L’automédication en Homéopathie: Prudence !

L’automédication en homéopathie répond à plusieurs règles. Il est important de bien les connaître avant de se lancer dans l’administration de ces petits globules.

  1. Pas d’automédication si vous avez un traitement homéopathique chronique sauf autorisation expresse de votre homéopathe
  2. Pas d’automédication sur un cas chronique, pas d’automédication prolongée (supérieure à une semaine).
  3. On essaie un seul médicament à la fois. Si vous donnez Belladonna et Mercurius sur une angine et qu’elle va mieux, vous ne saurez pas si c’est l’un ou l’autre qui a agi. C’est dommage, parce que si l’un d’eux est efficace, cela peut aider votre homéopathe pour le traitement chronique
  4. Ne pas utiliser de complexes pour une automédication exemple : L72, Biomag,…
  5. Ne pas utiliser de nosode en automédication : Streptococcinum, Oscillococcinum, Psorinum, Folliculinum, Progesterinum…
  6. Noter systématiquement ce que l’on prend pour en faire part à l’homéopathe.
  7. Connaître les critères de prescription et de guérison ou d’une amélioration homéopathique

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En approfondissant l’étude de l’homéopathie, on réalise qu’on ne sait pas grand-chose. Une automédication bien réalisée peut être d’une véritable aide pour votre médecin, comme conduire à la catastrophe si elle est faite à l’aveugle.

L’automédication permet d’apprendre à se connaître, à être attentif à une multitude de petits symptômes. Pour certaines personnes trop éloignées d’un homéopathe, ce peut être une bonne palliation.

1 Automédication et traitement chronique

Lorsque vous êtes traité en homéopathie pour un problème chronique, c’est-à-dire qui dure depuis plus d’un mois grossièrement, une automédication peut interférer avec le traitement homéo. Vous venez de prendre votre traitement pour des troubles du sommeil et vous faites une angine dans les deux jours qui suivent. Si vous automédiquez cet aigu, vous cassez complètement l’action de la dose prescrite, il sera difficile voire impossible d’évaluer l’action du médicament chronique ensuite.

Si votre homéopathe est d’accord pour l’automédication en cours de traitement, (c’est possible pour certains cas, certaines circonstances, et pour des personnes un peu familières avec les principes de base), n’utilisez en aucun cas des dynamisations supérieures à 9 CH, à répéter de préférence sous forme liquide, c’est-à-dire quelques grains dans 20 cl d’eau, une cuillère à café en fonction des symptômes. Aucune auto-médication n’est nécessaire dans les 8 jours qui suivent la prise d’un traitement homéo chronique (sauf si la posologie administrée est supérieure à 10 000 K, aucune automédication possible à long terme dans ce cas là), et s’il y a aigu, celui ci doit être actif depuis plus de 48 h. (Un aigu est la manifestation brutale d’un tableau pathologique: fièvre, toux, douleur, éruption…,etc)

La règle d’or : PAS DE REPETITION TANT QU’UNE AMELIORATION SE DESSINE. Si l’amélioration stagne ou si les symptômes initiaux reviennent, alors vous pouvez répéter.

2. L’automédication est valable sur un cas aigu, si elle est courte

Prudence sur l’échange de « recettes » via les forums. « Ma copine a eu du mal à tomber enceinte, elle a pris X+Y+Z et miracle, elle est à 2 mois de grossesse ! »  « Mon petit garçon ne faisait pas ses nuits, alors ma sœur m’a conseillée WW et enfin, on dort ! »

L’homéopathie ne fonctionne pas comme l’allopathie, un symptôme n’est pas égal à un médicament, c’est tout l’intérêt de notre pratique ! Les patients disent parfois, « A quoi bon aller chez le médecin (sous entendu allopathe), je savais très bien qu’il allait me donner un antibiotique pour mes sinusites ! » C’est simpliste, et le médecin ne se contente pas de prescrire, mais bref… ce n’est pas du tout le cas en homéopathie. Un médicament homéo qui fonctionne sur les troubles des règles peut agir aussi sur un problème cardiaque, une fièvre ou des douleurs articulaires. Donc troubles du sommeil n’est pas forcément égal à Stramonium, Passiflora ou Jalapa…Les rhumes sont extrêmement difficiles à soigner correctement, ne jouez pas avec Kali bi, Allium cepa et autre Hydrastis en systématique…

Pour tout ce qui est grossesse, le psychisme a une part tellement importante, qu’il est difficile de mesurer l’effet d’un médicament homéo sur internet. En fonction de leur niveau de santé, ces femmes seraient peut-être tombées enceintes de toute façon !

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L’automédication vue par l’Afrique Noire

Un médicament homéopathique bien choisi doit mener à la guérison. C’est pour cela qu’un traitement ne doit pas être prolongé plus d’une semaine en automédication. Soit vous êtes efficaces, soit vous avez besoin d’un professionnel pour évaluer les résultats d’un traitement chronique. Lorsqu’un patient nous arrive et finit par avouer prendre BIOMAG depuis 3 ans, le traitement homéopathique derrière va être beaucoup plus long et compliqué. Ce traitement a fait de la palliation, c’est à dire qu’il a masqué les symptômes sans les guérir, a brouillé les signes cliniques homéopathiques, mais apporte un certain confort qui peut disparaître lors de la première prise du traitement chronique, même parfaitement adapté. Une personne qui se plaint d’un syndrome des jambes sans repos qu’elle pallie à coup de zincum et lachesis 7 CH répétés tous les jours depuis 5 ans, auxquels il a fallu ajouter un traitement allopathique plus récemment, est un véritable cauchemar…Elle devra être encore plus patiente et courageuse pour qu’on espère la guérir un jour.

UN TRAITEMENT HOMEOPATHIQUE REPETE TOUS LES JOURS SUR UNE LONGUE PERIODE N’EST PAS UN TRAITEMENT HOMEOPATHIQUE ADAPTE. (Cet énoncé se discute dans les cas de cancers ou maladies très graves, mais bien sûr nous ne sommes plus dans le même cadre)

Le meilleur exemple pour une automédication est par exemple un mal de gorge avec de la fièvre, ou une grippe. Vous avez des symptômes précis, et à l’aide d’un guide ou de vos connaissances, vous avez une idée de ce qu’il faut prescrire.

Par exemple, votre enfant n’a pas soif malgré la fièvre, ne veut pas bouger, se plaint de la tête et trouve que cela va mieux quand il fait pipi. GELSEMIUM s’impose. Surtout si la grippe est survenue par un temps doux et humide, ou qu’il a eu un contrôle qu’il appréhendait beaucoup la veille. Un mal de gorge survient à droite, la fièvre monte à 39 tout de suite, les yeux sont brillants, le front chaud et les mains froides, soif importante, BELLADONNA est le meilleur des prétendants possibles. Même en 9 CH, 3 à 5 fois par jour, tout doit rentrer dans l’ordre ou presque dans les 24/48h. Sinon consulter est indispensable.

De la même façon, ARNICA est utilisé par beaucoup de mamans et de crèches (beaucoup trop souvent d’ailleurs). Il ne viendrait à l’esprit de personne de prolonger son emploi plus d’une semaine en l’absence de résultat sur un traumatisme. Au passage, oubliez THUYA en post vaccination systématique, la vaccination anti variolique ne se pratiquant plus. (Thuya est un gros remède de variole)

3&4. Pas d’automédication avec des complexes ou plusieurs médicaments alternés

Un autre « mauvais scénario » pour un homéopathe classique : Docteur, j’ai donné Mercurius et Belladonna sur son mal de gorge et ma fille est guérie ! Le patient est tout content, l’homéopathe tente de dissimuler comme il peut (souvent très mal !) son air dépité…

Ou encore, « J’ai donné CAMILIA pour ses dents, j’ai pensé à vous, Docteur, c’est sous forme liquide ! Mais ça n’a pas bien marché. » …Camilia coûte plus cher et c’est un mélange, j’aurais préféré que vous essayiez CHAMOMILLA seulement. Idem pour tout ce qui est composé : Passiflora composé, Aconit composé qui sont des mélanges, ou encore L52 , L72.

Tout ce qui est mélange, alternance de médicaments, peut donner l’apparence de la guérison. Mais ce soulagement ne respecte pas les critères homéopathiques de guérison, la loi de Hering. Vous pouvez avoir de la chance, et un des médicaments a réellement fonctionné, même s’il a été administré en même temps qu’un autre. Problème, lequel est le bon ?

Si vous n’avez pas de chance, vous avez réalisé ainsi une palliation ou une suppression, c’est-à-dire l’équivalent du traitement allopathique (les composés chimiques en moins). L’homéopathe aussi peut se tromper et faire des suppressions. Une suppression complique la situation et doit être « récupérée ».image3 Si la suppression se fait avec deux médicaments, c’est encore plus difficile à gérer.

Imaginez ce que représente une suppression ou une palliation sur plusieurs mois…Sincèrement, mieux vaut prévoir des tisanes de thym, des huiles essentielles ou d’autres plantes que vous trouverez chez l’herboriste.

En outre, en ne vous auto prescrivant qu’un seul médicament à la fois, lorsque vous en ferez part à votre homéopathe vous l’aiderez ! Beaucoup d’homéopathes pluralistes seraient très capables de ne prescrire qu’un seul médicament, mais n’osent pas par peur d’être incompris de leurs patients.

Si le médicament auto prescrit a bien agi, il peut être étudié en relation avec ses médicaments complémentaires. Soit la dynamisation est à monter pour le traitement chronique, soit il sera plus facile de trouver le médicament complémentaire qui améliorera votre santé.

5. Pas de nosodes ni isothérapiques

Les nosodes sont fabriqués à partir d’une sécrétion d’un organisme animal (ou humain). Ils agissent très profondément. Leur utilisation est exceptionnelle dans les cas aigus, et en aucun cas une automédication est possible avec de tels remèdes, car le contrôle de leur action nécessite un œil expérimenté.

Streptococcinum, Staphylococcinum, Folliculinum (…) sont d’autant plus dangereux que leur action est très précise. Ils peuvent effectivement être très efficaces sur un problème donné, mais le risque est grand qu’à l’instar de l’allopathie, la pathologie se déplace ailleurs par la suite.

Les matières médicales de ces médicaments sont pauvres et récentes (50 ans maximum). Cela exige plus de prudence pour l’homéopathe dans sa prescription, imaginez pour un néophyte !

Je n’ai pas retrouvé de matière médicale connue pour Oscillococcinum. On ne connaît pas ses effets sur l’homme sain, l’expérimentation annuelle hivernale à large échelle a rapporté qu’il avait une petite action sur les rhumes, syndromes grippaux et autres, mais ce n’est pas suffisant pour prescrire car très incomplet et imprécis.

L’isothérapie consiste à prescrire un produit identique à la maladie présumée : par exemple, colibaccillinum pour une infection à E.Coli, BCG pour le vaccin qui a été pratiqué. Autant être francs : c’est INTERDIT en automédication. Idem pour le vaccinotoxinum sur l’herpès, mieux vaut un patch antiseptique. L’isothérapie est utilisée quand un cas est bloqué, notamment depuis telle maladie, ou telle vaccination. C’est vraiment notre dernier recours. Quoi qu’il en soit, en aucun cas un isothérapique de vaccin par exemple n’enlèvera tous les effets secondaires de la vaccination. On le constate tous les jours.

6. Noter toute auto prescription et en parler

Lorsque l’automédication est très bonne, le risque est de passer ensuite à côté du médicament chronique pour l’homéopathe. Vous vous êtes prescrit plusieurs fois  BRYONIA pour un lumbago, en 7 CH, et ça a très bien fonctionné. Vous allez chez l’homéopathe car vous vous sentez irritable, des migraines très anciennes soulagées par la pression vous gâchent la vie. Si votre homéo ne sait pas que vous avez déjà pris bryonia avec succès, il va s’arracher les cheveux sur vos migraines, car elles n’ont que peu de caractéristiques. Il peut avoir besoin de consultations répétées avant de parvenir à retrouver ce fameux Bryonia. Il est très probable, que lorsque vous avez pris Bryonia, de nombreux petits autres symptômes auxquels vous n’avez pas prêté attention ou que vous avez oublié ont disparu. Le tableau est défectif, il n’y a que très peu de symptômes. Or il suffit de monter BRYONIA en 200 K pour que vous alliez nettement mieux. DONC NOTEZ LES MEDICAMENTS pris de vous-mêmes, et les effets de ces médicaments. Si vous avez déjà pris Belladonna et que vous vous êtes mis à délirer pendant la fièvre, que cela ne vous était jamais arrivé auparavant, et que la fièvre n’a pas été améliorée, on oublie Belladonna pour un bon moment ! Et parlez de cet effet à votre professionnel s’il veut vous le prescrire.

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7. Savoir prescrire et évaluer l’amélioration éventuelle

La prescription se fait sur le symptôme le plus caractéristique. Par exemple, dans 101 conseils pour vous soigner par l’homéopathie (Dr Horvilleur ) : Aphtes douloureux uniquement au contact des aliments : Borax. C’est un peu juste comme modalité, mais mieux que rien. Vous devez vous appliquer à chercher ce qui fait que votre maladie est bizarre, unique, caractéristique, quelles en sont les modalités : je ne supporte plus d’être seul(e) brutalement avec cette fièvre, je suis agité(e), j’ai soif, je ne peux pas me coucher, je suis mieux assis(e), j’ai besoin de me mettre à 4 pattes, je transpire des parties découvertes ou seulement au niveau de la lèvre supérieure, la fièvre apparaît à 16h, etc…L’idéal est de vérifier ensuite dans une matière médicale que l’ensemble des symptômes concordent avec le médicament choisi.

La loi de Hering suivie par les homéopathes rappelle que la guérison doit se faire de haut en bas et de l’intérieur vers l’extérieur, en commençant par les symptômes les plus récents.

Si un lumbago va mieux, et que des douleurs de genoux apparaissent à la place, c’est bon signe. Si ce sont des douleurs des épaules, on ARRETE le médicament et on appelle son médecin, ou on antidote au camphre par exemple (baume du tigre).

Si la fièvre tombe, que l’enfant réclame à manger et qu’il joue, tout va bien. Une surveillance est nécessaire encore quelques jours pour ne pas méconnaître une infection plus profonde. Si la fièvre tombe, et que l’enfant n’a plus aucune énergie dans les semaines qui suivent, la prescription n’était pas correcte. Si un eczéma s’améliore, et que des angines à répétition surviennent, le médicament est mal choisi.

Tout ceci est très simplifié, mais essentiel à connaître.

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Conclusion

L’automédication est possible, mais avec prudence. N’hésitez pas à vous lancer, si vous manquez de confiance en vous, freinez votre enthousiasme si vous prescrivez systématiquement pour la famille, les voisins, le lapin sans vous poser de questions. L’essentiel est de bien mettre des cadres :

  1. Je n’ai pas d’homéopathe sous la main, je peux pratiquer l’automédication, je connais les critères de base de la guérison, je n’hésite pas à stopper ma prescription si le médicament a besoin d’être répété sur une trop longue période ou si c’est bizarre.
  2. J’ai un homéopathe sous la main, je n’ai pas de traitement chronique, je peux pratiquer l’automédication sur les aigus, mais je n’hésite pas à passer la main au moindre doute, et je ne donne pas systématiquement de l’homéopathie au moindre bobo. Si je trouve qu’avec les mois ou les années, je suis de plus en plus fatigué, excité ou que mon moral baisse, je consulte obligatoirement et j’arrête toute auto médication.
  3. Je suis un traitement homéopathique chronique, je ne pratique pas l’automédication, sauf permission donnée par le professionnel.

De nombreuses choses pourraient être dites sur l’automédication. Mais comme pour tout dans l’homéopathie, à pratiquer toujours avec parcimonie, seulement si c’est nécessaire, avec la quantité minimale de globules !

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5 réponses à “L’automédication en Homéopathie: Prudence !” Subscribe

  1. Christel 11/03/2014 at 15:55 #

    Super cet article sur l’automédication : il faudrait le mettre sur facebook

  2. homéopotard 13/03/2014 at 09:31 #

    Je peux comprendre votre démarche contre les complexes, toutefois avec 35 ans d’expérience du comptoir puis de l’homéopathie complexe comme fabricant, je suis convaincu que pour la survie de l’homéopathie, il vaut mieux un complexe bien indiqué qu’un unitaire mal choisi par un malade non médecin.
    N’oubliez pas que les fabricants de complexes peuvent aussi être des producteurs d’unitaires et la vente des uns permet de fabriquer les autres.

    • Terrasienna 14/03/2014 at 10:00 #

      J’entends bien votre point de vue. Je sais aussi que Lehning se bat pour fabriquer de bons produits. Simplement, les intérêts ne sont pas les mêmes si l’on se place du côté du soignant ou du pharmacien (ou fabricant), il sera difficile de trouver une ligne directrice commune. Je me réfère en permanence à la notion de niveau de santé du patient, et force est de reconnaître que celui ci ne s’améliore pas en Occident (et dans le monde), rendant la prescription toujours plus difficile. Je me dois d’être sincère et de ne parler que dans l’intérêt du patient.

    • Athelas 21/03/2014 at 14:00 #

      Bonjour Homeopotard,

      « il vaut mieux un complexe bien indiqué qu’un unitaire mal choisi par un malade non médecin. »

      Pouvez-vous nous dire svp en quelques mots à partir de quels éléments vous déterminez qu’un complexe est bien indiqué chez un patient ? Sur quoi vous basez vous ?
      merci par avance

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