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Lettre au Docteur Stapf

Par Samuel Hahnemann

 

(...) Cette sévérité nécessaire avec laquelle je procède à la recherche de la vérité vous fera comprendre combien est chimérique le projet que vous avez conçu, dans une excellente intention, de faire appel à tous les médecins pour les déterminer à expérimenter des médicaments. Une telle demande exciterait le rire et la moquerie.

Quel est celui de nos collègues, quel est le médicastre qui consentirait à faire des essais, ayant son tiroir tout plein de recettes.

«  0 tiroir de consolation ! tu ne me laisses jamais dans l'embarras. Grâce à toi, je trouverai moyen de faire des ordonnances; quel que soit le sort du malade, ma responsabilité est à couvert. J'emploie les formules des plus illustres savants ; personne ne peut me demander compte de leur succès. »

Jamais de pareilles gens ne s'élèveront à une vue aussi pure ; jamais ils ne se décideront à faire des observations minutieuses; au contraire, il est bien plus commode pour eux-de se passer d'expérience, de copier les autres, de ne rien changer à ce qui existe, de conjecturer et d'agir arbitrairement. Non votre proposition ne trouverait pas d'accès auprès de ces hommes. Et quand même, par curiosité peut-être, ils vous écouteraient, comment se mettraient-ils à l'ouvre ? Que pourrait-on attendre de leur part ? Erreur, fantaisie ou mensonge. Dieu préserve la doctrine pure de cette alliance adultère !

Seule, la jeunesse, qui n'a pas encore la tête remplie du fatras des dogmes usés, dont les veines ne charrient pas encore ces millions de préjugés en fait de médecine, qui n'a pas d'idée préconçues et pour qui, la vérité, le bonheur des hommes ne sont pas de vains mots; la jeunesse ouvre l'oreille à notre salutaire doctrine. Seuls, nos jeunes disciples s'efforcent spontanément, avec la plus grande abnégation, de découvrir ces trésors des effets médicamenteux, richesses infinies que l'imbécillité et la sottise ont laissées enfouies dans la nuit de l' ignorance.

Je crois que j'ai réussi à cultiver heureusement, chez quelques uns de mes élèves, un certain talent d'observation. Ce bon grain poussera, mais pour se développer il lui faut un sol approprié.

Un dernier mot. Ne m'adressez pas d'éloges, je ne les aime point; je ne suis qu'un homme simple et droit, je ne fais que mon devoir. L'estime que nous nous devons mutuellement, exprimons-la à voix basse et par des actes qui en portent témoignage.

S. HAHNEMANN : Études de Médecine homéopathique. éd. BAILLIERE 1855.

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