Dr Vera Maria Moreira

Dr Vera Maria Moreira

Par le Dr. Maria Vera Moreira de Rio de Janeiro

Première partie: Généralités, Epidémiologie.

 
 
 
 
 
 
 

SYNOPSIS

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 Cette monographie présente l’évolution des connaissances sur le choléra du siècle dernier jusqu’à nos jours. Le texte rapporte les phases évolutives de la maladie et décrit l’usage des médicaments homéopathiques pour son traitement et sa prophylaxie, lesquels se montrèrent extrêmement efficaces lors des épidémies du siècle dernier, entraînant une réduction substantielle des décès.

Une étude sur 102 patients traités par l’homéopathie a prouvé l’efficacité du traitement, l’absolue nécessité de commencer le traitement le plus tôt possible et le lien étroit entre les conditions de vie précaires et une aggravation rapide de la maladie.

1. Introduction

Cette étude est née de la nécessité d’en savoir plus sur le choléra à partir des nouvelles de sa dissémination en Amérique du Sud en 1991. Deux rencontres scientifiques sur le choléra ont eu lieu à l’Association Médicale homéopathique de Rio de Janeiro (AMHERJ) en présence de médecins homéopathes et allopathes. Une recherche bibliographique fut ensuite réalisée sur le traitement homéopathique des épidémies du choléra au siècle dernier. Une série « d’heureuses coïncidences » mit à notre disposition un vaste et précieux matériel, des livres qui tombaient en poussière dans nos bibliothèques, certains attachés par des bouts de ficelle, d’autres encore impossibles à copier ou à microfilmer – un matériel précieux aujourd’hui disponible en textes et microfilms au siège de l’AMHERJ.

L’efficacité impressionnante de l’homéopathie dans le choléra, démontrée dans ces publications, peut rendre possible une prophylaxie et un traitement de grande efficacité et au coût modeste qui, associés à l’hydratation orale dans les cas légers et par voie intra-veineuse quand nécessaire, éviteraient ou diminueraient le temps d’hospitalisation, rationalisant l’utilisation des ressources humaines et matérielles, permettant de prendre soin plus tôt de la population exposée.

L’objectif initial de la recherche était de faire un petit résumé pour un cours sur l’homéopathie et le choléra. La richesse du matériel rencontré nous a amené à l’élaboration de ce travail, en vue de permettre au médecin homéopathe une action en confiance, par l’intégration de la connaissance actuelle aux observations de Hahnemann et de ses disciples dans les épidémies passées.

Nous attirons l’attention sur le contexte social et politique dans lequel s’intègre cette épidémie et sur sa relation avec les valeurs fondamentales de l’être humain telles que la fraternité, la coopération et la capacité de partager les biens de la terre et les conquêtes de l’esprit. L’association du choléra aux conditions socio-économiques de bas niveau au cours des temps montre la nécessité d’une prise de conscience individuelle et collective de la liaison qui existe entre tous, en tant qu’êtres humains qui ont besoin de s’unir pour préserver les sources de la vie.

2. Epidémiologie

2.1. HISTORIQUE

vibrion choleriqueLe mot choléra vient du terme grec chole, qui signifie bile. La maladie est endémique dans certaines régions d’Asie, principalement dans le delta du Gange dont les eaux alcalines favorisent le développement du vibrion. A partir de ces foyers endémiques, la maladie se propage dans les autres pays, en effets épidémiques reliés à l’augmentation du flux migratoire, aux mouvements de troupes et principalement aux routes commerciales.

Les premières descriptions de la maladie ont été faites par les soldats d’Alexandre ( 13:1) ainsi que le relate JAHR:

« avant la grande épidémie qui a décimé l’Europe de 1829 à 1832, on ne faisait pas très attention à cette maladie qui pourtant s’était toujours manifestée dans des lieux et à des époques différentes mais sans grands dommages comparés à ceux de sa dernière invasion ». (8:52)

La 1ère pandémie eut lieu de 1817 à 1823 – s’étendant de la vallée du Gange aux autres régions de l’Asie et de l’Afrique.

La deuxième, de 1826 à 1837. Elle atteignit la Chine, le Japon, l’Asie Centrale et l’Iran. La dévastation provoquée par le choléra permit à la Russie de s’approprier de plusieurs territoires iraniens mais au prix de la contamination de l’armée russe. L’épidémie arriva en Astrakan, en Russie européenne en 1830. De là, elle atteignit l’Europe avec une mortalité de 50 à 70%. A Berlin, 1405 personnes moururent en 1831, et ceci bien que l’armée prussienne ait fermé les frontières et installé des lazarets. Elle atteignit l’Amérique du Nord, le Golfe du Mexique et les Antilles.

A Paris, à la fin de 1832, on parle de cas isolés , mais les autorités et la population se refusaient à croire qu’un pays civilisé comme la France puisse être contaminé par une maladie propre aux pays « sauvages »¹. – Au cours de la première quinzaine d’avril de 1833, il y avait 13000 malades à Paris avec 7000 morts et à la fin du mois 12800 morts².

C’est au cours de cette épidémie que Hahnemann établit en 1831 les bases du traitement homéopathique du choléra (15:753), qui réduisit la mortalité à moins de 10% à une époque où l’hydratation par voie intra-veineuse n’existait pas encore. Entre-temps à Paris, la population s’attaquait aux médecins et aux hôpitaux, révoltée par l’inefficacité du traitement allopathique (27:120).

La troisième, de 1846 à 1862, atteignit l’Europe, l’Amérique du Nord, et pénétra au Brésil en 1855 par le port du Pará, dévastant le pays du nord au sud, faisant des millions de victimes (BA 36000 morts, AM et MA 13000, AL 19000, SE 21000, RN et PB 28000, PE 38000, ES, RJ, SP et RS 4000, où elle fut plus bénigne (23:196).

Note du correcteur, Etats du Brésil :

BA- Bahia ES – Espírito Santo
AM- Amazonas RJ – Rio de Janeiro
MA- Maranhão SP – São Paulo
PE- Pernambuco RS – Rio Grande do Sul

Cette première épidémie brésilienne dura jusqu’au début de 1856 et là encore brilla la lumière de l’homéopathie, bien que peu de médecins sachent l’utiliser.

La quatrième pandémie, de 1864 à 1875, atteignit également le Brésil, causant la désolation dans quelques provinces du Nord puis arriva au Paraguai où elle toucha notre armée en lutte (5:45). Taunay décrit l’horreur de la situation dans son oeuvre – Retirada de Laguna³. Ainsi, jusqu’en 1867. Le choléra tua au total presque 200 000 personnes selon les données du Baron de Lavradio (23:196).

La cinquième pandémie, de 1867 à 1896, atteignit également l’Occident, avec au Brésil quelques cas graves, mortels, mais de faible expansion à Saõ Paulo et Rio de Janeiro. Ce fut le même cas pour les foyers européens après 1892… au point d’avoir parlé à Paris et à Lisbonne de la « domestication du choléra  » (23:197). Pourtant à Hambourg, mourrurent 8000 personnes sur les 17000 touchées par la contagion.

La sixième pandémie eut lieu au début du siècle, de 1902 à 1923, avec de sévères épidémies en Asie et des foyers limités en Afrique et en Europe, sans toutefois atteindre le continent américain.

De la même façon qu’au cours des épidémies antérieures, on suppose que l’agent ait été le biotype classique du vibrion cholereae.

La septième pandémie qui atteint notre pays en ce moment a démarré en 1961 à partir d’un foyer en Indonésie. C’est la première fois au cours du siècle que le choléra atteint directement l’Occident. Cette pandémie, causée par le biotype El Tor, s’est répandue à travers des mouvements migratoires dans toute l’Asie, la partie orientale de l’Europe, le Nord de l’Afrique, la péninsule ibérique, a atteint l’Italie en 1971, année où fut enregistré un cas aux Etats-Unis (Texas) d’origine non-identifiée. En 1974, eut lieu un cas importé au Canada. En 1977, on note de petits foyers au Japon; en 1978, des cas sporadiques en Louisiane-USA (8 cas et 3 infections asymptomatiques). En 1981, un foyer affecte 16 personnes au Texas.(21:12).

Des cas sporadiques importés sont apparus chez des voyageurs qui rentraient en Europe Occidentale, au Canada, aux Etats-Unis et en Australie.

Ce rapport nous donne une première notion des conditions socio-économiques et sanitaires dans la propagation de l’épidémie. La cinquième épidémie au Brésil, comme nous l’avons vu, fut bien plus bénigne dans les états de la région Sud-Est et Sud où la qualité de vie était déjà à l’époque bien meilleure que dans le reste du pays (21:4).

La septième et actuelle épidémie n’a pratiquement pas touché les pays développés où pourtant des cas asymptomatiques ont été décelés. Par ailleurs, au Pérou, plus de 2000 personnes moururent sur un total de 200.000 personnes atteintes par la maladie.

Même lorsque la science n’avait pas encore découvert les moyens de propagation de la maladie, l’expérience montrait au siècle dernier que les causes du mal résidaient dans les conditions de vie misérables créées par l’exploitation de la force de travail. A Paris, par exemple, eurent lieu les rebellions des années 30 immortalisées par Victor Hugo dans « Les Misérables ».

Les autres facteurs responsables de la propagation de la maladie dans le monde entier au cours des 30 dernières années furent:

  • la caractéristique du El Tor de produire dans la majorité des cas des infections asymptomatiques et légères
  • l’augmentation significative des fluxs migratoires, touristiques et commerciaux, facilités par la rapidité des moyens de transport actuels.

Il est intéressant de signaler le commentaire de JAHR de ce que :

« la majeure partie des maladies suivent comme les populations une direction invariable du levant au couchant et sont d’autant plus meurtrières et victorieuses tant qu’elles ne s’écartent pas de cette direction … Jamais une invasion d’une population par l’est n’a produit de résultats pour très longtemps…(8:69 ).

Ceci a été écrit en 1848, après Napoléon et avant Hitler et les études actuelles de chronobiologie qui relient les maladies individuelles et collectives aux altérations de rythme circardien et aux voyages anti-horaires. Nous avons encore beaucoup à apprendre sur cette planète sur laquelle nous vivons et comme des homéopathes, qui voient l’homme comme un tout, nous pouvons sentir que de la même façon qu’un symptôme sur une partie du corps est la manifestation d’un déséquilibre qui affecte le corps entier, le choléra est une maladie de l’humanité toute entière bien que ce soit les misérables de tous les temps qui aient toujours payé la plus grande part de souffrance et de mort dans ces épidémies.

2.2. ETIOLOGIE ET MODE DE TRANSMISSION

L’agent étiologique est le Vibrion Cholerae, germe gram négatif aérobie. Les anti-corps qui se développent abondamment dans le sérum des malades après 5 à 7 jours n’accordent pas une immunité durable ce qui rend possible les réinfections. Le Vibrion cholerae fut découvert par Koch en Inde en 1884. Il existe deux biotypes, le classique et le El Tor, ce dernier découvert par Gotschlich en 1906 sur des pélerins en provenance de La Mecque et examinés sous quarantaine de El Tor en Egypte (21:9).

Les deux causent des infections qui ne peuvent être différenciées cliniquement mais seulement au travers d’examens de laboratoire. Il existe pourtant des différences biologiques et épidémiologiques entre eux:

En général le El Tor est plus résistant, c’est à dire qu’il survit plus de temps dans le milieu.

En général les cas dûs au El Tor sont plus légers ou asymptomatiques.

Les cas secondaires dans les familles sont moins fréquents dans les infections par le El Tor. Avec le type classique c’est très fréquent et c’est ce qui était un des facteurs majeurs de terreur et d’angoisse au cours des épidémies du siècle dernier où lorsqu’il y avait un cas dans une famille, celui-ci était généralement suivi par plusieurs autres (3:301) sans que l’on sache comment se produisait la transmission.

On a observé des cas de porteurs chroniques du El Tor. Normalement les germes disparaissent des selles et après 7 à 10 jours ne sont plus éliminés (21:13). Les porteurs chroniques sont rares mais Hahnemann nous parlait déjà d’eux dans son article sur le Mode de Propagation du Choléra Asiatique (1831)(15:758) « Des individus apparemment en bonne santé qui ont été fréquemment exposés au danger de l’infection se sont graduellement habitués à elle », et apportèrent la maladie en d’autres endroits. Dans une autre partie du même document il nous dit que « le matériel contagieux du choléra consiste probablement en d’incalculables et invisibles êtres vivants ennemis de la vie humaine »,(15:758) bien que l’on n’ait pas relié la propagation aux déjections des malades.

Déjà en 1855, nous trouvons chez Francisco de Paula Candido: »Selon les observations d’hommes instruits répétées encore cette année en Europe, les matières évacuées par les malades du choléra et leurs vêtements sales sont les moyens les plus puissants de communiquer le mal d’une personne aux autres »(4:10), bien que l’on pensât que la contaminations se fasse par l’air. Plus loin, le même auteur dit « On doit prendre les plus grandes précautions avec l’eau potable laquelle sera chaque fois que possible recueillie sur un tertre ou une élévation avant de descendre dans les plaines où elle se détériore »(4:12).

Dans une étude classique en 1857, Snow décrit un foyer de choléra à Londres et accuse l’eau contaminée comme source de la maladie(7:238).

Le temps de survie du vibrion cholérique dans l’eau dépend de plusieurs facteurs tel que le ph, la richesse en bactéries. Il ne survit pas longtemps en eaux superficielles principalement à une température chaude, sauf dans les cas de contamination répétée. A basses températures (5 à 10 degrés) il survit durant 60 jours dans l’eau de mer, ce qui est important dans un pays de littoral étendu, comme le notre, où les égouts sont fréquemment rejetés dans la mer sans le moindre traitement. C’est un germe fragile qui supporte mal les ambiances défavorables comme la sécheresse, la lumière du soleil et la compétition avec d’autres germes. Il est viable pendant plusieurs jours dans les aliments alcalins et humides. La source primaire d’infection est l’homme malade ou le porteur asymptomatique dont les germes sont éliminés par les selles, les vomissements et occasionellement par l’urine. On note des cas d’infection biliaire chez l’adulte chez lequel la présence intermittente de vibrions dans les selles persiste durant des années.

3. Susceptibilité

cholera2Pour n’importe quel homéopathe, parler de susceptibilité revient à « marcher en terre sainte » étant donné le sentiment de profonde vénération envers le génie de Hahnemann qui, des siècles en avance sur son temps nous dit dans l’art. 31 du Organon:

« Les influences délétères – tant psychiques que physiques – auxquelles nous sommes exposés au cours de notre existence sur terre et que nous appelons agents pathogènes, ne possèdent pas inconditionnellement le pouvoir d’altérer la santé de l’homme. Nous ne tombons malades sous leur influence, que lorsque notre organisme, en état de moindre résistance, est suffisamment prédisposé à ressentir l’atteinte de la cause pathogène présente, pour que la santé soit altérée, perturbée au point d’expérimenter des sensations et fonctions anormales. C’est pour cela que toutes les personnes ne tombent pas malades, ni toutes en même temps (17:41).

Et dans l’essai « Esprit de la Doctrine Médicale homéopathique »:

« C’est seulement quand ces agents pathogènes nous agressent avec un degré très accentué et que nous sommes spécialement exposés à leur influence que nous tombons malades, mais même ainsi, nous ne devenons gravement malades que si notre organisme possède un côté particulièrement impressionable, un côté faible (prédisposition) qui le rend plus disponible à être touché par la cause pathogène en question … »(16:13).

Lorsque nous lisons un texte actuel du Ministère de la Santé sur la susceptibilité au choléra nous pouvons entendre en fond les paroles de Hahnemann et nous rappeler l’astronome turc du Petit Prince qui dut porter des vêtements modernes pour devenir crédible:

« La suceptibilité et l’immunité au choléra varient amplement. L’achlorhydrie gastrique augmente le risque d’être atteint par la maladie. La charge infectieuse est variable, dépendant de l’acidité stomacale, de la quantité et de la nature des aliments dans l’estomac et d’une infection préalable par le vibrion cholérique qui produit une certaine immunité. Dans les aires endémiques, la majorité des personnes possède des anticorps au début de l’âge adulte « (21:14).

Au début d’une épidémie la maladie touche principalement le sexe masculin et la population adulte. Avec la progression de l’épidémie la différence entre les sexes disparaît et l’incidence est supérieure chez les enfants (21:14).

Tous les auteurs du siècle dernier observèrent que l’épidémie présentait une plus grande violence au début , avec des taux élevés de mortalité, des formes graves et une évolution rapide. Avec le temps, elle commençait à prendre une forme plus bénigne, ce qui est compréhensible après ce que nous avons vu sur la susceptibilité.

Sur cela João Vicente Martins nous dit :

« La première phase du choléra épidémique à Paris, c’est à dire, durant les quinze premiers jours, le passage des deux premières périodes jusqu’au frisson était si rapide qu’il ne semblait être qu’une seule période… A mesure que l’épidémie déclinait, elle se limitait aux symptômes de la première et seconde périodes. Le retour de certaines maladies qui régnant avant l’épidémie et qui avaient cessé pendant son existence marqua la fin de l’épidémie »(20:140).

4. Pathogénie et Physiopathologie

La période d’incubation est courte, en moyenne 2 à 3 jours, les vibrions pénètrent dans l’organisme par voie orale et affrontent les conditions adverses du ph acide du suc gastrique ainsi que la compétition avec les bactéries intestinales. Dans l’intestin grêle, le milieu alcalin favorise la prolifération, le résultat étant la libération massive d’endotoxines et de produits toxiques qui provoque un processus aigü avec de grandes altérations de la perméabilité de la paroi, responsables de la perte intense et subite d’eau et d’électrolytes (Na+,K+,Cl- et HCO3-) qui conduit rapidement à un tableau de déshydratation. On sait que les vibrions restent habituellement confinés dans la lumière intestinale et sont rarement isolés dans d’autre partie du corps. L’altération est surtout fonctionnelle (peuvent toutefois survenir des formes compliquées de lésions cellulaires apparues pendant la période de choc).

La pompe de sodium est préservée, permettant la réabsorption de Na en présence de glucose, ce qui explique l’efficacité notable de la réhydratation orale dans le traitement de la maladie (21:20). C’est ce qui a permis aux homéopathes du siècle dernier, avec le contrôle rapide des symptômes par les médicaments homéopathiques et l’ingestion de liquides, d’obtenir un résultat clinique spectaculaire.

D’autre part, si le traitement est tardif ou inadéquat, on ne pourra éviter que la maladie évolue vers de graves altérations physiopathologiques telles que l’insuffisance rénale aigüe, les dommages propres à l’hypokaliémie comme l’iléus paralytique, l’arythmie et l’arrêt cardiaque, en plus du cadre de choc irréversible dû à la libération de produits toxiques résultants de mort cellulaire dans diverses parties du corps. Ceci a été prouvé dans l’étude de 102 cas de choléra traités par les homéopathes de l’infirmerie de Notre Dame de la Conception de la Sante Casa de Misericórdia.

5. – Phases évolutives et symptômes

Le spectre clinique des manifestations du choléra présente une grande amplitude, depuis les infections inapparentes jusqu’aux cas foudroyants.

« Les symptômes sont rarement observés réunis chez un seul et même individu. Le choléra présente une extrême variété dans l’ordre et la succession des symptômes : quelquefois la maladie consiste en une simle indisposition générale et un sentiment de faiblesse sans vomissements ni crampes avec la disparition de tous les symptômes après 24 heures. Dans d’autres cas, les malades, victimes de toute la violence du mal succombent en 3 à 4 heures. Ce sont ici les deux degrés extrêmes entre lesquels il peut y avoir d’incalculables graduations ». (20:137).

Nous présentons ici une synthèse des descriptions des cliniciens homéopathes et allopathes qui firent des observations détaillées des épidémies du siècle dernier. Certaines descriptions sont de véritables oeuvres d’art, si vivantes qu’elles dessinent dans l’esprit du lecteur l’image de la maladie, la souffrance du malade, l’émotion du médecin, et le cadre complet vécu à l’époque 5. Il est regrettable que la médecine moderne ait perdu cet aspect clinique.

La classification de la maladie en phases évolutives vise à une meilleure évaluation du traitement et du prognostic. Cette classification fait ressortir l’importance du traitement précoce. Aux symptômes observés dans telle ou telle phase correspondent des médicaments précis.

Toutefois, cette classification n’est d’aucune façon absolue, ainsi que nous le rappelle João Vicente Martins: « il n’y a pas de médicaments qui puissent toujours guérir quelque soient les symptômes ». Celui-ci rappelle encore que « le choix du médicament doit être établi en fonction de la comparaison des symptômes da la maladie avec une pathogénésie, plutôt que d’après les subtilité d’une classification systématique »(20:237).

Nous gardons dans la mesure du possible la description des symptômes tels qu’on les trouve dans les textes.

1ère PERIODE: PRODROMIQUE

cholera3« En temps d’épidémie cholérique, les indispositions plus légères en apparence ne doivent pas être négligées parce qu’elles sont souvent le prélude ou le début de la maladie elle-même. Il faut considérer comme influencée, même tant soit peu, par le génie épidémique, toute personne qui présente les conditions suivantes: diminution des forces physiques, indisposition générale, angoisse, visage pâle et froid, refroidissement général, brûlures d’estomac, crampes dans les jambes et les autres muscles, engourdissements des doigts »(8:27).

 » Il y a peu de gens à Paris qui ne sentirent pas l’influence du génie épidémique… (20:129). « Plusieurs fois les symptômes ne sont pas graves mais en présence d’une affection comme le choléra aucune indisposition n’est indigne d’attention. Plus de 9 individus sur 10 attaqués par la maladie ressentirent pendant quelques heures plusieurs de ces symptômes » (20:31):

– La force du patient décline, il ne peut plus se tenir debout. Désespéré et angoissé. (15:753).

– Sensation de malaise, diminution des forces physiques et morales. Insomnie, légères douleurs abdominales, nausées, bouche sèche, vomissements et déjections variables verdâtres, jaunâtres, sanguinolentes, obscures ou alvines ou avec des restes alimentaires (1:21).

– Perte de l’appétit, sensation de plénitude gastrique, de poids. Coliques légères ou flatulences. Douleur vive dans l’estomac (18:3).

– La diarrhée prodromique qui apparaît généralement la nuit peut durer pendant quelques heures ou quelques jours et devient plus liquide et plus pâle.

– Tristesse, pâleur, bourdonnements dans les oreilles, vertiges.

Pourtant quelquefois, la violence de l’attaque est telle que le malade succombe de forme foudroyante avant de présenter une diarrhée (choléra sec). Les intestins peuvent être dilatés, pleins de liquide qui n’est pas expulsé. L’hypopotassémie qui génère des altérations neuromusculaires, un iléus paralytique et une dépression myocardique peut expliquer ces morts.

Nous insistons sur l’importance de la valorisation des symptômes de cette phase. L’analyse de cas cliniques homéopathiques montre que pratiquement tous ceux qui furent traités précocement n’atteignirent pas la seconde période ou eurent une évolution bénigne et une guérison complète et rapide en terme de minutes ou d’heures. Le principal médicament utilisé pendant cette période fut le Camphora, sous la forme recommandée par Hahnemann.

2ème PERIODE : INVASIVE OU CHOLERIQUE

Ce qui caractérise cette période est la diarrhée abondante, incoercible, avec perte du contrôle sphincterien et de très nombreuses déjections journalières. Les selles ont un aspect caractéristiques d’eau de riz avec du mucus flottant et une odeur particulière de poisson. Les vomissements bilieux au début, finissent par ressembler aux selles. Le malade perd des litres en quelques heures. Le ventre est retracté, le pouls chaque fois plus faible. L’haleine est froide. Il y a une soif violente pour des boissons froides, étant donné que les boissons chaudes sont immédiatement vomies. Il y a une anorexie complète.

Le faciès du malade est caractéristique, émacié, les yeux enfoncés, cerclés de cernes noires, une voix de timbre caractéristique (voix cholérique). Peau sèche et froide aux extrémités.

Selon João Vicente Martins, « celui qui a vu deux cholériques ne peut plus se tromper »(20:35).

Il y a des crampes tourmentantes, principalement dans le mollet et l’abdomen. La peau est baignée de sueur froide et gluante mais « il n’y a pas encore le froid glacial, la nature tend à réagir « (20:35).

3ème PERIODE : ALGIDE (FROIDEUR), CYANOSE OU DE COLLAPSUS

Sans thérapeuthique appropriée, le malade a tendance à évoluer vers un état de collapsus où toute réaction vitale semble être éteinte, selon un développement que les anciens appelaient « la cadavérisation »: « La vie, comme si elle ne pouvait atteindre tous les points de l’organisme, abandonnait la périphérie du corps, se rappelait au centre, reculait afin de se concentrer à l’intérieur mais même là pouvait à peine se maintenir »(25:15).

Il y a un refroidissement de tout le corps, couvert par une sueur froide, visqueuse, gluante (peau de batracien). Le malade ne perçoit pas le refroidissement, bien au contraire, il se plaint de chaleur insupportable. Couleur bleue, visage de cadavre, yeux ternes, virés vers le haut, enfoncés dans les orbites. Ventre douloureux au toucher.

La peau est ridée, surtout les doigts (main de blanchisseuse). Le pouls est rapide, faible ou absent.

Troubles cardiaques, diminution des bruits à l’auscultation, cyanose, collapsus périphérique, anurie. La respiration est rapide et superficielle.

Le malade est prostré, pouvant toutefois être agité, bougeant continuellement dans son lit ou bien apathique, résigné, avec un triste pressentiment de sa fin. Généralement il conserve la lucidité et l’intelligence intacte jusqu’à la mort. Il se plaint de brûlure dans la poitrine et de soif intense. Les crampes peuvent être très intenses et les évacuations peuvent diminuer.

4ème PERIODE : REACTION

Si le malade ne succombe pas aux périodes de l’invasion ou du collapsus, la maladie change d’aspect et prend les caractéristiques d’un état fébrile connu généralement comme période de réaction (8:39). Cette période est généralement annoncée par le retour du pouls (1:25).

La réaction sera toujours soutenue par les médicaments qui l’ont provoquée (8:40).

Il y a interruption graduelle des évacuations, la peau se couvre de sueur chaude. Le pouls s’améliore, la diurèse se rétablit. Il y a réapparition de bile dans les déjections et le malade est sur le chemin de la guérison.

Parfois la réaction est faible et le malade retourne à la période algide. Parfois la réaction est irrégulière et lorsque les symptômes de la période algide disparaissent s’installe un état fébrile plus ou moins grave. Le cadre peut évoluer vers des symptômes de méningite encéphalique avec rougeur sur le visage, conjonctivite, quelquefois excitation, convulsions, rigidité du cou, coma et mort. Il peut également évoluer vers un état typhoïde (Typhos = stupeur) avec fièvre élevée, délire, langue fuligineuse, diarrhée verdâtre ou sanguinolante, fétide, exanthèmes cutanés, etc.. Il peut y avoir d’autres complications comme pneumonie, gangrène des extrémités, etc…

Dans les Maladies Chroniques, Hahnemann attire l’attention sur le fait que les grandes maladies épidémiques après avoir parcouru leur cycle, spécialement sans traitement homéopathique censé « laissent l’organisme tellement ébranlé et irrité que beaucoup de malades qui semblaient avoir récupéré présentent des désordres chroniques qui peuvent atteindre un degré élevé à cause de l’activation de la psore latente, pouvant même entraîner la mort s’ils ne sont pas traités par des antipsoriques » (14:34).

Ceci démontre encore une fois la nécessité d’une médication attentive basée sur le critère de similitude avec la totalité symptomatique qui doit constamment être réévaluée.

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