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Première raison d'être
homéopathe
Dr James Compton
Burnett
(Commentaires de Pierre Schmidt)
Il est en vérité
plus rapide et plus aisé de procéder de l'ignorance à la connaissance,
qu'à partir de l'erreur. Ceux qui sont dans l'erreur doivent d'abord
désapprendre avant de pouvoir apprendre quoi que ce soit dans un but
utile: et la première partie de cette double tâche, n'est pas, à
plusieurs point de vue, la moins difficile; c'est la raison pour
laquelle elle est rarement entreprise. BOLINGBROKE
Il y a quelques
années, lors d'un après-midi sombre et morne, j'étais plongé à l'Hôpital
B., dans l'établissement de certificats de décès que je devais signer,
quand brusquement je me sentis de nouveau envahi par quelque chose qui
semblait s'emparer de moi pour au moins la cinquantième fois cet
après-midi là. Je ne pouvais me rendre compte de ce que cela était
exactement. Mais cela provenait essentiellement du mécontentement, de la
dissatisfaction, pour ne pas dire du dégoût, éprouvé à la revue de ces
cas qui me passaient sous les yeux et dont les résultats cliniques
n'aboutissaient tous qu'à la mort! J'avais toujours été un étudiant en
médecine très enthousiaste au début de mes études, mais un Professeur,
profondément sceptique, démolissait régulièrement toute ma foi dans les
remèdes; et les trop grandes responsabilités assumées pour mon âge et
mon expérience, ajoutées aux soucis de la pratique hospitalière
écrasante, furent autant de facteurs qui étouffèrent la plus grande
partie de l'enthousiasme que j'avais éprouvé au début pour la médecine.
Après avoir repassé dans mon esprit mes différents stages en médecine et
en chirurgie, je m'enfonçai dans mon fauteuil et comme en rêve me
trouvai dans les prés verts, en train de dénicher des oiseaux et de
pêcher au fil de l'eau, comme aux premiers jours de ma jeunesse. Juste à
cet instant, regardant par la fenêtre, je vis un chariot transportant un
cadavre et j'ouvris la fenêtre en m'adressant au vieux garçon d'anatomie
que je connaissais bien et sur un ton vif lui demandais: « Tim, voyons,
qui donc est ce mort?» « Le petit Georges, Docteur ».
Ce petit Georges
était un enfant abandonné, qui n'appartenait à personne. Nous l'avions
soigné depuis longtemps et nous l'aimions bien. C'était pour nous comme
un chien fidèle. Tout le monde aimait Georgie dans la salle et il n'en
était pas un, même parmi les plus égoïstes, qui n'était prêt à la
première occasion à lui rendre service. Aussi, aucun malade ne fut plus
sincèrement regretté que lui dans cette salle.
Je dois vous
exposer comment cela est arrivé: un beau jour, ayant besoin d'un lit
pour un cas aigu, je donnai l'ordre de transférer le lit du petit
Georges qui se trouvait dans un coin bien abrité et chaud de la salle,
pour le mettre en face, vers une grande fenêtre au nord. Hélas! c'est là
qu'il attrapa froid, contracta une pleurésie et la réponse du garçon
d'anatomie que vous venez d'entendre était le résultat de cette
malheureuse décision.
Évidemment, je me
reprochais en moi-même: « Si seulement j'avais pu arrêter tout au début
cette fièvre, qui s'était déclarée à la suite de ce refroidissement dû à
la fenêtre trop proche, le petit Georgie alors serait encore parmi nous.
Pourtant trois bons médecins, à côté de mes soins, avaient traité
Georgie, tous en parfait accord et tous des cliniciens avertis. Malgré
leurs talents, la pleurésie s'installa avec la fièvre, l'épanchement se
produisit dans la plèvre et le pauvre Georgie mourut.
Le vieux Tim était
un homme que la vie avait bien endurci et je ne l'avais jamais vu
manifester aucune émotion ni sentiment d'aucune manière, et jamais
regretter la mort de qui que ce fut. Mais, véritablement, ce jour,
j'étais bouleversé en le voyant, alors que son attention était pourtant
occupée à laver des bouteilles et que je lui parlais de Georgie, essuyer
des larmes au coin des yeux au souvenir de cet enfant: Mais, quoi qu'on
dise, le pauvre Georgie n'était plus et cependant, j'étais persuadé
qu'il aurait pu éviter de mourir si l'on avait trouvé la médication
appropriée, et ce sentiment de conscience insatisfaite me tourmentait;
j'aurais voulu disparaître sous terre.
Or, un soir, un
ami médecin de l'Hôpital Royal vint m'inviter à dîner, et au cours de
notre conversation, je lui parlais de mes désillusions et de mon
désenchantement vis-à-vis de la médecine, ainsi que de ma détermination
encore hésitante de partir pour l'Amérique, pour y faire de
l'agriculture, car enfin là, je serais incapable de vivre une vie
normale, naturelle et complète, sans désappointement. C'est alors qu'il
me parla de l'homéopathie, en cherchant à me persuader de l'étudier,
d'abord pour en critiquer la valeur, ou, si je la trouvais apparemment
réussie, d'en faire un essai loyal à l'Hôpital.
Après avoir passé
par bien des doutes et bien des craintes, je dois l'avouer comme si je
commettais une faute ou même un crime, je me procurai presque en
cachette les deux livres de «Pharmacodynamie» et de «Thérapeutique» de
Richard Hughes, recommandés par cet ami, comme une excellente
introduction à l'homéopathie.
Je dévorai ces
deux ouvrages à peine en deux semaines et en toute sincérité en vins à
conclure, qu'ou bien l'homéopathie est vraiment une très grande chose,
ou bien que ce Docteur Hughes n'était qu'un grand fumiste - non, le mot
est trop grossier. Peut-être n'aimerez-vous pas ce terme... et pourtant
moi, je trouve qu'il est bien choisi et pourrait lui aller comme un
gant. Sur la vie de mon prochain, un sujet aussi important à mes yeux,
il n'y a pas de moyen terme. Ces ouvrages homéopathiques représentaient
ou bien la vérité d'en haut, claire et parfaite, ou bien le plus noir et
scandaleux mensonge.
Je me sentis très
perplexe et embarrassé... il me semblait impossible qu'un homme ayant
écrit de tels livres soit un imbécile, car un insensé ou un crétin ne
peut pas être capable d'écrire de telles choses. Sa façon de présenter
le sujet semble partir vraiment d'une âme noble et d'un esprit compétent
et non d'un imposteur et cela éleva ma pensée au-dessus du découragement
dans lequel j'étais embourbé; mais vient alors: N'ai-je pas souvent
essayé de vanter des remèdes spécifiques et de nombreux traitements qui
tous n'avaient réussi qu'à me désappointer profondément? Ainsi mon vieux
scepticisme m'envahit à nouveau : « Pourquoi, disais-je, de telles
choses peuvent-elles exister? Cela me paraît vraiment impossible ». J'ai
été élevé dans les meilleures écoles et instruit par des hommes de
valeur tout au cours de mes études et j'ai toujours entendu dire que
l'homéopathie n'était qu'une thérapeutique de nihilisme. Comment
pourrai-je jamais pratiquer de cette façon, ce serait une honte, mon
honnêteté s'y refusait, je ne pourrai jamais être un homéopathe. Mais le
doute ne cessait de me poursuivre... et si pourtant c'était vrai! Que
faire? Eh bien, je vais cependant essayer d'appliquer cette méthode au
lit du malade; je vais prouver que ce n'est qu'une thérapeutique
mensongère et honteuse et alors je l'exposerai ouvertement à mes
collègues, enchantés d'avoir réussi à démontrer par mes résultats
cliniques la négation flagrante de cette thérapeutique nihiliste.
Je me sentais
troublé, agité et profondément insatisfait en pensant à la mort de
Georgie et par dégoût me mis à regarder ce que les homéopathes auraient
conseillé en pareil cas. J'appris qu'ils prétendaient couper une simple
fièvre ou un refroidissement avec de l'Aconit... quelle plaisanterie!
Malgré mes doutes, je ne pouvais me réfréner de penser que si cela
pouvait être vrai, Aconit aurait pu sauver le petit Georges, s'il avait
été donné à temps et tout au début de sa maladie.
En fait, les
refroidissements, les rhumes, les frissons fébriles sont monnaie commune
et de plus j'avais justement accepté la salle d'entrée des enfants, qui
presque tous arrivaient avec de la fièvre, des refroidissements, des
rhumes et diverses inflammations, où ils étaient observés jusqu'au
moment de prendre la décision de les placer dans une autre salle, si
leur affection progressait et présentait des pneumonies, des pleurésies,
des rhumatismes, des gastrites ou des affections éruptives de l'enfance,
selon les cas.
Or, je possédais
un petit flacon de teinture d'Aconit de Flemming dans mon armoire
d'urgence. Je pris une grande bouteille d'eau dans laquelle je versai
quelques gouttes seulement de cette teinture et la donnai à l'infirmière
de la salle d'enfants, en lui donnant l'instruction d'administrer ce
remède à tous les malades ayant des lits situés du côté droit de la
salle, sitôt leur arrivée. Tous les lits du côté opposé n'auraient pas
droit à cette solution d'Aconit, mais seraient traités par la méthode
orthodoxe habituelle.
A ma prochaine
visite, quel ne fut pas mon étonnement de trouver presque tous les
jeunes enfants du côté d'Aconit sans fièvre et qui jouaient dans leur
lit. L'un cependant, atteint de rougeole, dut être transporté dans la
salle des contagieux. Cela me permit de conclure que l'Aconit ne
guérissait pas la rougeole (Hahnemann dans sa Matière Médicale pure
en 1834, à l'article Aconit, nous dit: «Dans la rougeole, la pourpre
miliaire, dans les fièvres inflammatoires, avec pleurésie... etc.,
l'efficacité de cette plante tient presque du miracle ». Donc Monsieur
Burnett n'en était évidemment à ce moment là qu'à son petit biberon...).
Tous les autres enfants, par contre, séjournèrent deux ou trois jours
seulement, et purent ensuite rentrer chez eux guéris.
Par contre, tous
ceux qui étaient du côté de la paroi opposée, traités par la médecine
orthodoxe, étaient dans le même état où ils avaient été amenés, sinon
pire, et durent être envoyés dans d'autres salles, avec des bronchites,
des états inflammatoires divers, ou d'autres maladies infectieuses, etc.
Ainsi, les choses continuèrent à se passer de cette façon-là, jour après
jour. Tous ceux qui prenaient Aconit présentaient en général une
convalescence de 24 ou 48 heures, sauf dans certains cas plus rares où
des frissons qui apparaissaient bénins, étaient cependant annonciateurs
d'un état prodromal d'une maladie spécifique telle que la rougeole, la
scarlatine ou une fièvre rhumatismale. Ceux de cette catégorie étaient à
peine influencés par l'Aconit. Mais la quantité de cas de petits
refroidissements courants chez les enfants étaient guéris très
rapidement avec cette potion d'Aconit, quoique beaucoup de ceux qui nous
étaient amenés, étaient le plus souvent en pleine transpiration (En
effet, contrairement à ce qu'on lit dans de nombreuses publications
homéopathique, qui sont toutes des copies de copies, et disent que
l'Aconit n'est indiqué qu'avec des peaux sèches et que son indication
disparaît dès que la sueur apparaît, Hahnemann indique nettement:
«Sueurs avec frisson fébrile », « sueurs d'odeur aigre par tout le corps
», « sueurs accablantes », etc., pour Aconit.).
Je n'avais rien
dit à l'infirmière concernant le contenu de cette bouteille, mais très
vite, elle la baptisa «la bouteille à fièvre du Docteur Burnett». En
tout cas, pour le moment, j'étais abasourdi de ces résultats et cela me
poussa à occuper toutes mes nuits à l'étude intensive de l'homéopathie,
car je n'avais pas une minute de libre pendant la journée. Or, un jour,
il me fut impossible de faire ma tournée à travers les salles. En fait,
j'avais dû même m'absenter deux jours, depuis le samedi au mardi et à
mon retour en entrant dans la salle des enfants, ce mardi, tôt le matin,
l'infirmière chef qui paraissait relativement calme, m'informa avec une
attitude contenue et une réserve non dissimulée, qu'elle pensait que
tous les petits malades devraient être, pensait-elle, renvoyés chez eux.
« Vraiment,
dis-je, que voulez-vous dire par là? » « Ma foi, Docteur, comme vous
n'êtes pas venu dimanche, ni lundi, j'ai pris sur moi de donner votre
fameuse « bouteille de fièvre » à tous les enfants, car je n'avais pas
le coeur de vous voir continuer votre expérimentation cruelle plus
longtemps. Vous êtes comme les jeunes docteurs qui sont ici, vous
essayez de faire des expériences. Je ne sais pas pourquoi l'autre côté
de la salle n'aurait pas le droit aussi à ce merveilleux remède ». Je
répondis simplement: « Bien, bien, ma sour, à l'avenir je vous permets
de donner la potion à tous les malades qui viendront! » Ceci fut fait
jusqu'à ce que je quittai l'Hôpital et le résultat de cette médication
par l'Aconit pour les frissons, les refroidissements, les fébricules,
les petits malaises fébriles des enfants fut extraordinaire, tous
présentant une défervescence rapide de la fièvre et des symptômes de
refroidissements avec une très prompte convalescence.
Mais quand il y
avait des cas gastriques, j'observai qu'Aconit était alors sans
résultat, à moins qu'ils ne soient accompagnés de vomissements et c'est
pourquoi dans de pareils cas, j'administrais un émétique doux qui
provoquait la défervescence très rapide de la température. Quoique
encore dans mes débuts dans l'homéopathie, un émétique doux me
paraissait être le traitement le plus favorable lorsque l'estomac est
chargé et ne peut se libérer par un vomissement naturel. Mais je fais
ces considérations entre parenthèses, car je ne prétends nullement
posséder déjà la Matière Médicale homéopathique et ses applications.
J'apporte ces
préliminaires et ces circonstances incidentes et concomitantes seulement
pour vous placer sur le même terrain où je me trouvais alors. Elles ne
sont pas essentielles, elles conduisent simplement à cette conclusion
pertinente : Aconit dans les refroidissements, les petits accès de
fièvre, le début des inflammations est véritablement ma première raison
pour être un homéopathe. Avez-vous une aussi bonne raison pour être un
officiel?
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