Par W. James Bushrod, MD, AHO V2N2

Orphelins victimes du Génocide des arméniens

Orphelins victimes du Génocide des arméniens

J’ai été engagé dans cette institution comme chirurgien, du printemps 1857, lorsque le système homéopathique a été introduit, jusqu’à ce que vers la fin octobre 1864, le conseil d’administration trouve adéquat de reprendre le système allopathique. Il me semble intéressant de présenter quelques faits, ainsi que le résumé statistique des maladies traitées sous le service de l’homéopathie, tout en comparant d’après les rapports annuels du « Northern Home », le taux de mortalité durant l’existence de l’institution sous les deux systèmes de médecine.

Les pensionnaires sont des enfants négligés ou sans soutien, âgés de un à douze ans, récupérés par des humanitaires, de toute part de notre grande ville, très souvent dans de misérables taudis, des bâtiments surpeuplés et des localités malsaines où règnent indigence, négligence et maladies contagieuses. En réalité, ces enfants étaient entourés par tout ce qui pouvait les blesser ou affaiblir leur constitution.

Récemment, en plus des enfants abandonnés ou sans soutien, un certain nombre d’orphelins de soldats ont été admis, les directeurs ayant affecté un bâtiment spécialement l’égard de ces derniers. Ces enfants sont tous inclus dans ce rapport.

Les régulations sanitaires de l’institution sont bonnes. Les chambres sont naturellement ventilées, les toilettes fréquentes. Dès  leur entrée les enfants disposent de suffisamment d’exercice et d’une bonne diététique.

Le surintendant était un homme d’une expérience considérable dans la gestion de telles institutions. Il maintenait les règles avec une inébranlable rigueur, réduisant l’impact des incursions des maladies dominantes de la ville et même les écartant dans la mesure du possible.

A l’exception des derniers mois, nous avons travaillé avec le grand désavantage d’avoir tous les enfants, malades ou sains, regroupés dans un même bâtiment. Cela nous a obligé ainsi à l’exercice du plus grand soin lorsque nous avions à faire à des épidémies ou à des maladies contagieuses, afin d’éviter la contamination de tout l’orphelinat. Durant le terme du service homéopathique, nous devons garder à l’esprit que deux épidémies effrayantes, la diphtérie et la fièvre tachetée, ont sévi dans notre ville.

Les attaques régulières de scarlatine, fièvre typhoïde, dysenterie et même de variole ont sévi dans l’établissement, néanmoins, les rapports démontrent une comparaison remarquable de la mortalité sous les deux systèmes de pratique. J’ai fréquemment revacciné les enfants et les infirmières, évitant ainsi la contamination variolique.

Sur le rapport des cas chirurgicaux on trouvera un grand nombre de cas de trachomes, (chlamydia trachomatis). C’est une forme de maladie contagieuse usuellement connue sous le nom d’ophtalmie égyptienne. Les infirmières ainsi que les enfants étaient affectés de la même manière.

L’attaque du patient débute par la congestion des conjonctives dans le cantus interne ou externe d’un ou des deux yeux qui s’étend rapidement de là au long des paupières, généralement la paupière inférieure en premier. Ceci s’accompagne de sensation de démangeaison, de plénitude et de léger picotement dans le cantus. A l’examen des yeux, au stage naissant de la maladie, rien n’était visible, si ce n’était qu’une rougeur sur la face interne de la paupière à l’éversion. Rapidement cependant, quelques unes des artères sclérotiques deviennent pleines et gonflées avec extension au globe oculaire. Cet état est rapidement suivi d’une conjonctivite, avec la sensation comme si l’œil était rempli de sable et que quelque chose se trouve directement devant le champ visuel. En essayant de lire, les lettres apparaissent comme une ligne floue. Vingt quatre ou quarante huit heures plus tard, la photophobie s’installe, avec une sécrétion épaisse et abondante de mucosités blanches ou jaunes et, le pus survient. Les paupières deviennent très tuméfiées et il y a une sensation de gonflement du globe oculaire accompagnée par une douleur des muscles de l’œil. Il existe aussi, dans certains cas, une douleur de la région temporale et à travers la tête. Il n’y a pas l’air d’y avoir une grande perturbation de l’état général, les fonctions digestives, respiratoires et circulatoires restant dans des conditions normales.

Chez les enfants de diathèse scrofuleuse, ou  infectés par la syphilis, l’ophtalmie assumait un caractère plus violent et non peu souvent, ces cas prenaient une forme chronique, après que les symptômes aient été supprimés, puis résistaient obstinément à la suite du traitement. Bien que des cas très défavorables se soient présentés pour un traitement pendant que la maladie faisait rage dans l’établissement, il est gratifiant de savoir qu’aucun cas de cataracte, d’amaurose ou de cécité complète ne sont survenus. Plusieurs cas de staphylomes ou de leucomes en ont cependant résulté, affectant seulement un œil ou étant seulement partiels, et n’excluaient pas la vision.

La maladie a été introduite dans l’établissement par deux enfants ayant été pensionnaires d’une institution ou la maladie prévalait. L’ophtalmie n’était pourtant pas visible lors de leur admission. Ce n’est qu’après qu’un certain nombre des autres pensionnaires aient été affectés que le vrai caractère de la maladie a pu être constaté et une fois que l’institution ait été ainsi contaminée, l’affection se répandit rapidement parmi une large majorité des enfants.

Les pensionnaires sains et les enfants récemment admis, bien qu’isolés des invalides dans différents appartements du bâtiment et sans contact avec les serviettes et les vêtements, finissaient néanmoins par être affectés par la maladie. Les personnes rentrant dans l’infirmerie et restant un court moment parmi les enfants affligés, bien qu’ils ne soient pas rentrés en contact avec eux, ni avec quoi que ce soit dans la pièce, étaient sujets à une attaque d’ophtalmie.

Cela semblerait indiquer, qu’un agent contagieux ou que des micros gouttelettes de pus avaient imprégné l’atmosphère des pièces bien qu’elles aient librement et constamment été ventilées et que nous ayons eu recours à des moyens désinfectants. Malgré tout, l’influence de l’agent contaminant restait en force. En dépit de toute notre vigilance, nous avons connu une longue période où la maladie donnait l’impression d’avoir été éradiquée a plusieurs occasions… pour voir survenir encore de nouveaux cas, même après qu’un bâtiment isolé eu été attribué aux malades.

L’homéopathie avait été introduite dans l’établissement plus comme une expérience que pour tout autre raison, les partisans de l’allopathie étant majoritaires au conseil d’administration. Ils ont cependant cédé au désir de ceux qui plaidaient en faveur de l’introduction du système homéopathique et ont consentis à son essai, spécialement après la gestion malheureuse, par l’école allopathique, d’une épidémie de rougeole dans l’établissement ou plusieurs cas se sont trouvés fatals. Les résultats de l’expérimentation peuvent être constatés dans le résumé ci-dessous. Il est un fait indéniable, que depuis la réintroduction des traitements allopathiques, plus de cas sont morts en six mois de temps que pendant les deux années successives de méthode homéopathique.

Rapport statistique de cas médicaux traités dans le « Northern home for Friendless Children, » Philadelphie, pendant sept ans et demi, du printemps 1857 au 24 octobre 1864. Sous les services de l’homéopathie. Par James W. Bushrod, alors qu’il était chirurgien dans l’institution.

MALADIE TRAITES GUERIS SOULAGES DCD
Abcès 16 16
Abcès de la parotide 2 2
Aménorrhée 2 2
Anasarque 5 3 2
Angine 38 38
Aphtes 9 9
Ascite 1 1
Bronchite 7 7
Fièvre catarrhale 26 26
Céphalée chronique 3 3
Anthrax 1 1
Chorée 1 0 1
Congestion hépatique 1 1
Congestion rénale 3 3
Conjonctivite 4 4
Convulsions 5 5
Kératite 1 1
Toux chronique 1 1
Croup catarrhal 16 16
Croup avec rougeole 6 6
Laryngite pseudomembraneuse 2 2
Cyanose 2 2
Diarrhée 34 34
Diphtérie 22 22
Maladie cardiaque 1 1
Hydropisie, séquelle scarlatine-rougeole 3 3
Dysenterie 23 22 1
Dysménorrhée 1 1
Eczéma 4 4
Enurésie nocturne 13 10 3
Epilepsie 1 1
Emphysème 1 1
Erysipèle 10 10
Eruptions 99 99
Fièvre catarrhale après la rougeole 10 10
Fièvre intermittente 4 4
Fièvre irritative 3 3
Fièvre nerveuse 1 1
Fièvre rémittente 1 1
Fièvre typhoïde 31 28 3
Fièvre tachetée (purpurique) 16 15 1
Typhus cérébral 1 1
Gastrite 16 16
Gastralgie 14 14
Goitre 1 1
Gonorrhée 3 3
Hématémèse 1 1
Hémorroïdes 1 1
Herpes 20 20
Helminthiase 6 6
Coxalgie 1 1
Orgelet 1 1
Hydrocéphalie chronique 4 1 3
Hydarthrose 1 1
Ichthyose 1 1
Iléus 1 1
Impétigo 3 3
Pneumopathie 6 6
Inflammation des glandes de Meibomius 2 2
Indigestion 8 8
Helminthiase 2 2
Ictère 8 8
Laryngites 2 2
Leucorrhée 1 1
Marasme 18 16 2
Miliaire 1 1
Névralgie 3 3
Ophtalmie catarrhale 15 15
Orchite traumatique 1 1
Otorrhée scrofuleuse 19 10 9
Otorrhée, séquelle de la rougeole 5 3 2
Otorrhée, séquelle de la scarlatine 3 3
Parotidite 33 33
Péritonite aigue 2 2
Péricardite 1 1
Périostite 1 1
Coqueluche 17 17
Phtisie pulmonaire 1 1
Pleurésie 4 4
Pneumonie typhoïde 13 13
Prolapsus anal 3 2 1
Psoriasis 19 19
Ophtalmie purulente 4 4
Purpura hémorragique 1 1
Phlegmon amygdalien 1 1
Eruptions supprimées 2 2
Rhumatisme 14 14
Rubéole 60 60
Rupia 3 3
Gale 8 8
Scarlatine 9 9
Scarlatine maligne 24 21 3
Scrofule 12 6 6
Cérébromalacie 1 1
Teigne tondante 66 66
Amygdalite 1 1
Ulcération chronique 11 11
Ulcération maligne 10 10
Urticaire 1 1
Varicelle 6 6
Zona 1 1

TOTAL : 928 CAS TRAITES, 885 CAS GUERIS, 27 CAS SOULAGES ET 16 DECES

Cas chirurgicaux traités dans le « Northern Home for Friendless Children, » Philadelphie, Pennsylvanie, pendant sept ans et demi de service homéopathique, terminant le 24 octobre 1864. Par James. W. Bushrod, chirurgien dans l’établissement.

MALADIE TRAITES GUERIS SOULAGES
Abcès 8 8
Anthrax 1 1
Cornée conique 2 1 1
Ectropion 4 3 1
Extraction de tumeurs 2 2
Fracture des bras 2 2
Fracture du nez 2 2
Fracture des côtes 1 1
Fracture de la clavicule 1 1
Hernie 1 1
Luxation de l’avant-bras 3 3
Ophtalmie purulente 561 541 20
Périostite 2 2
Empoisonnement par Rhus-Tox 1 1
Empoisonnement par Stramonium 1 1
Syphilis 9 9
Blessures 7 7

TOTAL = 608 cas traités, 586 cas guéris, 22 soulagés et mortalité nulle

 

ALLOPATHIE Décès
Nombre d’enfants admis, depuis l’ouverture de l’établissement, du 3 août 1853 au 1er mai, 1854 47 0
Admis du 1er mai 1854 au 1er mai 1855 70 0
Admis du 1er mai 1855 au 1er mai 1856 114 2
Admis du 1er mai 1856 au 1er mai 1857 125 5
Nombre d’enfants dans l’établissement, à la reprise du système allopathique 184
Admis du 24 octobre 1864 au 1er mai 1865 254 9
TOTAL DES CAS TRAITES PAR ALLOPATHIE 794 16

 

 

HOMEOPATHIE Décès
Nombre de pensionnaires, début de l’homéopathie, Au printemps 1857 80 0
1857 à 1858 155 0
1858 à 1859 192 1
1859 à 1860 190 4
1860 à 1861 178 2
1861 à 1862 239 4
1862 à 1863 225 0
1863 à 1864 204 2
Du 1er mai 1864 au 24 octobre 1864 136 3
TOTAL DES CAS TRAITES PAR HOMOEOPATHIE : 1599 16

 

 

EB. L’intérêt de ce présent texte réside avant tout dans la démonstration que l’homéopathie convient très bien pour traiter la plupart des affections en milieu hospitalier. J’ai pu en mon temps d’interne en faire d’ailleurs la démonstration, y compris dans un service d’urgences. Au bout de quelques mois mon patron me convoquait dans son bureau, assez hilare, pour me faire part des protestations de la propriétaire de la pharmacie en face de l’hôpital. Celle-ci avait vu son chiffre d’affaires dégringoler depuis ma prise de fonction et demandait qu’on m’interdise de prescrire de l’homéopathie !

Ce qui est frappant c’est bien sûr d’abord l’extrême diversité des pathologies rencontrées, sans parler de celles dont on aurait du mal à comprendre le sens aujourd’hui comme la « fièvre irritative », la « scrofule », etc. Autant d’identités nosologiques passées à la trappe.

La mortalité reste effarante, et l’on pourrait toujours se poser la question de la survie si l’on avait disposé de moyens modernes simples comme la perfusion, l’asepsie, etc. Cependant, ceux qui ont exercé aujourd’hui dans des pays pauvres savent que ce qui compte avant tout c’est l’environnement du patient et sa nutrition. Nous avons des exemples historiques de Hahnemann qui nous donnent une idée de l’état épouvantable dans lequel ces malheureux enfants devaient arriver.

Ce qui compte c’est que les pathologies les plus graves sont traitées avec succès par l’homéopathie, et cela sur un échantillon largement significatif, durant une longue période. Arriver à traiter 96% des trachomes (même en incluant d’éventuelles erreurs de diagnostics faute de biologie), 100% des syphilis, 100% des coqueluches, des péritonites, des pneumopathies (y compris des pneumonies du typhus), des gonorrhées, des diphtéries, des teignes faviques, etc.

Les indécrottables « antis » pourront toujours nous dire qu’ils suffisait que les enfants soient nourris et logés pour guérir tout seuls et que le système allopathique de l’époque était complètement inefficace. Ce sera une fois de plus nier la réalité clinique qu’une fois encore ceux qui ont été confrontés à ces affections redoutables peuvent attester.

Les statistiques sont sommaires, elles n’ont pas encore atteint le raffinement de notre époque –où chacun se consacre désormais à la manipulation de tous les chiffres. Mais on notera en résumé les faits suivants :

Durée Patients Moyenne Mortalité
Allopathie 53 794 15 cas / mois 16
Homéopathie 86 1599 18 cas / mois 16

Il sera intéressant de se poser la question : « pourquoi a-t-on renoncé au traitement homéopathique ?» puisque les résultats étaient au moins comparables à ceux de l’allopathie de l’époque. Diplomatiquement l’auteur fournit un élément de réponse : il s’agissait d’un test. Qui a duré cependant plusieurs années. Tout comme de nos jours, d’autres forces étaient  en œuvre, qui vont rarement dans le sens de l’intérêt des patients.

 

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