|
|
Sixième
raison d'être homéopathe
Dr James Compton
Burnett
(Commentaires de Pierre Schmidt)
Ce que j'ai voulu
développer dans ma cinquième raison mérite qu'on y revienne pour
insister un peu plus, afin que le sens de mon exposé ressorte plus
clairement.
J'ai dit que
l'homéopathie vous élève au-dessus du niveau de l'ouvrier thérapeute et
fait de vous un Maître dans l'Art de guérir. Exemple:
Il y a quelques
années, comme vous le savez peut-être, une drogue appelée Cundurango,
qu'on appelle aujourd'hui plus communément Condurango, fut prônée dans
nos cliniques comme spécifique du cancer, comme la térébenthine de Chian
le fut un peu plus tard. Tous deux connurent cette belle popularité qui
précède le profond oubli où elle ne tarde pas à sombrer.
Condurango, me
disais-je, pourrait certainement guérir certains cancers particuliers,
mais évidemment pas tous les cancers. Comment connaître ces indications
précises? Les cas cliniques rapportés au sujet de ce remède montraient
qu'il possédait sans conteste un pouvoir curatif dans certains cas de
cancer et en particulier celui de l'estomac.
Hahnemann a
enseigné que le seul vrai moyen de définir et de déterminer la sphère
d'action d'un médicament consiste à l'administrer à des sujets sains et
d'en observer scrupuleusement les effets.
Sans hésitation,
je me procurai un peu d'écorce de Condurango, en fit une infusion et en
bu des quantités. Vous trouverez mon rapport d'expérimentation sur
moi-même dans le 4e volume de la grande Encyclopédie de la Matière
Médicale pure d'Allen, comprenant 10 volumes.
Eh bien, parmi
plusieurs autres symptômes, je constatai que ce remède provoquait des
crevasses commissurales au coin de la bouche et c'est ainsi que plus
tard, ayant à traiter un cas de cancer du sein chez une femme d'âge
moyen qui présentait, elle aussi, une profonde crevasse à la commissure
buccale gauche, à bords épais et indurés et dont l'apparence faisait
douter d'une nature épithéliomateuse possible, je jugeai là une
indication typique de Condurango.
Je pense que vous
auriez été d'accord avec mon diagnostic si vous aviez pu l'examiner. Je
raisonnai donc de la manière suivante: nous savons empiriquement que
Condurango peut guérir certains cas particuliers de cancer. Par mon
expérience personnelle, je sais que ce médicament provoque des crevasses
aux commissures labiales. Les homéopathes, d'autre part, affirment que
le semblable guérit le semblable, par conséquent Condurango devrait être
l'agent curatif à pareil cas.
Eh bien, cette
malade prit une préparation homéopathique de ce remède régulièrement
pendant trois ans environ, et elle observa une amélioration lente
graduelle, progressive, jusqu'à la guérison parfaite de sa lésion.
Depuis lors, huit années se sont écoulées et cette malade se trouve
toujours en excellente santé.
Je pense et cela
sans ambiguïté et avec certitude que, sans l'homéopathie, cette guérison
n'aurait pu être effectuée et que la malade serait depuis longtemps
morte de cette terrible maladie.
Acceptez donc, je
vous prie, ce cas comme ma sixième raison d'être un homéopathe et pour
moi, distingués confrères, quelle fierté d'un pareil résultat où j'ai
vérifié la loi des semblables dans ses applications précises.
Évidemment, ce n'est pas la voie officielle... Hélas! je regrette que
cela ne le soit pas.
Commentaires de Pierre Schmidt
Le chloral C2H CL3O, H2O.
C'est un
hypnotique et un anesthésique bien connu, toxique pour les centres
bulbo-protubéranciels. Il faut savoir que 10 g peuvent arriver à tuer un
individu. Les hépatiques en général, le supportent très mal. Le chloral
attaque d'abord le cerveau en provoquant un état d'hébétude, de
confusion, puis des secousses musculaires choréiformes, des sortes de
myoclonies à allure convulsive. On voit aussi, soit des léthargies, soit
des insomnies.
Il provoque aussi
des maux de tête terribles, qui ont une modalité très intéressante:
l'aggravation par la position couchée.
Les yeux sont
toujours affectés par le chloral, qui provoque une conjonctivite.
Enfin, les organes
urinaires, les organes sexuels, et aussi la peau, sont touchés par le
chloral. Pour la peau, ce qui est le plus caractéristique, c'est
l'urticaire. Burnett a eu un cas qui l'a rendu célèbre, le cas d'un
malade qui, depuis quatre mois, souffrait d'urticaire: il avait essayé
tout ce que l'on peut imaginer, et Chloralum le guérit complètement.
Le malade entend
des voix et a des visions.
C'est un remède de
la terreur nocturne des enfants (Bor., Chlol., Kali br., Kali p., Tub.).
Le malade étant
couché inspire par le nez mais expire par les lèvres en soufflant, comme
on le voit dans les apoplexies.
Ce sont des
malades qui ronflent pendant leur sommeil (Lyc.).
Il a le désir
d'être éventé (Carbo veg.).
Il éprouve aussi
de la lassitude, de la parésie des membres et il se plaint d'un sommeil
toxique aboutissant au coma avec quelquefois dyspnée et même respiration
à type de Cheynes Stockes.
Ces malades ont
presque toujours un myosis serré; pourtant, certains auteurs ont trouvé
de la mydriase. Mais, en général, la mydriase se voit avec le chloralose,
le myosis avec l'hydrate de chloral.
A faibles doses,
il produit l'ivresse, quelquefois le délire; à doses moyennes,
l'hyperexcitation motrice, puis l'asthénie, troubles respiratoires et
paralysie centrale. Il agit électivement sur le mésocéphale,
l'hypothalamus, car il atteint le noyau rouge et peut provoquer des
troubles de la régulation thermique. C'est donc bien une
hyperexcitabilité motrice plus qu'une simple hyper-réflectivité.
On n'observe
jamais dans l'intoxication du chloral aucun stigmate de localisation
neurologique, c'est-à-dire ni Babinski, ni signes paralytiques.
Condurango.
De son vrai nom
Gonolobus Condurango, plante du Condor, poussant dans les hautes
altitudes de l'Équateur, il appartient à la famille des Asclépiadacées.
Nous avons, en
homéopathie, d'autres plantes qui appartiennent à cette famille:
Asclepias tuberosa, Asclepias syriaca et Callotropis gigantea.
Asclepias
syriaca a vraiment une symptomatologie si
misérable qu'il ne vaut pas la peine d'être retenu; il y a trop peu de
choses.
Asclepias
tuberosa m'a déjà procuré de très jolies
guérisons. Puisque nous avons parlé tout à l'heure des pleurésies, il
importe de souligner la valeur de ce remède qui s'appelle aussi la «
racine pleurétique ». Tous les points pleuraux aigus, les pleurodynies,
quand il y a douleur piquante aggravée par le mouvement, peuvent être
soulagés d'une façon magnifique par Asclepias tuberosa 200. C'est
surtout dans l'influenza, dans les grippes, quand vous avez des douleurs
pleurétiques, qu'il est indiqué spécialement. C'est également un remède
qui présente la dysenterie automnale (Colch., Dulc.,). C'est le remède
des douleurs diagonales, gauche en haut, droite en bas (Agar., Led.,
Rhus t., Tarax.).
Quant à Callotropis gigantea, il a un symptôme très important
caractéristique, c'est une sensation de chaleur au creux de l'estomac.
Je profite de cette occasion pour vous signaler la sensation de chaleur
et de brûlure dans le foie de Kali carb. Clothar Muller, qui était un
grand homéopathe de l'époque de Hahnemann et qui a écrit un des premiers
répertoires, a trouvé Condurango sans effets dans les squirrhes, mais
curateur dans les vieux ulcères chroniques, ichoreux, et surtout les
ulcères malins, dont il a guéri plusieurs cas. Burnett, quand il a fait
son expérimentation, a éprouvé une gerçure douloureuse à la commissure
droite de la bouche, et son keynote était: « craquelure à droite,
douloureuse ».
Lorsque vous voyez
des malades qui ont des craquelures, vous pouvez trouver ce symptôme ou
bien aux commissures, ou bien aux coins du nez, ou bien aux canthi des
yeux, sous les oreilles, à l'ombilic, ou encore à l'anus: tels sont les
endroits où vous les trouverez surtout, en ajoutant naturellement les
doigts. Les remèdes sont, bien entendu, très différents selon les
localisations. Pour les doigts, ce sera par exemple Petroleum ou Silica;
en arrière des oreilles, ce pourra être Calcarea ou Sulfur. Ces
symptômes sont presque toujours des symptômes d'uricémie: ces malades
doivent boire beaucoup, il faut aussi les faire transpirer pour lutter
contre leur acidose. Aux coins des yeux, les crevasses peuvent indiquer
Natrum mur., Graphites, ... etc.
Les crevasses du
coin de la bouche, douloureuses, (à ne pas confondre avec un herpès
labialis) et s'accompagnant souvent d'une petite éruption, la perlèche,
indiquent Condurango. Ce remède est un grand antipsorique.
Dudgeon, un
célèbre médecin homéopathe anglais, qui a traduit l'Organon et fait de
nombreux travaux, rapporte un cas de cancer du sein gauche gros comme un
ouf, douloureux, avec peau d'orange, rétraction complète du mamelon, au
point de devenir invisible (ne pas confondre avec la rétraction du
mamelon de Sarsaparilla) chez une femme de 69 ans; il la guérit
complètement de son cancer avec Condurango 2 X. La tumeur fut d'abord
traitée avec Hydrastis, puis par Phytolacca, sans aucun succès; elle ne
cessait d'augmenter. Conium sembla enrayer un peu l'évolution fatale,
mais c'est sitôt qu'il eut donné Condurango 2 X qu'elle disparut
définitivement.
D'après Burnett,
Condurango aurait une forte affinité pour la langue: c'est une des
localisations de ce remède pour les tumeurs et les ulcères.
|