venant repasser au Y.M.C.A. Elle avait, depuis des mois, des maux de tête épouvantables allant de l'occiput vers la nuque, dès qu'elle ouvrait ses yeux le matin au lit et son cas était tout à fait typique de Nux vomica. Je lui donne Nux vomica XMe pourtant une seule et unique dose : mais elle m'en a dit de toutes les couleurs quand je l'ai revue quelques jours après. Car, dès qu'elle eut pris sa dose, elle s'est mise à vomir, ce jour là au moins vingt-cinq fois; on ne l'acceptait pas dans le tram, on ne l'acceptait pas non plus dans le subway (métro), et elle ne pouvait pas rentrer chez elle à pied, car c'était trop loin. Alors, elle s'était mise au coin d'une rue pour vomir en se prenant la tête, les gens prenaient pitié d'elle, mais s'éloignaient bien vite dès qu'elle rendait, c'était effrayant, et elle m'en avait voulu, c'était navrant. Cela m'a démontré que les hautes dynamisations devaient vraiment avoir une action extraordinaire pour produire des symptômes pareils et étaient certes fort loin d'être de la poudre de Perlimpinpin, comme le prétendait le Prof. STIEGELE de STUTTGART !
Et moi-même, depuis quelques jours, figurez-vous, je souffrais de douleurs rhumatismales telles dans un genou, dès que je me mettais à marcher, que j'en boitais : je raconte cela au Dr. AUSTIN, qui me pose quelques questions, regarde mon genou et me donne une dose unique de Bryonia XM. Je n'en croyais pas mes yeux, une dix-millième ! Car, le lendemain, je n'avais plus mal du tout et pourtant ces douleurs m'avaient fait boiter depuis trois longs jours ! Puis, il m'interroge plusieurs heures pendant deux ou trois jours de suite, étudie mon cas à fond et me donne ensuite une dose de Calcarea phosphorica XM.
Après cette prise, j'ai cru que je ne pourrais plus rentrer chez moi; j'habitais la 225ème rue et je me rappelle très bien être retourné en " subway " et depuis la station j'avais encore dix minutes à marcher, mais je titubais comme un homme ivre et me sentais mal comme si on m'avait roué de coups de tous les côtés. J'avais toujours souffert du bas du dos, mais, ce jour-là, j'éprouvais des sacralgies abominables avec des palpitations tumultueuses à me tenir le coeur. J'étais du reste depuis quelques années sujet à des palpitations très angoissantes, avec des extrasystoles fréquentes. Je suis donc rentré en me tenant d'une main mon pauvre coeur bondissant et de l'autre le bas du dos. Bref, je n'étais bon qu'à mettre au lit et je suis resté deux jours dans cet état ! Après cela, je me suis dit que si c'était cela l'homéopathie, on devait vraiment passer par de bien dures épreuves pour guérir ! Il est juste d'ajouter que, depuis ce jour-là, plus jamais je n'ai eu mal au dos, plus jamais je n'ai souffert de mon coeur, alors que j'avais été précisément dispensé du service militaire à cause de ces palpitations. Cela me démontra que vraiment le remède de base étudié sérieusement n'était pas une plaisanterie et méritait le plus grand respect.
Alors, j'ai voulu faire plaisir à mon Maître et lui manifester ma reconnaissance. Mon Père, à mon départ, m'avait remis 10.000 francs en me disant : " Voilà ce que je peux faire pour ton voyage en Amérique, à toi de t'arranger. Tu peux y rester trois jours ou trois ans, cela dépendra de la façon dont tu sauras t'organiser là-bas " Pour ne pas trop dépenser, je ne mangeais pas à midi ; je mâchais pendant une demi-heure le matin mon petit déjeuner de façon à ne pas avoir faim à midi, et grâce à ce petit système, je pouvais tenir jusqu'au soir; il n'était bien entendu pas question de spectacles, de cinéma, de divertissements quelconques, ni de quoi que ce soit, je partais tous les matins en " subway " pour me rendre, en une demi-heure, de la 225e rue à la 59e chez le Dr. AUSTIN. Je suis donc allé ce jour-là lui acheter des roses; mais la rose coûtait, à cette époque, à peu près cinq francs pièce, et quand on en offre six, cela faisait une petite somme ! Je me rappelle toujours être arrivé avec ces roses en pleine aggravation thérapeutique, lui dire : " Voilà, Cher Docteur, les roses de l'aggravation; vous savez, votre fameuse dose m'a complètement mis à plat, mais enfin, je crois que cela me fera du bien ! " Il avait alors été touchant, m'avait pris dans ses bras et ce fut une séance inoubliable. Ce remède poursuivi à hautes dynamisations progressives pendant deux-années, à doses espacées, se révéla produire une véritable transformation de toutes mes déficiences et troubles divers et me métamorphosa littéralement d'un personnage toujours fatigué et peu résistant en un être fort, vigoureux et résistant comme je ne l'avais jamais connu auparavant.
A côté de cet enseignement théorique passionnant et des résultats pratiques observés, combien de choses diverses m'ont profondément impressionné ! J'allais chez lui, depuis à peu près trois mois tous les jours, quand un matin, vers 9 heures, on téléphone. Il avait une voix très douce, toujours très calme et je l'entendais dire : " Yes, all right, yes, I will come at any time this afternoon or tomorrow "… … bien, bien, je viendrai, mais seulement cet après-midi ou demain, ce matin je ne peux pas, je suis occupé. " No, no, I cannot this morning ". Je lui demande de quoi il s'agit et il me répond : " Écoutez, c'est John ROCKFELLER qui téléphone ; il a pris froid, a peur d'une bronchite et il voudrait que je passe tout de suite et je lui ai répondu : " Non, je ne puis venir en ce moment, mais je passerai plus tard, sinon demain". Mais Docteur, qu'avez-vous fait, manquer une consultation aussi importante à cause de moi, c'est ridicule " Non, mon cher, vous venez depuis la Suisse, vous avez fait un long voyage, vous êtes à mes yeux plus important que Monsieur ROCKFELLER. S'il veut aller ailleurs, qu’il aille. Il peut très bien attendre cet après-midi. Si c'était un pauvre diable, je n'irais pas ce matin non plus. ROCKFELLER est un homme comme les autres. Un médecin homoeopathe a des principes et une loi qu'il suit, et par conséquent, il n'est pas question, parce que c'est Monsieur ROCKFELLER d'aller se mettre à ses pieds et faire comme tous les autres Confrères qui l'ont soigné avant moi. Du reste, je vais vous dire mon secret et cela vous étonnera : c'est grâce à cela que je suis encore son médecin, parce que tous les autres n'ont pensé qu'à leur "pocket book" - à leur porte-monnaie. Il me respecte beaucoup précisément parce qu'il sait que je le traite comme tout le monde ". Eh bien, cela m'avait beaucoup plu et fortement impressionné, comme bien vous pouvez penser !
Apres ce captivant stage théorique de six mois à NEW YORK, il m'envoie faire un stage chez le Dr. GLADWIN, à PHILADELPHIE, une autre très fidèle disciple de KENT, pendant trois mois, où j'assiste aux consultations et aux visites à domicile, ce qui me fournit ainsi l'occasion unique de profiter et d'assister à l'application pratique du précieux enseignement surtout spéculatif reçu précédemment.
Cette visite au Dr. GLADWIN fut pour moi une visite fort humiliante. J'avais déjà entendu parler du Dr.GLADWIN par certains de ses écrits et quand j'arrive dans la grande ville de William PENN, je trouve un tout petit cabinet avec juste assez de place pour le malade et pour le médecin. La porte s'ouvre, un monsieur s'incline, je pensais que c'était le Dr. GLADWIN. Derrière lui est assise devant un petit bureau une femme avec des lunettes, l'air un peu sévère, comme d'une institutrice : et c'était elle, le Dr. GLADWIN. Je vous le dis ! Ah ! Miséricorde ! Une femme médecin, je vous en prie, qu'est-ce que le Bon Dieu m'avait réservé. Quelle déception, moi qui avais horreur des femmes médecins, voilà ce que le Dr. AUSTIN m'avait réservé ! Ah ! Il s'était certes bien gardé de me prévenir, parce que je crois que je n'y serais pas allé.
J'arrive donc et dis : Je suis le Dr. SCHMIDT. Elle me répond sèchement : " Oui, j'ai reçu votre lettre, et d'un ton impératif, ajoute : sit down --asseyez-vous - " ! Electriquement, je m'asseye, mais c'était une injonction tellement catégorique que je me fais tout petit ! C'est alors qu'elle me demande : Depuis combien de temps travaillez-vous chez le Dr. AUSTIN ? "Depuis six mois ". " Eh bien, maintenant que vous avez devant vous un malade, interrogez-le et montrez-moi ce que vous avez appris. "
Je n'avais jamais vu de malade avec le Dr. AUSTIN. Il avait bien " fait le malade " avec moi, mais je n'avais pas eu de vrai patient et voilà maintenant qu'il fallait que j'interroge d'emblée en anglais un Monsieur que je ne connaissais pas, devant cette "scrutatrice" ! Alors, je déploie tous mes talents et commence à lui poser des tas de questions, puis transcris sur le papier quarante magnifiques symptômes que je lui présente tout satisfait, elle me dit alors : "All right, nous allons étudier cela ". Elle salue le Monsieur, lui administre quelque chose sur la langue, puis le congédie.
Nous commençons alors à lire mon travail et cela dura deux heures et demie, je vous prie ! Elle a tout épluché, symptôme après symptôme, comme un artichaut qu'on effeuille et il ne m'en restait aucun de valable. Rien, vous m'entendez, rien, soit zéro!
"Je vous ai bien écouté poser vos questions, me dit-elle : ici, il a répondu oui, là, il a répondu non, et cela ne vaut déjà absolument rien ! et puis ici, vous avez insisté en lui posant la question, vous l'avez obligé à répondre, par conséquent, votre question ne valait également rien !" . Pour finir, sur mes quarante questions, dont j'étais si fier, il n'y en avait pas une seule qui était valable ! Aussi toutes mes illusions s'en allaient et diminuaient comme une baudruche qui se dégonfle et me sentais devenir de plus en plus minuscule, vraiment, je me sentais un tout, tout petit garçon, et me disais que, vraiment, j'avais encore pas mal de choses à apprendre en homéopathie.
Déjà, à NEW YORK, j'avais reçu une leçon du Dr. AUSTIN, qui m'avait démontré que je ne savais pratiquement rien et, à cette deuxième occasion, cela faisait vraiment de moi un pauvre minus ! Enfin, elle eut la patience de me montrer sur quels symptômes, elle, elle avait donné son remède. Elle a commencé par me tester, à me poser des questions très désagréables, comme par exemple la différence entre une maladie aiguë et l'exacerbation d'une maladie chronique, de petites questions sur les miasmes, sur le moment opportun ou inopportun de la répétition des remèdes, sur la différence des indications du médicament dans les cas aigus et les cas chroniques et toute une avalanche de questions de plus en plus compliquées, qui rapportèrent des réponses embrouillées et confuses.
Puis, nous sommes partis ensemble pour la tournée de ses visites à domicile. Je n'oublierai jamais cette consultation chez une malade en pleine crise aiguë de colique hépatique,se tordant littéralement dans son lit, son interrogatoire remarquable et son esprit d'observation, où l'application de Natrum sulfuricum 200 agit quasi instantanément; puis nous allons dans une grande ferme où des poules, plus d'une quarantaine, souffraient de " Gasping ". Elles avaient le bec grand ouvert, la langue toute blanche qui sortait, l'air très angoissé comme si elles s'étouffaient, améliorées très rapidement avec Antimontum tartaricum 200, quelques globules seulement mis dans un récipient rempli d'eau qu'on leur apporta à boire; puis des poissons dans un aquarium qui commençaient à tourner de l'oeil; une pincée de granules de Gelsemium 200 dans le bocal et mes poissons reprenaient vie et y revoyaient clair ! Un nouveau petit miracle. On est allé ensuite dans une volière voir des ravissants canaris dont quelques-uns avaient de l'asthme et ne pouvaient plus chanter : un petit peu d'Ipeca 200 et voilà l'asthme qui disparaît et mes canaris qui reprennent leurs chants les plus modulés. Vraiment, j'ai vu là des choses qui m'ont fortement impressionné.
Nous sommes ainsi allés voir pendant trois mois tous ses malades. Je ne saurais vous dire la foule de leçons pratiques apprises et enregistrées et l'effet extraordinaire de ses prescriptions intelligentes autant qu'efficaces. Nous nous sommes même baignés ensemble ! Je ne sais d'ailleurs pas comment elle était fabriquée, car moi, j'enfonçais carrément dans l'eau, mais elle, elle flottait exactement comme un bouchon ! Parce qu’elle était toute " spiritualité " ! Son air sévère, son apparence un peu autoritaire dus au fait qu'elle était assez sourde et devait hausser la voix malgré son appareil acoustique, tout cela n'était qu'un masque cachant un coeur sensible, généreux, charitable, et en plus quelle âme délicate et désintéressée. Elle m'appelait " Sunshine ", car, disait-elle, j'étais son rayon de soleil ! C'était une personne très austère, de PHILADELPHIE ; mais extrêmement capable dans sa profession, et j'ai tiré un immense profit des trois mois que nous avons passés ensemble. Aussi, je lui en garde une immense reconnaissance. Elle devait avoir au moins 67 ans. Elle m'a légué un petit livre : " The people of the Materia Medica World " (les gens ou le monde de la Matière Médicale), dans lequel on trouve par exemple : " La légende de Pulsatilla et de Sepia, " ou bien : " L'histoire tendre de Silice et de Pulsatilla" ou bien : "Sur l'Océan agité, avec Tabacum, Cocculus, Sepia, Petroleum, etc" ou " La Famille Phosphorus " ou bien " Monsieur Plumbum, le célibataire ". Il y a là-dedans de petites histoires ravissantes qu'elle avait écrites et qu'elle m'avait fait taper à la machine et relier en un volume de parchemin de toute beauté, dont je possède le seul exemplaire. Elle avait un humour délicieux et au point de vue pédagogique était certainement remarquable.
On répète à l'envi et à tout venant que les Américains sont des gens d'argent, pour qui le dollar est tout. Eh bien, j'avoue avoir trouvé dans le Nouveau Monde exactement le contraire : le désintéressement, le désir d'aider, sans aucune rétribution, le don de soi-même sans aucun calcul, que je n'avais pas rencontrés en Europe. C'est grâce à la générosité de ces deux médecins américains, qui m'enseignèrent l'homéopathie à la perfection et qui refusèrent toute rémunération, que je rentre en Suisse avec une bibliothèque de plus de mille ouveages différents, et plus de quatre mille hautes dynamisations homéopathiques, ainsi qu'avec des connaissances théoriques et pratiques complètes sur la Science et l'Art de l'homéopathie. C'est grâce au Dr. AUSTIN que j'ai l'honneur de posséder le propre Répertoire de KENT, la deuxième édition, corrigée par l'auteur lui-même et sa propre bague en or avec un diamant serti sur une étoile à six pointes.
A mon retour d'Amérique, je m'arrêtai à PARIS, et selon la coutume de mon Maître, le Dr. AUSTIN, qui me l'a transmise, chaque fois que je passe par cette métropole, je vais faire une pieuse visite au Cimetière du Père Lachaise, pour y déposer, comme lui, une gerbe de fleurs à notre Maître Samuel HAHNEMANN, en témoignage de reconnaissance de la part de mes malades et pour m'avoir, par l'homéopathie, comblé intellectuellement, matériellement et spirituellement.
Aussi, dès ma rentrée du Nouveau Monde, je cherche, par des conférences et des écrits, à propager l'homéopathie hahnemannienne. C'est alors qu'à l'âge de 28 ans, j'épouse Dora NAGEL, Pharmacienne, petite-nièce d'AGASSIZ, le naturaliste dont il existe un musée célèbre de plantes, reproduites, en verre, à l'Université d'HARWARD à BOSTON. Deux fillettes naissent de cette union, Gilberte et Yolande, qui, hélas ! meurent jeunes, en six semaines, l'une après l'autre, d'encéphalite léthargigue, malgré les soins assidus dont elles sont entourées. C'est une bien grosse épreuve pour un jeune médecin qui devait guérir d'autres cas semblables par la suite, mais pas ses propres enfents.
Et là, j'ai pu apprécier, je dois dire, la valeur morale de certains Confrères et vu l'importance de ceux qui, à côté de la science froide et impersonnelle, possédaient néanmoins " ce muscle creux placé en haut en bas et d'avant en arrière " dont parlait DAUDET, et qu'on appelle le coeur, et de trouver encore des humanistes bons et sensibles.
Je garderai, malgré toutes les idées opposées qui nous séparaient, une très grande reconnaissance au Dr. NEBEL et à mon ami le Dr. LANG qui est venu exprès du milieu de la Suisse, m'a pris dans ses bras, et qui m'a dit : " Mon pauvre ami, il n'y a peut-être rien à faire, elles semblent perdues, mais, vois-tu, aie quand même confiance "... Et NEBEL m'a dit : " Ecoutez, il y a encore un peu d'espoir, easayez de leur donner encore Lachesis maintenant, et si elles passent le cap de deux heures du matin, peut-être pourront-elles être sauvées. "
Cet espoir accordé pendant 24 heures à peu près, alors que je savais pourtant que tout était perdu, cette lueur d'espoir m'a donné un courage immense; je me suis rendu compte de la valeur d'un espoir si minime fut-il, de la part d'un médecin qui a encore quelque chose à proposer, qui a, encore un remède qui peut-être pourrait aider, qui propose encore une échéance à passer; et cela il ne faut jamais l'oublier, car véritablement, c'est une force immense et un réconfort inouï devant des cas tragiques comme celui que j'ai vécu.
Mais, combien n'ai-je pas été écoeuré de voir un Professeur en Pédiatrie qui est venu, a regardé les enfants, et, après un examen rapide et des plus superficiels, a dit : " Oui, évidemment, c'est perdu. Mais attendez, j'ai encore une bouillie par là à vous proposer ... ". Il a sorti un bout de papier tout dégoûtant d'une poche de son gilet, c'était une bouillie avec maïs, farine d'avoine, etc…" Vous pourrez essayer de leur donner cela à manger ". Je vous demande un peu, des enfants moribonds qui étaient à 40° dans un demi-coma ! Je me suis retenu de ne pas le prendre par le cou pour le mettre à la porte ....
C'est là où l'on voit la différence du médecin dit scientifique qui considère un malade comme un cas pathologique seulement et celui qui l'aborde avec son coeur surtout et sa science aussi. Voilà ce qu'est un homéopathe : celui qui cherche véritablement à comprendre ce " quelque chose " qui souffre, non la maison, mais « celui qui l'habite ». Bien sûr qu’il tient compte de la maladie; on ne peut pas séparer la maladie du malade.
Mais en voyant le malade, il voit la maladie, tandis qu'en voyant la maladie seule, on ne voit pas du tout le malade; on voit une abstraction qui existe dans les livres, qui existe partout sauf dans ce quelque chose de vivant qui fait sa maladie d'une certaine façon. Et c'est pourquoi le médecin homéopathe a un avantage immense sur les autres : c'est qu'il a un aperçu de l'être humain vivant et malade que le médecin allopathe ne voit pas du tout de la même façon. Aussi, Messieurs, je dois vous le dire, encouragez toujours, cherchez toujours le symptôme ou la moindre manifestation positive qui puisse apporter quelque lueur d'espoir, cela fait un bien immense à la famille, même quand on sait que tout parait perdu. Et c'est ainsi que, mon épouse et moi-même, nous avons rendu nos deux fillettes à la Providence qui nous les avait confiées.
Ma femme courageusement collabora à l'homéopathie par des publications sur Sepia, Arsenicum, Thuya, Aurum, etc… sujets publiés dans le Propagateur de l'Homoeopathie. Elle fonde un laboratoire homéopathique scientifique pour l'établissement des hautes dynamisations, de la 30e à la millionnième, qui se révèlent remarquablement efficaces. Les deux thèses homéopathiques préparées sur " Les lois et les principes apportés par l'Homéopathie à la thérapeutique actuelle ", puis une " Vie d'HAHNEMANN avec ses découvertes " (parce que la première thèse n'avait pas été acceptée et que le Doyen de la Faculté m'avait répondu : " Vous ne pouvez pas nous apporter quelque chose, n'ayez pas cette prétention ! " ) sont refusées toutes deux. Il y avait trois professeurs et chacun me disant : Je suis d'accord si les deux autres le sont aussi, mais personne n'était d'accord ! Je suis dès lors obligé d'en écrire une nouvelle sur un sujet officiel, car le Directeur des examens m'avait dit textuellement que " les tranchées allopathiques sont trop bien gardées ". J'accepte le titre proposé par mon Professeur de médecine interne sur " Les troubles respiratoires dans l'encéphalite léthargique ", thèse préparée et rédigée en quelques jours qui me vaut le titre de Docteur en médecine et de Médecin-Chirurgien de la Confédération Suisse.
Médecin, m'intéressant beaucoup à la pédagogie, Kentien et Hahnemannien, j'ai très vite des élèves remarquables, élèves qui passent un stage pratique et théorique de plusieurs mois jusqu'à plus d'une année à mon cabinet et qui sont un honneur autant pour moi que pour l'homéopathie.
On peut citer mon frère, le Dr. Roger SCHMIDT, établi depuis à SAN FRANCISCO, qui a dû refaire ses examens en médecine pour obtenir le titre américain et qui pratique l'homéopathie avec un grand succès, le Dr. Hubbard WRIGHT de NEW YORK parlant trois ou quatre langues aisément, devenue présidente de l'American Institute of Homoeopathy, le Dr BELLO KOSSI de DENVER, pour l'Amérique, le Dr. KUNZLI, établi à St GALL pour là Suisse; Dr. CASEZ d'ANNECY et bien d'autres pour la France, etc… tous des têtes de ligne, de véritables phares répandant la lumière de l'homéopathie traditionnelle autant par leur savoir, que par leurs résultats thérapeutiques.
Je ne cesse d'avoir fréquemment des élèves et fonde, en 1946, une école hahnemannienne d'homéopathie a LYON appelée le Groupe Hahnemannien de LYON, en France, a 160 km de GENEVE, dont les cours sont suivis par une quarantaine de jeunes médecins suisses, italiens et surtout français, auxquels je donne tous les mois, pendant deux jours, le samedi soir et le dimanche, une conférence théorique sur l'homéopathie, des travaux pratiques au Répertoire, suivis de l'étude critique de cas cliniques traités par l'homéothérapie. En somme, tout l'enseignement reçu si généreusement en Amérique et le fruit des lectures de ma remarquable et considérable bibliothèque homéopathique presque unique au monde, comprenant plus de 2.000; volumes, la plupart luxueusement reliés et marques de la fleur de lys, symbole de Royauté et de précellence ! L'homéopathie n'est elle pas précisément en médecine le sommet de la thérapeutique : qui n'empoisonne jamais mais délivre, libère et affranchit le malade de tous ses maux.
Je suis demandé à BRUXELLES pour y donner dans des milieux médicaux des conférences sur l'homéopathie, ainsi qu'à LONDRES et à BARCELONE en 1963, j'ai le privilège d'être reçu Membre d'Honneur de l'Académie Homéopathique de BARCELONE. Ma clientèle ne cesse d'augmenter grâce aux brillants résultats apportés par l'application de cette thérapeutique. Des personnalités politiques, artistiques et scientifiques fort connues, dont je ne puis citer que celles d'outre-tombe comme le pianiste PADEREWSKI, le Chef d'orchestre FURTWÄNGLER, Sir Eric DRUMMOND, les Chefs des Mouvements Soufi et Bahaï Mr. SOULIE de MORAND, etc… Il y a quelques années, en 1937, je suis appelé aux Indes pendant quatre mois pour y soigner un Maharadj et faire des conférences homéopathiques a LAHORE et à DELHI, où je suis très honoré de recevoir un déplié photographique avec mon portrait, parmi vingt-quatre pionniers de l'Homéopathie mondiale, depuis HAHNEMANN.
En 1925, avec quelques homéopathes d'Europe et d'Amérique, nous fondons la Ligue Homéopathique Internationale des Médecins, et j'assiste a plus de trente cinq Congrès nationaux organisés par elle, cela malgré une grosse pratique homéopathique qui dure maintenant depuis quarante sept années, une activité littéraire scientifique importante sur la Matière Médicale, des questions de philosophie et de doctrine, l'exposé de cas cliniques, les traductions nombreuses et surtout en français. La publication de la sixième édition de l'Organon d'après le texte en vieil allemand d'HAHNEMANN paru en 1952 et auquel je consacre cinq années, ainsi qu'à la traduction de l'anglais avec de nombreux commentaires, annotations, puis une biographies inédite de la fameuse " Philosophie " de KENT appelée : " La Science et l’Art de l'Homéopathie " et publiée en 1958, avec de nombreux commentaires que m'avait fournis le Dr. AUSTIN lors de mon séjour en Amérique.
Nommé Président de la Liga medicorum homoeopathica internationalis, je dirige et préside les Congrès internationaux d'homéopathie a GENEVE en 1931, à PARIS en 1932, où, sur la proposition de médecins de PARIS, on me décerne le titre de Président d'Honneur, puis a MADRID en 1933.
Le Congrès de GENEVE fut particulièrement réussi à cause d'une préparation intensive pendant toute l'année qui le précède. Une correspondance effrénée avec rappel mensuel, permit de grouper les travaux assez à l'avance pour pouvoir tous les lire et désigner un critique officiel et préparer une étude complémentaire des travaux présentés.
Ce Congrès fut, du reste, honoré par la présence de personnalités internationales nombreuses venant de tous les pays d'Europe, des Etats-Unis, avec mon Maître, le Dr. AUSTIN, de NEW YORK, du BRESIL et même des INDES avec le célèbre Dr. MAJUMDAR, auteur d'ouvrages sur l'appendicite et le choléra traités par l'homéopathie.
Mais nous avions surtout l'honneur d'avoir le médecin privé de la Famille Royale d'Angleterre, le Dr. John WEIR.
Un important volume de 450 pages fut édité l'issue du Congrès, contenant les communications in extenso, avec toutes les critiques et les commentaires les concernant, ce qui rendit cette présentation si intéressante. Mais, que de soucis pour cette publication que tout le monde réclamait grands cris (comme à chaque Congrès, mais dont personne, bien entendu, ne se soucie du prix) et dont j'avais obtenu 150 inscriptions et beaucoup d'autres promesses verbales. C'est de la poche du Président qu'il a fallu financer cette édition qui a coûté 10.000 francs suisses. Une fois à PARIS, cinquante médecins y renoncèrent, me laissant sur les bras les 500 volumes imprimés. Cette leçon fut utile, parce qu'elle m’apprit que les honneurs coûtent cher !
La ville de GENEVE nous avait prêté deux gendarmes en tenue de gala a l'entrée, où se trouvait un tapis comme pour les réceptions officielles et les drapeaux de GENEVE flottaient sur le bâtiment. Pour la première fois, a l'occasion d'un Congrès scientifique, nous fûmes autorisés à organiser un banquet au Palais Eynard, qui donne sur les jardins de l'université où, autour d'une pièce d'eau et sur une pelouse rasée de frais, évolua un spectacle qui fit grande impression sur tous les congressistes à l'issue du banquet. Des yodleurs et des danseuses venus de LAUTERBRUNNEN, un Lucernois spécialiste du lancer de drapeau, montrèrent leurs talents, ainsi que des lutteurs de l'Oberland bernois. Tout cela animé par un orchestre champêtre de paysans en costume de leur canton, permit de réaliser une fête suisse du plus bel effet, que tout le monde admirait du balcon du Palais Eynard, avec un éclairage adéquat.
A l'issue de la fête, j'eus la surprise de recevoir un magnifique plat en argent ou était gravée la signature de tous les médecins participants et une invitation de la Sociéte britannique d'homéopathie, cela avec une lettre de remerciements touchante, qui nous invitait, ma femme et moi, à une grande réception l’année suivante à LONDRES.
Au printemps 1932, nous partons pour LONDRES et, à notre arrivée, une spacieuse limousine nous attendait pour nous conduire a l'un des premiers hôtels de LONDRES au bord d'un grand parc. Et quelle surprise a notre entrée dans les appartements qui nous avaient été réservés, de constater a côté d'une grande chambre à coucher, un salon qui était garni de fleurs aussi variées dans les couleurs que dans leurs parfums. C'était un parterre vraiment féerique comme on ne le voit seulement qu'à l'occasion d'une grande noce!
Pendant deux jours, une auto était à notre disposition pour visiter LONDRES dans tous ses dédales. Puis, le lendemain, des places avaient été réservées pour une pièce qui faisait fureur a cette époque, c'est le " Miracle " dont l'actrice principale était une aristocrate anglaise qui personnifiait la Sainte Vierge. La pièce se passait dans une église où l'on voyait contre un pilier la statue de la Vierge tenant dans ses bras l'Enfant Jésus et au pied de cette statue arrivait une religieuse en costume noir et blanc, tenant dans ses bras un enfant qu'elle avait mis au monde et qui venait, toute en pleurant dans un acte de contrition, implorer le pardon de la Madone. Tout à coup, on voyait la Vierge s'animer, descendre de son piédestal pour venir consoler et pardonner la malheureuse, dont l'affliction était si sincère, puis lui donner l'Enfant Jésus en échange de son nouveau-né. Moment bouleversant où, dans un silence impressionnant, la Sainte Vierge le tenant tendrement dans ses bras, remontait lentement sur son piédestal. Pièce extrêmement émouvante et admirablement jouée.
Le dernier jour, nous fûmes conviés à un banquet d'une quarantaine de convives comprenant tous les membres influents de la Faculté homéopathique du Royal Hospital de LONDRES et leurs épouses en grande toilette, ou un menu avait été imprimé à notre nom, je vous prie, ce fut un repas de gala à tous points de vue. Au dessert, après un discours charmant et plein d'humour du Président de la Faculté homéopathique, nous eûmes le privilège d'entendre un excellent baryton qui nous chanta " Paillasse " et quelques airs d'opéra, accompagné d'un pianiste alternant avec un amusant et fin diseur, qui nous déclama des poèmes entrecoupés d'anecdotes et de bons mots avec beaucoup d'humour. Et tout cela en notre honneur. Vraiment nous n'aurions jamais pu penser que l'effort d'organisation de notre Congrès eut pu provoquer une telle appréciation et nous ne pourrons jamais oublier cette royale réception de la part de nos Confrères britanniques.
Cette présidence internationale, la première qui fut prolongée trois années, fut un très grand honneur, l'occasion de grandes joies au point de vue des relations confraternelles avec les homéopathes éminents de tous les pays et m'apporta de nombreuses satisfactions scientifiques certes, mais aussi fut l'objet d'importants sacrifices financiers et le support de grande soucis sans parler du travail supplémentaire considérable exigé pour leur parfaite organisation.
Je pus ainsi profiter de cette occasion pour faire ressortir et encourager à chaque Congrès la valeur des enseignements reçus en Amérique, faire une propagande intense pour démontrer l'importance de l'homéopathie traditionnelle vis-à-vis des méthodes bâtardes de cette homéopathie appelée homéopathie moderne, pleine de compromis, cherchant à allopathiser par des généralisations les indications thérapeutiques, au lieu de rester fidèle au dogme précieux de l'individualisation qui reste le pilier le plus solide de notre doctrine.
En 1933, une malade de la haute société britannique, voulant manifester sa reconnaissance à l'homéopathie dont elle et sa famille bénéficiaient depuis longtemps, laissa dans un testament un legs de 50.000 livres sterling à la Ligue internationale pour favoriser le développement et la propagande de l'homéopathie dans le monde. Le notaire anglais très strict et traditionaliste réclama des précisions sur l'inscription officielle de la Ligue homéopathique dans les sociétés internationales, son siège, ses statuts, son état financier, son organisation, la liste de ses membres ? Hélas ! La Ligue se trouva dans l'incapacité de lui fournir une seule pièce officielle et, en fait de statuts, il n'existait que quatre pages tirées à part, avec la date de la création, la liste des membres fondateurs et quelques vagues articles indiquant son but et sa formation. Ces papiers furent jugés absolument insuffisants, ne répondant nullement à la légalité et la donation fut refusée ! Aussi, comme personne ne réagissait, je résolus pour le prochain Congrès, qui devait avoir lieu à ARNHEM en HOLLANDE, d'y convoquer tous les membres et devant la carence des responsables de cette organisation, d'amener à mes frais un avocat du barreau de GENEVE pour établir des statuts réglementaires afin de désigner un siège permanent à la Ligue, dans toutes les règles du droit international. Vous ne pourrez jamais imaginer les obstacles, les jalousies, les complications qui me furent faites pour remplir ce but ! Mais, grâce à une volonté inébranlable et déterminée et la haute compétence de cet avocat, malgré d'innombrables difficultés occasionnées surtout par les Français, les statuts furent élaborés et adoptés et la Liga Homoeopathica Internationalis Medicorum fut enfin créée légalement, avec son siège permanent à GENEVE.
Ce fut un succès personnel durement remporté, mais qui me procura une très grande satisfaction pour l'avancement et la reconnaissance de notre cause.
A côté de l'homéopathie, deux sujets m'ont toujours intéressé au plus haut point, vu l'aide qu'ils permettent d'apporter à la thérapeutique homéopathique. Ce sont l'ophtalmodiagnostic, permettant de déceler des troubles moraux et physiques ignorés ou oubliés par les malades et l'acupuncture chinoise. Cette dernière méthode surtout, vieille de 5.000 ans, s'apparente étroitement à l'homéopathie, reconnaissant un traitement de brindilles ou de racine, comme en homéopathie un traitement parcellaire de quelques symptômes seulement ou un traitement général constitutionnel comprenant tout l'individu. De plus, j'ai toujours été un enthousiaste de la photographie en couleurs et surtout de plantes prises de très près qui me donne l'occasion de faire des conférences à diverses sociétés sur les plantes du Jardin botanique, les quatre saisons, le Cervin en hiver, promenade à travers la Suisse, voyage aux Indes, vieilles maisons grisonnes, Zermatt, excursions au Titlis, l'Exposition Internationale à NEW YORK en 1939, etc.....
Je suis établi à GENEVE depuis 1921 où je pratique l'homéopathie traditionnelle dite classique. Grâce à la collaboration précieuse et compétente de ma femme, pharmacienne, nous établissons un laboratoire homéopathique pour la préparation des Médicaments : triturations, succussions, dilutions, imbibitions et hautes dynamisations hahnemanniennes et korsakoviennes avec des machines originales ultra-modernes, conçues selon les règles exigées par la pharmacopraxie homéopathique hahnemanniennes et créons un stock considérable, dont l'action se révèle remarquable, de remèdes homéopathiques. J'ai été accepté comme médecin homéopathe et suis le seul en Suisse comme tel au Rotary-Club international depuis 1927. Vers la fin de la première guerre mondiale, 1914-1918, je m'offre comme jeune médecin pendant plus d'une année en France, volontairement, et travaille dans les villes de LYON, dans trois hôpitaux, à l'Hôtel-Dieu, dans le Service du Professeur BERARD, à un hôpital militaire, puis à l'Infirmerie protestante. C'est à LYON que j'ai l'honneur d'être décoré d'une médaille de la Croix-Rouge; puis à BESANCON, aux Hospices civils, où je deviens l'assistant du Professeur HEITZ et fais de nombreuses opérations. Ensuite, je vais à TOULON, aux Hospices civils, où, en plus de la chirurgie, je suis désigné spécialement pour le service des typhiques, des maladies vénériennes, ainsi que de la visite des prostituées; enfin à NIMES, à l'hôpital de la ville où je pratique l'allopathie et la chirurgie et où je m'occupe plus particulièrement d'ophtalmologie et de narcoses.
Tout l'hiver 1941-1942, je consacre, avec ma femme, mes soirées au service de la Croix-Rouge, à. l'Agence des Prisonniers de guerre pour la recherche des adresses des prisonniers, afin de les mettre en contact avec leur famille.
J'ai le privilège d'être envoyé officiellement au Congrès Mondial d'Homéopathie à RIO de JANEIRO en 1954, avec le Dr. BENJAMIN de LONDRES pour y représenter la Ligue internationale et y faire des conférences. En 1955, à l'occasion du jubilé fêtant le 200e anniversaire de la naissance d'HAHNEMANN, j'ai l'honneur d'être invité par l'American Institute of Homoeopathy avec le médecin de la Reine d'Angleterre et le médecin du Pape, à WASHINGTON, pour y faire des conférences sur le fondateur de l'homéopathie et toutes les découvertes scientifiques, historiques, géographiques, industrielles, littéraires et artistiques qui eurent lieu au cours de la vie d'HAHNEMANN dans le monde entier, évoquer le patrimoine hahnemannien, et donner la traduction de la première conférence en latin du jeune HAHNEMANN âgé de vingt ans sur " La merveilleuse construction de la main humaine ". Je prononce, en outre, un important discours pour ce Jubilé sur le remarquable monument d'HAHNEMANN situé en plein centre de WASHINGTON. Cette honorable société me confère un diplôme spécial d'appréciation pour mes contributions personnelles au développement de l'homéopathie. Ce fut un voyage vraiment triomphal et inoubliable.
A l'occasion de ce bicentenaire, je fais une communication à BERNE à la Société suisse des homéopathes sur la Méthodologie homéopathique. Puis j'établis une Iconographie, la plus complète de toutes comprenant la reproduction en noir et en couleur de presque toutes les gravures, portraits, peintures, médailles, médaillons, statues et monuments sur des clichés de Samuel HAHNEMANN, qui sont présentés au Congrès international de STUTTGART en 1957. Et je suis très sensible aux félicitations reçues du Dr. TSCHNER, un petit homme à barbiche blanche, historien, auteur d'un gros volume sur l'histoire de l'homéopathie, qui ne les connaissait même pas tous, ainsi que l'appréciation flatteuse de l'écrivain allemand Herbert FRITSCHE, auteur d'un livre remarquable sur la vie d'HAHNEMANN. En 1959, je suis appelé à diriger un séminaire homéopathique sur les Nosodes au Congrès homéopathique de l'American Institute of Homoeopathy et de l'International Hahnemannian Association à SAN FRANCISCO, et à mon retour, devant les médecins de PHILADELPHIE, je dirige un séminaire sur l'examen du malade.
Je continue avec ferveur à répandre par la plume et la parole les enseignements précieux d'HAHNEMANN, et retraduis de l'original, avec mon élève, le Dr. KUNZLI, les " Maladies chroniques " d'HAHNEMANN, avec un très important index. De cet ouvrage remarquable et unique, mais touffu, dense et d'allure un peu moyen âgeuse, nous en faisons une présentation inédite, avec des têtes de chapitres qui éclaircissent d'un jour nouveau le texte hahnemannien, séparé d'une façon claire en les détaillant le chapitre sur la psore latente, la psore déclarée, la psore évoluée et leur traitement.
En septembre 1960, j'organise un forum à ADELBODEN: dans les Alpes Suisses, dans un cadre montagneux, à 1500 m., avec une trentaine de confrères français, comprenant des excursions au Lac d'OESCHINEN, au Col d'HAHNENMOOS et au Lac bleu, etc ... dans la matinée et des conférences d'homéopathie l'après-midi et le soir sur l'art d'interroger et l'examen détaillé du malade au point de vue homéopathique, séances théoriques et pratiques, pendant huit jours, leur donnant également des notes de Matière Médicale inédites, des additions et annotations faites par KENT lui-même sur plusieurs remèdes pris dans les dix volumes des Guiding Symptoms de HERING. Cette association " sport et science médicale homoéopathique " fut une parfaite réussite ayant laissé chez les participants un souvenir inoubliable. Une réplique récente fut faite à TIGNES à 2.200 m. d'altitude près de VAL d'ISERE, ou à côté de sorties à ski, avec un guide, le matin et au début de l'après-midi, fut donné un exposé sur les Aphorismes d'HIPPOCRATE par BOENNINGHAUSEN et l'exposé des questions les plus importantes à ne pas oublier lors de l'interrogatoire d'un cas chronique, puis discussion critique de quelques cas cliniques.
En 1963, à l'occasion du Congrès de la Ligue homéopathique internationale en Allemagne, qui réunissait en même temps la Fédération allemande des médecins homéopathes, je présente à BAD GODESBERG, ville de Congrès près de BONN, où le Général de GAULLE venait de passer et où des décorations florales s'y trouvaient encore, un important travail sur le Kentisme et les Kentiens en allemand, ce sujet étant critiqué surtout par les Allemands qui, du reste, l'ignorant totalement, me faisaient prévoir des critiques nombreuses et un débat passionné. Les homéopathes allemands, hélas ! se sont affranchis depuis longtemps de certaines traditions hahnemanniennes. S'ils ne mélangent pas leurs remèdes et n'appliquent pas le pluralisme des Français, ils restent cantonnés à la prescription de très basses dilutions : 1 à 6 en général, critiquant et se moquant dans tous leurs écrits de hautes dynamisations recommandées par les Kentiens en particulier. Une 30e dynamisation étant considérée par eux comme une très haute puissance ! Si on leur parle d'une 200e et combien plus encore d'une 10.000e, ils vous regardent de travers avec l'expression de quelqu'un qui vous considère comme pas très normal, qui rêve et s'illusionne. Mais, chose extraordinaire, ils critiquent, mais ne tenteraient jamais de soumettre leurs jugements à un essai bona fide et ils répètent les mêmes arguments vis-à-vis des hauts dilutionnistes que ceux que les allopathes formulent aux homéopathes prescrivant des basses dilutions ! Aussi, fus je consterné non seulement de ne recevoir aucune critique après la lecture de ma conférence, mais, au con traire et immédiatement des louanges de mes Confrères du camp opposé, si l'on peut ainsi dire, et même d'apprendre à l'issue du Congrès la d&ea |