Leon VannierPAR LE Dr LÉON VANNIER, texte recueilli par le Dr. Alain Delaunay

CARACTERISTIQUES. – – Troubles respiratoires, s’accompagnant de dyspnée pouvant aller jusqu’à l’asphyxie. Troubles digestifs, surtout gastriques, avec symptômes cholériformes.

MODALITES. — aggravation : par le temps froid et humide, par la chaleur, les changements de temps, au printemps ; en étant couché la nuit ; par le lait et tous les aliments acides.

AMELIORATION: par le grand froid ; en étant assis, en étant couché sur le côté droit ; par l’expectoration ; par les éructations.

Le sujet d’Antimonium tartaricum présente toujours rapidement un état grave, son intoxication est profonde et se manifeste par de l’asphyxie quand les poumons sont frappés, par des symptômes cholériformes, quand le tube digestif est atteint. Dans les deux cas, la cyanose apparaît évidente : les traits sont tirés, les yeux cernés et enfoncés, les narines sont dilatées et animées de mouvements rapides, les lèvres livides, quelquefois bleuies, la face est froide, terreuse, couverte de sueurs froides. Tout dans Antimonium tartaricum, manifeste une atteinte profonde de l’organisme et une asphyxie progressive de tous les tissus.

Antimonium tartaricum convient particulièrement aux âges extrêmes de la vie et son indication est aussi fréquemment rencontrée chez le vieillard déprimé et affaibli, chez lequel une bronchite peut provoquer une catastrophe, que chez l’enfant, peureux et chétif, dont les troubles digestifs entravent le développement.

MENTALITE.

Peu de signes mentaux précis dans Antimonium tartaricum ; tout, dans ce remède, est subordonné à l’intoxication asphyxique. « Assoupissement et tendance invincible au sommeil » est le symptôme le plus caractéristique. Le malade est plongé dans une sorte de stupeur ; affaissé sur lui-même, il ne sort de son abattement que pour marmotter des paroles intelligibles, et, s’il reprend conscience de ce qui l’entoure, c’est pour manifester aussitôt son effroi de rester seul, son anxiété d’être abandonné. « Stupeur avec anxiété et délire ». « Prostration et coma avec face pâle ». Son état d’extrême faiblesse se manifeste encore par des tremblements intenses, par un état parétique des membres difficiles à mouvoir, par un vertige spécial, qui se produit d’une façon constante en soulevant la tête de l’oreiller.

Retenez bien surtout que l’assoupissement et la torpeur accompagnent tous les symptômes d’Antimonium tartaricum. Vous trouverez cette même caractéristique dans Nux moschata et dans Opium.

Nux moschata est surtout un malade nerveux, à l’humeur changeante, triste un moment, riant aux éclats l’instant d’après ; son intelligence semble soudain lui manquer, il a des absences, de véritables fuites de pensée qui l’empêchent de parler, de lire, d’écrire, de concentrer ses idées. La mémoire lui fait complètement défaut, et le moindre effort cérébral le laisse dans un état de fatigue inouïe qui se traduit par un sommeil invincible ou par un état d’hébétude et d’indifférence stupide.

L’assoupissement d’Opium confine au coma, la respiration est stertoreuse, la face congestionnée, rouge, alors que dans Antimonium tartaricum elle est pâle ; les yeux sont demi-clos, la peau est recouverte de sueurs chaudes, la stupeur est profonde, l’immobilité complète.

Il est relativement facile de séparer les indications réciproques des trois remèdes : Nux moschata est un nerveux, Opium un congestif, Antimonium tartaricum, un asphyxié.

APPAREIL DIGESTIF.

Rappelez-vous les résultats de l’absorption du tartre stibié : elle amène soit des vomissements presque immédiats, soit une irritation profonde  pouvant aller jusqu’à  créer des ulcérations  Vomissements  et   douleurs    spasmodiques caractérisent Antimonium tartaricun}.

« Nausées constantes avec anxiété mortelle et prostration ». « vomissements avec beaucoup d’efforts très douloureux, amenant rapidement un état de suffocation (asphyxie) et d’anxiété profonde comme si le malade allait mourir. »

Antimonium tartaricum vomit constamment, et ses vomissements constitués de mucus épais, tenace, blanc et filant, contenant quelquefois des stries de sang, persistent incoercibles jusqu’à ce qu’il tombe en défaillance, dans un état de prostration profonde. Rien ne peut calmer ses vomissements, il ne peut trouver un soulagement qu’en étant couché sur le côté droit, et il rejette tout ce qu’on lui fait absorber, même une cuillerée d’eau.

Antimonium tartaricum a rarement soif, il déteste le lait qui lui donne des nausées : « Aversion pour le lait, désir de choses acides ». Il désire surtout des fruits acides et il a une préférence marquée pour les pommes acides (Aloe), les condiments acides et les saumures (Antimonium crudum) ; c’est d’ailleurs l’usage répété de ces aliments acides qui provoque chez lui les accidents dont il souffre, nausées constantes et vomissements répétés qui pourraient le faire confondre avec Ipéca. La distinction est aisée. Sans doute Antimonium tartaricum et Ipéca présentent les mêmes douleurs coupantes, crispantes au milieu de l’abdomen, les mômes nausées, les mêmes vomissements avec face pâle, sueurs froides, mais les vomissements d’Ipéca soulagent le malade. Au fur et à mesure que Ipéca expulse son contenu gastrique, il se trouve amélioré alors qu’Antimonium tartaricum se sent de plus en plus malade, à tel point que la frayeur s’empare de lui et qu’il croit qu’il est en danger. Ipéca a la langue propre ; Antimonium tartaricum, la langue sale. Sa langue est en effet chargée, épaisse, pâteuse, non pas uniformément blanche comme du lait comme dans Antimonium crudum, mais blanche avec les papilles et les bords rouges et surtout avec une partie médiane très rouge et sèche.

Les douleurs d’Antimonium tartaricum ne siègent pas principalement autour de l’ombilic comme dans Ipéca, elles peuvent être généralisées à tout l’abdomen, mais à prédominance gastrique ; spasmodiques, elles sont piquantes et coupantes comme un couteau, ce sont de véritables crampes qui s’accompagnent fréquemment de flatulence excessive et de diarrhée cholériforme.

Enfin pour être complet, il faut signaler la congestion du foie avec vomissements de bile fréquents, et l’ictère qui accompagne quelquefois la pneumonie de la base du poumon droit.

APPAREIL RESPIRATOIRE.

Si vous voulez bien comprendre l’état respiratoire d’Antimonium tartaricum, rappelez-vous toujours que c’est un individu faible et déprimé qui ne peut se défendre contre la maladie. Enfant débile ou vieillard affaibli, adulte miné par une infection profonde ou des privations de longue durée, tous présentent le même défaut de réaction, ils sont assoupis et prostrés ; leurs libres lisses semblent avoir perdu toute leur vigueur, aussi ne peuvent-ils s’opposer au réflexe incessant de leur estomac ni expulser les mucosités qui encombrent leurs poumons.

« Grande accumulation de mucus dans les voies respiratoires. » « Beaucoup de râles, mais peu d’expectoration. » La respiration du malade est bruyante, on entend distinctement les râles à distance ; des mucosités remplissent tout l’arbre bronchique, mais les crachats sont rares ; souvent-même, à l’auscultation, dans les cas graves, rien ne peut être perçu, le poumon est comme bloqué. Il en résulte une sorte d’asphyxie mécanique plus ou moins menaçante qui s’accompagne d’assoupissement, d’état cyanotique du visage, et qui peut aboutir au coma.

Peu ou pas de fièvre ; Antimonium tartaricum, rappelez-vous, manque de possibilité de réaction et ne se défend pas, ses narines sont très dilatées, animées de battements rapides (i), synchrones aux mouvements respiratoires (Chelidonium, Lycopodium, Phosphorus, Pyrogène). La gêne respiratoire est grande, et l’oblige à s’asseoir droit dans son lit ; couvert (Je sueurs froides, les extrémités refroidies, en proie à une anxiété qui s’accroît d’instant en instant, il cherche en vain autour de lui l’air qui lui manque et désire être éventé comme Carbo vegetabilis vers lequel son état tend de plus en plus à s’affirmer, en raison de la gravité de son évolution morbide.

La toux est spasmodique, suffocante, excitée par la moindre absorption d’aliments, elle se produit d’une façon plus intense vers quatre heures du matin, est toujours soulagée par des éructations et s’accompagne de nausées et de vomissements. Ipéca présente des caractéristiques analogues : comme Antimonium tartaricum, il a ses bronches encombrées de mucosités, sa respiration est bruyante, mais à l’auscultation on trouve toujours des râles en grande quantité et surtout <( il peut expectorer » ; d’autre part la dyspnée, si elle est intense, ne s’accompagne pas de la cyanose dénotant l’état d’asphyxie d’Antimonium tartaricum.

Vous retrouverez fréquemment l’indication d’Antimonium tartaricum : chez les petits enfants qui, au moindre froid, ont la poitrine remplie de mucosités qu’ils ne peuvent expulser en raison de leur âge et de leur faiblesse ; chez les vieillards, qui présentent de la bronchite chronique ou de l’œdème pulmonaire.

APPAREIL CIRCULATOIRE.

Les troubles circulatoires d’Antimonium tartaricum sont la conséquence de son état asphyxique. Le pouls est rapide, faible et petit, quelquefois imperceptible, la faiblesse du cœur contribue à provoquer l’oppression ainsi que cet état particulier d’anxiété qui accompagne les nausées et les vomissements, la toux et la dyspnée.

Enfin, Antimonium tartaricum peut présenter une « douleur violente dans la région sacro-lombaire » s’accompagnant d’une sensation de poids, de pesanteur au coccyx, comme s’il était tiraillé par en bas, et une « éruption pustuleuse » laissant des marques livides. L’association de ces deux signes peut être rencontrée chez les malades atteints de variole.

Léon   VANNIER.

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Une réponse à “Antimonium tartaricum – Léon VANNIER” Subscribe

  1. Dr Richard BOUAZIZ 31/12/2010 at 12:00 #

    Beaucoup de guérisons par homéopathie nous « échappent » du fait de la difficulté d’avoir en mémoire tous les symptômes d’un remède. Parfois, on a la chance de « vivre » un remède, de voir son action « en direct », et par la suite, on ne rate plus son indication. Car depuis que « j’ai vu agir » ant-t, je pense qu’ant-t peut être résumé par 2 symptômes au 3ème degré:
    – RESPIRATIONASPHYXIQUE
    – et RESPIRATION ABDOMINALE

    Au tout début de ma pratique homéopathique, je fus appeler auprès d’un enfant de 4-5ans en difficulté respiratoire. Cet enfant aux antécédents d’eczéma, était couché par terre, somnolent, respirant difficilement, avec des sibilances et des lèvres cyanosées. Le gosse était couché inerte, luttant pour respirer et son état m’a tout de suite fait indiqué l’hospitalisation. C’est alors qu’examinant le gosse et le mettant debout, je m’aperçu de profil, qu’il « respirait par le ventre », son thorax immobile. Son ventre était « énorme », presque comme une femme enceinte… J’ai pensé à ANTIMONIUM TARTARICUM qui est le seul remède au 3ème degré dans la rubrique « respiration abdominale ». L’enfant n’avait pas fini de sucer ses granules que sa fièvre chutait, il repris les jeux, respirait normalement, il n’y avait plus de cyanose, plus de sibilances … bref, un retour à l’état normal quasiment instantané.

    Remarques:
    – Je pense que bon nombre de remèdes ont intérêt « à être simplifiés » dans leurs symptômes pour améliorer le pourcentage des guérisons par homéopathie.
    – J’ai pu établir une relation « énergétique » d’ant-t et acupuncture chinoise, relation permettant de placer ant-t au rang de grand polychreste…. grâce à 2 symptômes « superclés ».

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