Carcinosin – Edouard Broussalian

Par le Dr. Edouard Broussalian

Introduction
Les antécédents familiaux
Les oppositions et états alternants
Le besoin de tout contrôler, le comportement tatillon, l’anticipation

Une personnalité extrêmement sensible

Comment débusquer Carcinosin

Quelques cas cliniques

Conclusions

Testez vos connaissances sur Carcinosin

name= »(Note 1 return) » id= »(Note 1 return) »>(Note
1)
: Voir plus loin le récapitulatif des rubriques de
Carcinosin et leurs valorisations relatives.
(Note
2)
:Hormis les parutions récentes, je vous conseille la
lecture d’un recueil en Français réalisé à l’occasion d’un séminaire sur
Carcinosin avec Alfons Geukens, qui s’intitule: «Carcinosinum». En outre,
je me suis inspiré dans ma présentation d’un excellent article signé Don
Webley dans le Volume I de la revue Homeopathy on Line

Introduction

La fréquence des cancers dans notre société devrait inciter à penser qu’un nosode comme Carcinosin soit fréquemment indiqué, bien plus encore par exemple que Tuberculinum. Pourtant c’est un remède rarement voire jamais prescrit, dans notre pays tout au moins. Dans mon expérience c’est un remède qui peut presque rivaliser en fréquence avec Pulsatilla, c’est dire que le méconnaître risque de vous faire passer à côté de bien des cas que vous pourrez autrement soulager
avec un ou plusieurs médicaments apparemment bien choisis mais qui ne parviennent jamais à obtenir un résultat stable.
La rareté de sa prescription s’explique par deux facteurs :

  • C’est un nouveau médicament, introduit notamment par Pierre Schmidt à partir d’une dynamisation de cancer du sein, voici tout juste 50 ans. La matière médicale de ce nosode est peu connue, encore moins diffusée, et bien entendu encore très fragmentaire.
  • Seuls les répertoires les plus modernes en ont intégré des symptômes. Inutile de dire que vous ne le trouverez pas dans le bon vieux Kent. C’est seulement depuis Barthel qu’on le repère dans des rubriques ; le Synthesis ainsi que le Murphy contenant d’autres mises à jour (attention cependant, car on commence à assister au phénomène de mode inverse : tout est mis à la sauce Carcinosin et pas mal d’ajouts sont plutôt douteux). Dans ma traduction, et donc dans PcKent, vous trouverez Carcinosin dans 255 rubriques provenant principalement de Schmidt (notes sur son répertoire personnel que j’ai eu la chance de posséder), Stephenson (Hahnemannian Provings, A Materia Medica and Repertory, 1963), Foubister et Templeton (les grands expérimentateurs du remède, les premiers à avoir publié une vaste expérience clinique du remède, surtout chez les enfants), et d’autres.

En attendant de nouvelles pathogénésies, notre Carcinosin fait donc figure de parent pauvre face à des Phosphorus, Tuberculinum, ou autres. La notion de valorisation relative que j’ai introduite dans PcKent pour lutter contre les disproportions statistiques donne en pratique d’excellents résultats et permet de ramener au premier plan le remède lors de la répertorisation (Note 1). Cependant, ne nous leurrons pas, Carcinosin demeure un médicament dont l’indication s’évoque devant un faisceau d’arguments plutôt qu’en l’obtenant dans un calcul répertorial.
Plutôt qu’un travail exhaustif sur ce nosode ce sont comme d’habitude les arguments cliniques que je vais choisir de vous exposer maintenant. Tous ceux désireux d’approfondir la question pourront ensuite se plonger dans la littérature quasi exclusivement en langue anglaise (Note 2). Notre site sera un endroit privilégié d’échanges sur ce remède et je suis persuadé qu’ainsi notre connaissance de Carcinosin risque de faire un bond en avant dans les prochaines années.

Les antécédents familiaux

Evidemment, comme tout nosode qui se respecte, des antécédents familiaux cancéreux se retrouvent volontiers chez un sujet Carcinosin. Raison de plus pour prendre une observation aussi détaillée que possible, il est parfois effarant de constater que les quatre grand parents sont tous décédés de cancer. Une telle situation devra bien sûr vous mettre sur la piste mais ne suffit pas à elle seule. A l’inverse, il existe des cas de Carcinosin sans pour autant retrouver d’antécédents cancéreux notables, cependant vous retrouverez volontiers des histoires de maladies chroniques graves, affections psychiatriques, diabète, et dans une moindre mesure, tuberculose.
Un point mérite l’attention : quand un enfant a besoin de Carcinosin, il ne m’est pratiquement pas arrivé de trouver le remède indiqué chez ses parents. Par contre si un sujet Carcinosin a des enfants, vous pouvez être sûr d’en retrouver l’indication dans la descendance. Don Webley trouve une belle image pour se faire une idée de cette situation, il écrit : « c’est comme si le nombre de maladies suggestives dans la famille avait besoin d’atteindre une certaine masse critique avant que le miasme cancéreux n’explose ». Cela donne des frissons dans le dos quant à l’avenir du genre humain… En tout cas, Carcinosin est certainement appelé a devenir LE nosode de notre époque moderne, détrônant le Tuberculinum du siècle précédent.
Notons tout de suite combien ces deux-là se ressemblent : mêmes états contradictoires et alternants, même position génupectorale pour dormir, même envie de voyage. Cette ressemblance apporte de l’eau au moulin des nombreux confrères qui affirment, sans qu’il soit certainement possible de le prouver un jour, que le développement actuel du cancer serait dû à la suppression de la tuberculose. Pour ma part j’ai cru constater une nette corrélation entre des affections allergiques (rhume des foins, etc.) et des antécédents tuberculeux. Il faut aussi noter la ressemblance nette avec Medorrhinum : position génupectorale, sensibilité et surtout amélioration à l’océan, excitation sexuelle chez l’enfant, envie de sucreries, de sel, de gras.

Les oppositions et états alternants

On appelait jadis la syphilis la grande imitatrice, Carcinosin mérite à son tour cette appellation tant ses symptômes peuvent varier du tout au tout, ce qui ne manque pas de désorienter. Il n’est pas rare qu’un sujet de Carcinosin dise « j’adorais la moutarde ou les oufs, mais maintenant j’en ai la nausée rien que d’y penser ». Bien sûr vous savez que tout remède possède une action bi-phasique, action-réaction en quelque sorte, par exemple Natrum muriaticum provoque chez bien des expérimentateurs l’envie d’ajouter du sel sur leurs plats, mais bien vite apparaît ensuite le dégoût pour ce condiment. Mais la différence chez Carcinosin c’est que ici un même sujet oscille volontiers dans le temps: tantôt il a une envie pour une chose, tantôt un dégoût pour celle-ci. Ce côté excessif est évocateur du remède : l’enfant est hyperactif, n’arrive pas à s’endormir, il bouge beaucoup dans la journée, et même chez l’adulte on retrouve ce besoin de danser caractéristique [Tarent, Sep] quand il tombe malade c’est avec des fièvres élevés [Bell], etc.
Ces antagonismes permettent donc de classer Carcinosin dans la rubrique Etats Contradictoires et alternants à côté d’Ignatia, Pulsatilla, et Tuberculinum ainsi que dans la rubrique Changement continuel des symptômes. Ce côté polymorphe étonne toujours car le même remède peut convenir à un enfant introverti et tatillon aussi bien qu’à un autre agité, vexé facilement. D’ailleurs il arrive fréquemment qu’une mère amène un enfant parce qu’il est insupportable, batailleur, etc. et que celui qu’on vous décrit comme un véritable monstre se comporte adorablement dans votre bureau, aussi sage qu’un vrai petit Pulsatilla. Encore un peu et vous finirez par dire que Carcinosin ne ressemble à rien tant il ressemble à d’autres remèdes : mais c’est là son empreinte. Rappelons nous qu’il n’existe pas un cancer mais des cancers qui ont tous en commun ce développement tissulaire anarchique, cette énergie débridée. Il fallait bien qu’un nosode issu de cette pathologie possède ce trait, de même que le sujet Carcinosin donne l’impression de cette énergie débordante incontrôlée. Nous verrons plus loin lesdiagnostics différentiels avec les principaux remèdes qui peuvent se confondre avec Carcinosin. Mais il faut retenir que Carcinosin est le trait d’union chaque fois que chez un malade on a un groupe de symptômes qui indiquent Phos, un autre Nat-m, et aussi un autre Puls. Maintenant que nous avons vu à quoi ressemble Carcinosin, voyons les points qui lui sont caractéristiques.

Le besoin de tout contrôler, le comportement tatillon, l’anticipation

Vous trouvez la rubrique page 103 du Répertoire. Il y a de nombreux ajouts d’auteurs divers, et je pense qu’on peut encore y ajouter Nat-m. En tout cas dans cette liste les quatre les plus fréquemment indiqués sont Ars, Carcinosin., Med, et bien sûr Nux-v. Il faut bien comprendre la différence entre les rubriques Tatillon et Consciencieux pour des broutilles, quoique par sécurité les deux sont référencées entre elles ce qui est fort pratique dans PcKent.
Tatillon recense les remèdes qui sont très attachés par exemple aux règlements, observent tout ce qui est prévu à la lettre, etc. Le prototype en est le « bureaucrate tatillon » qui exigera que tel formulaire soit dûment rempli, telle case cochée, etc. Dans le même ordre d’idées, mais avec sa nuance qui lui est propre, vous verrez le Nux-v se mettre en colère car il n’a pas respecté sa moyenne, qu’il prévoyait d’arriver à tel endroit à telle heure, etc.
Consciencieux est celui qui obéit littéralement à sa conscience morale. Il fait les choses bien car elles doivent être bien faites, en n’hésitant pas à fignoler ; le tatillon quant à lui s’est érigé ce comportement en règlement rigide, souvent quasi
rituel. Pour en revenir à notre sujet, Carcinosin possède ce trait de façon marqué : il faut qu’il prévoie tout minutieusement à l’avance (ce qui a souvent le don d’exaspérer le conjoint). Don Webley interprète ce besoin de contrôle comme le refus de la mortalité, comme si le sujet Carcinosin ressentait intérieurement un potentiel destructeur prêt à se déchaîner et qu’ainsi le sujet pense que s’il parvenait à conserver son environnement impeccable ou son visage parfait, alors il pourrait vivre indéfiniment. Je vous livre cette interprétation pour vos méditations, il est vrai que dans une grande mesure on pourrait aussi dire cela d’Arsenicum.
Toujours est-il que vous verrez Carcinosin prendre grand soin de tout ce qui l’entoure : soins corporels, intérieur bien tenu, etc.
Un tel sujet sera souvent complètement paniqué au moindre bobo : un bouton semble les défigurer, une cicatrice est hideuse, etc. Chez certains adolescents cela confine à la dysmorphophobie.
Quelle différence y a-t-il avec Arsenicum ? Eh bien en prenant le cas d’une mère inquiète qui donne des conseils à sa fille qui part seule en voyage, Don Webley rapporte ce magnifique exemple qui résume tout. La mère Arsenicum va enquiquiner sa fille pour qu’elle prenne grand soin d’elle, ne fasse pas de stop, regarde en traversant, mette sa ceinture de sécurité, fasse attention car là où elle va ils conduisent comme des sauvages, etc. de peur qu’il ne lui arrive un accident mortel et surtout que sa fille pense bien à l’appeler. La mère Carcinosin voudra que sa fille soit impeccable tout au long de son voyage, qu’elle pense bien à laver ses affaires et à se changer tous les jours, surtout qu’elle mette bien une culotte propre car que penserait-on d’elle s’il lui arrivait un accident et qu’on lui découvre des dessous douteux ?
De tout cela découle un autre trait caractéristique : l’anticipation. Le besoin de contrôler associé souvent au souci de se conformer à ce qu’on attend d’eux les rend affreusement anxieux du futur. Dans mon expérience, c’est peut-être le remède qui présente le plus de trac à côté de Silicea, Argentum, Phosphorus, et Lycopodium. Une belle rubrique vous attend page 7. Tous les symptômes dont je viens de parler trahissent le point suivant.

Une personnalité extrêmement sensible

Vous trouverez Carcinosin dans les rubriques Sensibilité, notamment à la musique et aux réprimandes. Cette sensibilité aux réprimandes est très caractéristique de Carcinosin qui rivalise ici avec Calcarea carbonica, Ignatia, Lycopodium, et par dessus tout Staphysagria. Si les goûts alimentaires de Carcinosin ne sont pas présents, je pense que le diagnostic différentiel avec Staphysagria est carrément impossible tant les remèdes sont proches. On dit classiquement qu’une éducation très rigide, voire même des brutalités dans l’enfance mènent à Carcinosin, on se doute en effet comment tout cela peut retentir sur un sujet aussi sensible, mais là encore la distinction avec Staph n’est souvent pas évidente.
Le côté affectueux chez ce sujet extrêmement désireux de plaire peut faire penser à Pulsatilla avec lequel on le confond le plus souvent, d’autant que Puls anticipe aussi beaucoup, pleure aussi en parlant de ses symptômes, est aussi aggravé à la chaleur d’une pièce. Dans une telle situation, si vous n’avez pas les goûts alimentaires de Carcinosin, vous risquez d’avoir du mal à séparer les deux remèdes. Dans ce cas de figure, je vous rappelle la règle de sécurité essentielle : prescrire d’abord le remède végétal. Si Carcinosin était indiqué en réalité, Pulsatilla sera de quelque effet dans une première prise, puis vraisemblablement ne donnera plus rien. Il n’y aura alors plus qu’à donner Carcinosin.
Encore un cran au-dessus dans la sensibilité, la compassion, l’anxiété pour autrui (rubrique où il faut ajouter Carcinosin, que j’ai hélas omis dans l’édition actuelle du Répertoire), le désir de compagnie, l’extrême sensibilité peuvent aussi ressembler à Phosphorus. Là encore, le diagnostic différentiel est parfois impossible, bien que l’on puisse encore faire de belles théories sur le sentiment de culpabilité de l’un ou l’autre remède. En pratique, les hémorragies de Phosphorus, les antécédents tuberculeux, l’absence de réaction au BCG risquent d’aider dans le choix. Chez certains sujets, cette sensibilité s’exprime par un côté offensé facilement, ce qui permet de comparer le remède avec Tuberculinum et Sepia. On retrouve comme Sepia le besoin de danser, et le côté hyperactif quoique Sepia soit réellement amélioré par l’effort physique alors que ce n’est pas le cas de Carcinosin. Souvent les signes gynécologiques ainsi que les antécédents d’angines répétées permettent de valoriser Sepia (Carcinosin a plutôt une inflammation chronique de la gorge ; Sepia aussi d’ailleurs, mais c’est un signe bien moins fréquent que les angines répétées). Dans la céphalée, Sepia possède la douleur typique au-dessus de l’oil gauche, alors que c’est le contraire dans Carcinosin. Enfin, Sepia est aggravé au plein air alors que Carcinosin est aggravé dans une pièce trop chauffée.
Quant à Tuberculinum, c’est fondamentalement un remède plus « méchant » d’enfants qui ont un caractère destructeur, qui se frappent la tête ou les autres, alors que Carcinosin continuera d’être gentil quoi qu’il arrive. La seule forme d’anticipation chez Tuberculinum réside dans la crainte d’aller chez le dentiste, son irritabilité au réveil est caractéristique, d’ailleurs l’enfant Tuberculinum est avant tout irritable alors que celui de Carcinosin est volontiers triste et anxieux, jouant volontiers à l’écart des autres. Un signe départage encore ces deux remèdes : Tuberculinum possède une sensibilité au bruit seulement avec une énorme valorisation relative, alors que Carcinosin est sensible d’une façon beaucoup plus
générale. Un mot encore sur l’aggravation par la consolation qui évoque aussi Natrum muriaticum avec lequel Carcinosin est souvent confondu. Les envies alimentaires peuvent être très proches. Des souvenirs pénibles peuvent avoir marqué le sujet : dans les deux cas on trouvera le ressassement. Une première nuance est à mon avis que le Natrum muriaticum axe pratiquement son existence sur ce ressassement, comme le dit fort joliment Lathoud, c’est le remède
de la haine d’Indien. Nat-m sera mécontent de tout, alors que Carcinosin. l’est surtout de lui. Natrum muriaticum est solitaire et possède une aversion marquée pour la compagnie, se réveille parfois difficilement et ne cause pas le matin, a volontiers la nostalgie. Au contraire, Carcinosin a besoin de compagnie, est très volubile le matin, et ne se soucie pas de nostalgie car il adore voyager. Enfin, Natrum muriaticum est aggravé avant ou pendant l’orage alors que Carcinosin est amélioré pendant, adore contempler les éclairs, au point même qu’il peut être aggravé après l’orage. J’arrête ici les comparaisons qu’on peut établir entre tous ces remèdes. Les utilisateurs de PcKent pourront se régaler avec le Diagnostic
Différentiel. Il suffit par exemple d’entrer la rubrique Position génupectorale, et de choisir ensuite avec quel remède comparer Carcinosin.

Comment débusquer Carcinosin

Le plus souvent on pense à Carcinosin devant un cas qui ressemble à un médicament bien connu mais qui possède d’autres signes ne cadrant pas. C’est typiquement un remède que l’on commence à prescrire quand on a de la bouteille en homoéopathie. Ainsi, on trouvera une sorte de Pulsatilla qui aime le sel. Une sorte de Phosphorus qui dort sur le côté droit et qui adore les éclairs. Une sorte d’Arsenicum très anxieux qui se caractérise souvent par des envies alimentaires bizarres.

  • Les antécédents évocateurs.
    Nous l’avons vu, les antécédents familiaux de cancer, diabète, folie, alcoolisme, et autre maladies grave doivent évoquer le remède. De même qu’une éducation trop rigide (je n’étonnerai personne en disant que le contraire peut arriver : on le trouve indiqué chez des enfants qui n’ont purement et simplement pas reçu la moindre éducation). Mais bien sûr comme tout autre remède Carcinosin sera aussi bien prescrit d’après les seuls symptômes du cas. Plus nous découvrirons sa pathogénésie et moins nous nous cramponnerons aux antécédents.
  • Les pathologies évocatrices.
    Insomnie de l’enfant, constipation dans l’enfance avec souvent un prolapsus du rectum ou des fissures anales. Les fièvres intenses, d’ailleurs souvent bien supportées. L’allergie avec le rhume des foins au premier plan. Les suites vaccinales.
  • Les signes psychiques.
    Anticipation et comportement tatillon. L’extrême sensibilité. A la musique (qui peut les faire pleurer, ou bien danser). A l’orage (Carcinosin adore regarder les éclairs, cela se trouve à la rubrique Gaietétemps d’orage). Aux réprimandes.
    Ce sont des gens qui adorent la compagnie mais ont horreur de la foule. Suites de peines ou de souffrances prolongées (notamment parents ou conjoints qu’on supporte depuis des années, etc.). Suites de frayeur (Foubister). Noter l’extrême excitation sexuelle. Les enfants Carcinosin se masturbent très souvent.
  • Les signes cutanés.
    On rencontre dans la littérature les taches café au lait, souvent circulaires, en pratique vous les verrez peu (ne prenez pas non plus un Recklinghausen pour un cas de Carcinosin). On cite aussi les grains de beauté très foncés. Surtout la coloration bleutée des conjonctives se retrouve très fréquemment (en dehors de tout syndrome des os de verre). J’ai déjà ajouté Lyc et Sep à cette rubrique. Vous pouvez encore y adjoindre Tub. Enfin, la fréquence des molluscum. Ceci est une observation personnelle que je n’ai pas trouvée dans la littérature. J’ai concocté une rubrique dans PcKent qui devrait rendre de bons services.
  • Les désirs et aversions alimentaires.
    On rencontre le plus fréquemment le désir de sel, de gras, de fruits, d’oeufs. Les aversions pour ces aliments existent tout autant.
    Deux désirs sont prééminents :
    a) Les choses assaisonnées. Ce qui rapproche de Phos, Nat-m et Sep.
    b) Mais surtout le chocolat. Pour moi les trois remèdes qui aiment le chocolat sont Carcinosin, Hydrophobinum et Sepia. Plusieurs auteurs (voir le recueil sur Carcinosin publié à Hechtel) citent l’envie de soupe comme caractéristique. Cela demande à être confirmé par de nouvelles observations. Vous savez que c’est un signe de Nat-m et surtout de Calc-ar.
  • Les signes généraux.
    Ils sont rares, comme on s’en doute… Retenons < dans une pièce trop chauffée (valorisation relative de 2 points) et > en plein air tout comme Pulsatilla.
    Suites de maladie aiguë grave.
    Sensibilité à l’océan (< ou >).
    Changement continuel des symptômes. Etats contradictoires et alternants.
    Temps d’orage : > pendant, < après.
    Enfin les tics et saccades musculaires que l’on peut trouver partout, et surtout aux yeux.
  • Chez l’enfant.
    La transpiration de la tête en dormant (dans cette rubrique ajoutez Carcinosin et Tuberculinum), la position génupectorale, l’insomnie, sont fréquemment rencontrées. L’enfant peut avoir un côté bagarreur, extraverti et agité, mais il existe aussi bien la forme introvertie avec la tristesse ou l’anxiété ainsi que le signe caractéristique de jouer seul à l’écart des autres. Don Webley mentionne aussi la position les bras en croix que je n’ai jamais encore rencontrée.
    La « responsabilisation » anormale vu l’âge. Ce sont souvent des enfants qui s’occupent des plus petits, se font du souci pour eux, etc. Vous voyez ici la nuance avec Lycopodium qui lui possède la volonté de dominer. On retrouve fréquemment des tics nerveux, surtout aux paupières. Enfin, l’excitation sexuelle est souvent de mise, avec tendance à la masturbation.

Quelques cas cliniques

En réalisant le présent article je constate que j’ai pratiquement une centaine de cas indubitables de Carcinosin dans mes cartons. J’en suis réduit à vous en choisir quelques uns au petit bonheur, faute de pouvoir parler de tous. Comme d’habitude j’ai préféré vous montrer les cas que j’ai ratés initialement afin que vous puissiez en retirer quelque enseignement, plutôt que ceux où j’ai d’emblée prescrit Carcinosin avec succès.

CAS 1 : enfant Dylan M.

Né en 87, je le vois pour la première fois en 92. Sa mère l’amène pour une toux chronique qui ne cède à rien depuis des mois et qui se renouvelle chaque année. Ce seul point d’appel doit faire évoquer Lycopodium (voir la rubrique Toux sèche chronique chez les enfants atteints de marasme), d’autant qu’il est mince. Il a un mauvais réveil. Il réclame toujours des salopettes car les autres vêtements le gênent autour de la taille. Présente très souvent des diarrhées. Dort à plat ventre, parfois à quatre pattes.
Prescription : Lyc M le 14 Mars. Revu fin Mai : toux stoppée net. Subsiste seulement la gêne pour les vêtements serrés. Répété Lyc M. Revu en Octobre : va très bien, seul le sommeil est instable, il se réveille en ayant peur. Lyc
XM
.
Dylan ira très bien jusqu’en Août 93 date à laquelle on me le ramène pour une anxiété qui demeure malgré Lycopodium. Je retiens qu’il est très méticuleux et supporte très mal la chaleur confinée. Commençant à envisager Carcinosin, d’autant qu’il y a de très nombreux antécédents familiaux cancéreux, je préfère donner d’abord Pulsatilla.
Prescription : Puls M le 2 Août 93. Revu en Janvier 94 : nette amélioration mais n’évolue plus. Puls M. Revu en Juin : Puls XM. En Mai 95 sa mère le ramène car il est bien moins anxieux mais « mal dans sa peau ». Il n’est pas sûr de lui, il faut toujours être avec lui. Il est très mûr. Cette fois, plus à tergiverser : Carcinosin M. Revu en Avril 96. Tout au long de l’année, il a été « impeccable ». Il fait du cheval, se passionne au point d’en faire tous les soirs. Il est resplendissant de forme, plus du tout de « blocages » anxieux. Il adore toujours les cornichons, la moutarde, le chocolat. Tout ce qu’il fait doit être la perfection. Sa mère ajoute : « il ne sait pas jouer, c’est toujours sérieux pour lui ».
Vous constatez que les signes pathologiques ont disparu mais la personnalité demeure. Aujourd’hui, devant un tel cas, je ne perdrai plus de temps à passer par Pulsatilla : au vu des antécédents et des symptômes, j’aurais donné Carcinosin d’emblée. Notons quand même qu’il a fallu un passage par Lycopodium avant que l’indication de Carcinosin n’apparaisse.

Cas 2 : Stéphane C.

Voici un bel exemple de comment rater Carcinosin jusqu’à ce qu’un élément nouveau surgisse. En l’occurrence ledit élément était que le fils de ce monsieur, asthmatique et allergique venait de répondre plus que favorablement à Carcinosin alors que jusqu’à présent Phosphorus l’avait bien amélioré. J’ai expliqué en préambule qu’un Carcinosin risque fort d’en avoir dans sa descendance. Comme j’avais échoué à soigner le père, le cas du fils risquait de m’éclairer. En effet, c’est un sujet très renfermé, du genre difficile à interroger, de ceux qu’on craint de rencontrer dans nos cabinets car on le sent très mal dans sa peau sans pour autant arriver à communiquer avec. En Mars 94 j’avais donné Nat-m XM car il ne se remettait pas d’une rupture amoureuse (il est séparé de la mère de son enfant). Sa sensibilité à la musique ainsi que son aversion pour le poisson m’avaient fait prescrire le remède, sans grande conviction vu la minceur des arguments.
Revu en Octobre 94, je note : échec relatif, semble aller un peu mieux. La compassion me fait donner cette fois Phosphorus XM. En Mai 95 : résultat nul, le moral est peut être meilleur, mais le bonhomme inchangé. Mais cette fois il veut enfin se livrer un peu. J’apprends qu’il se pose toujours plein de questions sur tout. Il se vexe très facilement. Ne supporte pas les réprimandes c’est pourquoi il accomplit son métier d’infirmier avec une « maniaquerie » que ses collègues supportent mal, d’ailleurs il se plaint de devenir de plus en plus tatillon. Enfant, il était toujours triste, taciturne, jouait à l’écart des autres. Un père décédé de cancer ainsi qu’une grand mère maternelle « folle » depuis longtemps. Je note enfin qu’il remarque lui-même combien ses symptômes sont changeants.
Carcinosin 200 produira une véritable révolution. Je le revois en Septembre 95, après seulement un suivi téléphonique. Son expression du visage a complètement changé, il est riant, ouvert, parle volontiers. Il a retrouvé sa bande de copains. Il a changé de mode de vie, et de copine… Et mange aussi du poisson.

Cas 3 : Danièle A.

Née en 1960 cette patiente a eu un cancer au sein droit, traité chirurgicalement, et se trouve en pleine ménopause artificielle. Elle faisait dans le passé des angines à répétition dont l’une a entraîné une néphrite. Elle est très autoritaire, méticuleuse. Eu ses première règles vers 11 ans. Malade en voiture. A horreur des huîtres. Bref, Lyc fera du bien de Septembre 95 jusqu’en Mai 96, date à laquelle Lyc XM ne donne rien. Etonné de l’échec du remède je lui donne Sepia devant le côté très frileux et le besoin de bouger. Elle se plaint aussi de douleurs de l’hypocondre gauche, > par la pression. En relisant le cas, je me demande encore comment je n’ai pas pensé à Carcinosin ! C’est le médicament que je lui ai
donné en Septembre 96. Je viens d’avoir des nouvelles téléphoniques qui sont très favorables : >> du mal au ventre, et des bouffées de chaleur. A suivre donc.

Cas 4 : Enfant Louis S.

Né le 11 Mai 87 cet enfant est amené par sa mère le 5 Avril 95, de la part d’une consoeur homoeopathe. Je n’ai plus les tests pratiqués mais pour résumer, il est multi-allergique et fait un asthme sévère qui est péniblement équilibré avec des corticoïdes inhalés et des béta-mimétiques. Pour compléter le tableau ORL, il a toujours le nez bouché. Les investigations ont montré une importante polypose nasale. Son asthme a été considérablement amélioré lors d’une cure à Quiberon, puis bien entendu, il est revenu à la case départ. Dans les antécédents on retient : une ostéochondrite du genou droit.· eu tous les vaccins (Pentacoq, ROR, BCG) auxquels il ne semble pas avoir spécialement réagi. · malgré le ROR, il a eu une rougeole carabinée et failli être hospitalisé (pas de commentaires sur l’efficacité et l’indication de ce vaccin, nous pourrons toujours en reparler).

Pas d’antécédents familiaux connus, son père est quelqu’un de très renfermé, a connu une enfance difficile, a été battu, et son comportement avec ses enfants inquiète sa femme, sa mère a eu une cholestase gravidique. L’enfant est très sage, poli, mesuré dans toutes ses réponses. Il est très méticuleux de toutes ses affaires, prend grand soin de tous ses objets. Sa mère se plaint de son trac affreux qui le handicape dans sa scolarité. Ses ongles sont pleins de taches blanches. Il a des molluscum qui ont été extirpés déjà deux fois et qui reviennent quand même (je préfère ne pas m’étendre sur la barbarie du traitement). Plus petit, il dormait toujours sur le ventre ou bien « à quatre pattes ». La nuit, il grince beaucoup des dents. Pour finir, il a une envie anormale de manger des oufs.
Prescription : Carcinosin M Kent. Revu en Août 95 : tous les symptômes sont améliorés. Il développe maintenant de l’eczéma (plis des coudes). Carcinosin XM. Revu en Août 96 : il va très bien, ne fait plus d’asthme depuis plus d’un an. Les polypes ont disparu. Restent seulement des épistaxis. Rien prescrit en attendant, mais un tel cas aussi profond risque très certainement de donner du fil à retordre encore des années.

Conclusions

Après ce tour d’horizon sur Carcinosin, je crains que beaucoup d’entre vous ne se mettent à prescrire le remède dès la semaine prochaine. Surtout n’abusez pas au risque de vous décourager à tort de la prescription de ce précieux nosode.
Les réglementations de plus en plus délirantes (Bruxelles génère plus de 20.000 directives par an) risquent de vous empêcher de trouver le remède en pharmacie. L’astuce est de le faire passer pour un isothérapiques. En effet on vous empêche de prescrire Carcinosin mais des médecins « homoéopathes » prescrivent couramment des selles, des urines ou d’autres morceaux du patient lui-même. En pratique donc, aucun problème pour se fournir chez Schmidt ou aux Archers.

Testez vos connaissances sur Carcinosin

Vous pourrez vous amuser à tester ce que vous avez retenu sur Carcinosin en répondant aux questions suivantes (j’ai copié cette idée de QCM depuis Homeopathy on Line).

Question: Quelle est la provenance de la souche du remède Carcinosin?

Question: Quelle personne a publié pour la première fois un grand recueil d’observations cliniques sur ce remède, surtout sur des enfants ?

Question: Citez au moins trois affections dans les antécédents familiaux du malade qui doivent vous faire penser à

Carcinosin ?

Question: Citez trois manifestations à la peau chez un sujet typiquement Carcinosin ?

Question: Donnez quatre forts désirs alimentaires de Carcinosin ?

Question: Citez trois facteurs auxquels soient fréquemment sensibles des sujets Carcinosin ?

Question: Citez deux choses que Carcinosin aime beaucoup comme Sepia et qui ne sont pas des envies alimentaires.

Question: Dans quelle position dort typiquement Carcinosin ?

Question : Citez quatre remèdes dormant dans cette position ?

Question: Dites si les propositions suivantes sont vraies ou fausses ?

  1. Les patients Carcinosin sont très durs, enclins à critiquer les autres, ne sont pas sensibles aux problèmes des autres. 
  2. Ils ont souvent un fort désir sexuel et il n’est pas rare de rencontrer de la masturbation. 
  3. Etant tatillon, Carcinosin se rapproche d’Arsenicum plutôt que de Sulphur. 

Question: Donnez cinq remèdes avec lesquels on confond souvent Carcinosin.

Tags: , , , ,

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.