Les infections sexuellement transmissibles – Publication du Docteur Bruno LABORIER

LES INFECTIONS SEXUELLEMENT

TRANSMISSIBLES 

SELON SAMUEL HAHNEMANN

 

Résu :

 

L’objectif de ce travail était d’exposer les conceptions successives des infections sexuellement transmissibles par Hahnemann, puis de relever les conseils de traitement médicamenteux de ces maladies dans différentes publications de Hahnemann, et enfin d’observer la mise en pratique de ces conceptions et de ces conseils dans les journaux de malades de Hahnemann à Paris.

Les conceptions des infections sexuellement transmissibles semblaient très approximatives et peu utilisables, en dehors des extraits présentés de la sixième édition de l’Organon.

Les conseils de traitement médicamenteux présentés dans les Maladies Chroniques, malgré la nosologie imprécise des infections sexuellement transmissibles, gardaient une certaine utilité.

La lecture des journaux de malades mettait souvent en évidence les difficultés de guérison des infections sexuellement transmissibles, difficultés semblables à celles des autres maladies. Les prescriptions d’Hahnemann restaient globalement fidèles aux conseils donnés dans ses publications.

Les infections sexuellement transmissibles (IST), anciennement appelées maladies vénériennes, ont préoccupé Hahnemann tout au long de sa vie.

 

 1. CONCEPTIONS SUCCESSIVES DES IST PAR HAHNEMANN :

–       Instructions pour les chirurgiens concernant les maladies vénériennes (1789) : (1)

 

HahnemannLe plan du livre donnait déjà une idée de l’ensemble des conceptions sur les IST.

Première partie : affections vénériennes locales idiopathiques : gonorrhée primaire et ses séquelles (strangurie chronique ; incurvation chronique du pénis ; induration du testicule ; blennorragie chronique ; rétrécissement de l’urètre ; induration de la prostate) ; le chancre (et les excroissances vénériennes inclues dans le chapitre du chancre) et les bubons.

Deuxième partie : la syphilis qui correspondait à toutes les complications secondaires des IST. Il décrivit ensuite les affections locales persistant après le traitement anti syphilitique (mercuriel).

Enfin, Hahnemann traita dans un appendice du livre des affections vénériennes du nouveau-né. Dans un avant-propos, Hahnemann présenta la préparation du mercure pour le traitement des affections vénériennes par voie interne.

La publication se présentait comme une suite de paragraphes numérotés (procédé repris dans l’Organon). J’ai retenu seulement deux paragraphes de cette publication qui ont gardé une valeur médicale :

Paragraphe 41 : « Des expériences infaillibles montrèrent que l’humeur blennorragique peut dans quelques rares cas, être absorbée et produire une syphilis générale. »

Paragraphe 350 : « Les verrues et les excroissances non vénériennes des organes génitaux des deux sexes… ne sont ni précédées ni accompagnées de symptômes vénériens. »

–       Sur les maladies vénériennes et leur traitement (1809) : (2)

« Par chance, la maladie vénérienne appartient à ce petit nombre de maladies, qui prend toujours naissance à partir d’un miasme assez semblable… »

«A l’emplacement de l’infection, suivent deux sortes de maux principaux, soit une blennorragie, soit un chancre… Chez la femme, la blennorragie correspond à une leucorrhée de mauvaise odeur. »

« Si une personne a seulement un seul petit ulcère chancreux comme une tête d’épingle, elle est alors complètement infectée par la maladie vénérienne, comme si elle avait 100 gros ulcères de cette sorte à de nombreuses parties du corps. »

« Les condylomes ne sont que des chancres défigurés par des remèdes corrosifs… Il en est de même des bubons inguinaux, des abcès et des glandes internes… »

–       Instruction sur les maladies vénériennes et leur mauvais traitement habituel (1816) : (2)

« Aussi longtemps que les défauts des constitutions des pays mettront des difficultés dans l’acte de mariage, aussi longtemps que le célibat sera considéré à la mode, et le mariage comme un joug politique, au lieu d’être considéré comme l’union la plus vénérable des deux sexes pour leur perfectionnement moral et physique, mais surtout pour le perfectionnement de l’être humain authentique, et du divin et de l’immortel en eux ; aussi longtemps que la différence notable des deux sexes sera vue comme un objet de pure sensualité, et rien de plus digne ne sera vu dans l’union avec le sexe opposé qu’une pure copulation animale, et non pas une communication réciproque et la liaison de leurs avantages réciproques pour projeter un tout plus noble, aussi longtemps que la passion toute puissante et sexuelle ainsi séparée de façon artificielle du devoir moral, cherchera sa récompense dans les bras de la prostitution commune et, comme une conséquence nécessaire, ne manquera pas d’attraper l’épidémie pernicieuse, aussi longtemps on n’envisagera pas l’extermination d’un tel poison transmissible. »

145167d29f07624-533x300« La sortie complète del’éruption (vénérienne) spécifique est une preuve infaillible de l’infection interne complète et du développement de la maladie miasmatique dans chaque cas. »

« L’infection pendant un accouplement impur (question au lecteur : qu’est ce qu’un accouplement pur ? l’accouplement de deux personnes mariées ?) s’installe pendant les premières secondes. »

–       Les maladies chroniques, deuxième édition (1835-1839) : (3)

Hahnemann distinguait deux IST, la sycose et la syphilis.

La sycose comprenait les excroissances des parties génitales et parfois certaines gonorrhées.

D’après Hahnemann, les excroissances des parties génitales survenaient plusieurs jours ou même plusieurs semaines après l’infection par le coït, s’accompagnant généralement, mais pas toujours d’un écoulement gonorrhéique par l’urètre. Il existait deux types de gonorrhée : l’une dépendant du miasme sycotique, ordinairement purulente et infectant l’organisme entier, l’autre ne causant qu’une irritation locale des voies urinaires et ne paraissant point pénétrer l’organisme entier.

La syphilis (ou luèse) était pour Hahnemann, la maladie vénérienne proprement dite, ou maladie chancreuse. On la trouvait rarement associée à la sycose, alors qu’elle était ordinairement associée à la psore, troisième maladie miasmatique chronique selon Hahnemann.

Le symptôme local propre de la syphilis était le chancre et/ou le bubon. Le chancre survenait ordinairement du septième au quatorzième jour après un coït impur, rarement plus tôt (cinq jours) ou plus tard (cinq semaines).

« Le chancre non expulsé vicariant fait taire la syphilis interne, et ne permet pas à la maladie vénérienne d’éclater, aussi longtemps qu’il reste à sa place sans y toucher. »

Voici les symptômes luétiques secondaires notés par Hahnemann : les ulcères douloureux picotant aux amygdales, les taches rondes luisantes de teinte cuivrée de l’épiderme ; les éruptions non prurigineuses surtout au visage sur un fond rouge bleuâtre; les ulcères cutanés lisses, pales, propres, seulement couverts de mucus, presque au même niveau que la peau saine, indolores, sur le cuir chevelu, sur la peau de la verge et cetera ; les douleurs térébrantes nocturnes des exostoses et cetera.

Et cetera manquait à mes yeux de rigueur scientifique.

–       Organon de l’art de guérir (sixième édition posthume) : (4)

Excepté les maladies chroniques artificielles traitées au paragraphe 77, et les maladies chroniques médicamenteuses traitées au paragraphe 74, Hahnemann considérait qu’il existait trois maladies miasmatiques chroniques : la psore, la sycose et la syphilis (paragraphe 204).

Paragraphe 204 de l’Organon :

« Chacun de ces miasmes était déjà installé dans l’organisme entier, et s’était infiltré dans toutes ses parties avant que ne se montre le symptôme local primaire, suppléant et préservant l’invasion de ceux-ci (pour la psore l’éruption de la gale, pour la syphilis le chancre ou le bubon, et pour la sycose les condylomes). »

Paragraphe 206 de l’Organon :

« Avant le commencement du traitement d’une maladie chronique, une information soigneuse doit nécessairement prendre les devants pour savoir si le malade a eu une contagion vénérienne (ou aussi une contagion avec la blennorragie sycotique) …

Toujours ou presque toujours le médecin aura à traiter, quand il croit avoir devant lui une vieille maladie vénérienne (isolée), une maladie compliquée   (associée surtout avec la psore), dans laquelle la maladie chronique interne galeuse (la psore) est de loin la cause principale la plus fréquente des maladies chroniques… »

Commentaires :

Les conceptions sur les IST dans « Instructions pour les chirurgiens… » étaient surtout celles des contemporains d’Hahnemann ; l’ensemble laissait une impression de flou. De plus, Hahnemann niait le rôle de la transmission des IST entre la mère et le fœtus. Or on sait actuellement que les risques de transmission d’IST pendant la grossesse entre mère et fœtus sont réels et importants.

La prévention des IST par le mariage semble actuellement plus discutable, car beaucoup de couples se séparent, et la fidélité conjugale est difficile à évaluer.

Le cadre nosologique de la sycose n’incluait plus les excroissances non vénériennes dont Hahnemann avait parlé dans les instructions pour les chirurgiens, dans les maladies chroniques ; le cadre nosologique de la syphilis restait très approximatif dans les maladies chroniques ; les ulcérations vénériennes comprenaient et comprennent actuellement de nombreuses maladies très différentes (syphilis, chancre mou et herpès génital pour citer les principales).

Les notions sur les IST présentées dans la sixième édition de l’Organon sont restées utiles pour la pratique homéopathique.

 

2. REMEDES CONSEILLES PAR HAHNEMANN POUR LE TRAITEMENT DES IST :

 

–       Instructions pour les chirurgiens concernant les maladies vénériennes (1789) : (1)

Paragraphe 563 :

images« … le mercure est le seul remède qui chasse toutes les sortes d’affections vénériennes avec certitude, si bien que nous n’avons pas besoin de chercher aucun autre remède pour les maladies vénériennes. »

Cette affirmation fut reprise dans les articles: « Sur les maladies vénériennes et leur traitement » (1809) et « Instruction sur les maladies vénériennes et sur leur mauvais traitement habituel » (1816).

Les autres moyens hygiéniques, médicaux et chirurgicaux décrits et utilisés dans cette publication de 1789 étaient très nombreux et variés. Les remèdes, uniques ou associés étaient tous utilisés à doses pondérales, per os, par voie cutanée, par les orifices pelviens, ou par fumigations.

J’ai relevé dans « Instruction pour les chirurgiens… » 65 remèdes différents préconisés, presque tous utilisés ultérieurement dans les Matières médicales homéopathiques.

–       Sur les maladies vénériennes et leur traitement (1809) : (1)

Pour la gonorrhée (ou leucorrhée), Hahnemann ne proposait que d’attendre quatre à cinq semaines avec un bon régime de vie, sans traitement médicamenteux, mais il ajoutait : « Dans de rares cas choisis, un traitement par le mercure est utile. »

« Le chancre est un sage signe de la bonne nature qui, quand il est compris et suivi par le médecin… rend cette maladie très facile et très sûre à guérir. »

« En supprimant le chancre par des moyens externes, le médecin enferme lui-même le loup dans la bergerie, et ne sait comment l’en faire sortir à nouveau sans ruiner l’ensemble de l’organisme. »

                  –     Organon de l’art de guérir ; introduction de la deuxième édition (1819) : (5)

« S’il y a des blennorragies si modérées qu’elles disparaissent bientôt d’elles-mêmes, presque sans aide, d’un autre côté, il y en a d’autres de plus grande importance,…, qu’on pourrait nommer blennorragie condylomateuse, qui suit la contagion par le coït, comme la maladie vénérienne avec chancre, quoiqu’elle soit de nature différente de celle-ci. »

« Les condylomes viennent rarement seuls, sans écoulement des parties génitales, mais plus souvent avec une blennorragie du gland ou avec une urétrite blennorragique, surtout quand cette blennorragie avait été chassée par des injections. La blennorragie est alors un produit d’une contagion de l’organisme entier, et ne peut être guérie que par un remède interne, mais jamais par le mercure. »

–       Les maladies chroniques (1835-1839) : (3)

« Les maladies vénériennes furent guéries radicalement par l’homéopathie, bien plus sûrement, sans embarras et sans conséquence (que par les traitements habituels)… »

La sycose relevait de Thuya occidentalis : quelques globules en 30 CH qu’on laissait agir 15 à 45 jours, puis on pouvait compléter le traitement par quelques globules de Nitricum acidum 6 CH, qu’on devait laisser agir pendant le même laps de temps. Dans les cas les plus invétérés et les plus graves, on pouvait toucher les plus gros fics une fois par jour par de la teinture mère de Thuya occidentalis étendue de parties égales d’alcool.

Les urétrites non sycotiques relevaient d’une goutte de suc frais de Petrozelinum ou d’une petite dose en très haute dilution de Cantharis, Cannabis sativa ou Copaïva selon les symptômes.

Le traitement de la blennorragie sycotique elle-même relevait de Thuya occidentalis 30 CH. Le traitement des condylomes non vénériens, dont Hahnemann préconisait un traitement local suppressif dans les Instructions pour les chirurgiens, n’était pas décrit. Hahnemann voulait-il éviter de compliquer davantage la nosologie de la sycose, d’origine vénérienne et non vénérienne ?

La syphilis :

Le traitement du chancre primitif ou du bubon vrai, sans complication de psore évoluée, relevait de Mercurius vivus, une dose en 30 CH. La guérison complète s’effectuait en 15 jours. S’il était nécessaire d’administrer une seconde ou une troisième dose, on pouvait prendre une dilution moins élevée (24 puis 18 CH) de Mercurius vivus.

Si la syphilis était compliquée de psore, il était nécessaire d’administrer d’ abord un remède anti psorique. Quand il avait épuisé son action, si les symptômes restants étaient encore psoriques, un deuxième remède anti psorique était alors administré. Quand tous les symptômes psoriques avaient disparus, on administrait alors un à trois globules de Mercurius vivus qu’on laissait agir pendant trois, cinq ou sept semaines. Si la guérison complète n’était pas obtenue, on reprenait un ou plusieurs autre (s) remède (s) anti psorique (s), puis on administrait Mercurius vivus à une autre dynamisation.

Si une maladie par intoxication mercurielle était associée à ces troubles, Hahnemann indiquait Hepar sulfuris calcareum comme meilleur anti psorique que Sulfur dans ce cas. Hahnemann parlait également de cas de psoro-syco-syphilis, dont il citait deux observations. Il préconisait alors d’abord un traitement anti psorique, puis, en fonction des symptômes prédominant non psoriques restants, un traitement anti sycotique ou un traitement anti-syphilitique.

Hahnemann ne parlait pas du traitement des manifestations luétiques secondaires, ce qui se comprenait par le fait que celles-ci étaient décrites de façon très approximative dans « Les maladies chroniques ».

 

 

3.OBSERVATIONS D’IST DANS LE JOURNAL DES MALADES D’HAHNEMAN A PARIS :

 

J’ai utilisé les volumes : DF2A, DF3, DF4, DF5, DF6, DF7, DF8, et DF9 du journal des malades de Samuel et Mélanie Hahnemann à Paris.

diapo17Exemple d’extrait d’observation :

Observation de Monsieur K., 21 ans, de Brunswick, musicien chez Musard, 14 rue St George.

DF8, page 81.

Ecriture de Mélanie :

« 24 octobre 1839 :

écoulement vénérien depuis 15 jours, sans douleur, même en urinant, chatouillement dans le canal en urinant ; a pris tisane de salsepareille et sirop de salsepareille, l’écoulement continuait, il vit une autre femme ; l’apothicaire qu’il consulta lui donna Cubebe et Copahu (= Copaïva) ensemble. Pendant qu’il prenait salsepareille, l’écoulement augmenta et devint vert, prit Cubebe et Copahu le 23. L’écoulement augmenté d’abord mais l’écoulement pur diminué ; hier 23 au soir, vit encore une femme ; a plus de désirs vénériens. Extérieurement, il n’y a rien. »

Ecriture de Samuel :

« Cannabis sativa : un globule en 30 CH en 8 cuillérées d’eau, et une demi cuillérée d’eau de vie ; une cuillérée à bouche dans un verre d’eau, en prendre 1,2,3 petites cuillérées par jour.

« 28 octobre :

beaucoup mieux ; les matins ne sort qu’une seule goutte mais verte, le reste du jour, on ne voit qu’un liquide clair. Ne sent rien dans l’urètre, ni en urinant, ni en y pressant.

Depuis hier soir, quelque faiblesse dans les genoux. Le chatouillement est passé. Il ne vit qu’une seule tache dans ces 24 heures dans sa chemise. Dort et mange bien. »

« 7 novembre :

il a fini depuis 5 jours (son remède), n’a plus aucune douleur en urinant mais plus d’écoulement ; a eu 4 pollutions en attendant et a vu une femme.

Le matin en pressant sur le gland, il sort 4 gouttes d’une matière verte ; quelques gouttes par jour. Très colérique.

Thuya occidentalis : un globule en 30 CH en 8 cuillérées d’eau et une demi-cuillérée d’eau de vie ; une cuillérée à bouche dans un verre d’eau et en prendre 1,2,3 petites cuillérées par jour. »

« 12 novembre :

va bien, en y pressant une goutte de matière liquide, pas plus verte.

De l’appétit et du sommeil, peut y presser. A eu une pollution.

Numéro 1 : placebo : en 8 cuillérées, le matin une cuillérée à bouche.

Numéro 2 : Thuya occidentalis : un globule en 24 CH, en 15 cuillérées d’eau, et une cuillérée d’eau de vie ; une cuillérée à bouche dans un verre d’eau, en prendre tous les deux matins une petite cuillérée. »

Ecriture de Mélanie :

« 3 juin 1840 : a été parfaitement bien… »

Commentaires :

Toutes les observations d’IST retrouvées concernaient des hommes ; mais l’examen gynécologique n’était pratiquement jamais effectué à cette époque.

Les remèdes étaient prescrits un à la fois, successivement, à raison d’un globule à la fois, le plus souvent d’abord en 30 CH.

J’ai retrouvé dans ces volumes du journal des malades d’autres observations d’urétrite récente. Il semblait qu’Hahnemann ne tenait pas compte dans ses prescriptions de la distinction théorique qu’il avait présenté dans les Maladies chroniques entre les urétrites sycotiques et les urétrites non sycotiques. Le traitement des gonorrhées récentes faisait souvent appel à plusieurs remèdes successifs, et n’était pas toujours couronné de succès.

Le traitement des condylomes et des verrues, faisait lui aussi souvent appel à plusieurs remèdes successifs, dont Thuya occidentalis et Nitricum acidum représentaient ceux le plus souvent prescrits. Là aussi les résultats du traitement des verrues et des condylomes variaient dans leur efficacité du succès total à l’échec total.

J’ai retrouvé une observation d’ulcération vénérienne récente. Il s’agissait probablement d’un herpès génital ; le traitement en fut assez long, comprenant Mercurius Solubilis 30 CH ; il n’y avait pas assez de recul dans l’observation pour observer s’il n’y avait pas eu de rechute. Hahnemann notait parfois chez le même patient des antécédents de plusieurs accès de chancres ; il s’agissait probablement de chancres mous ou d’herpès génital, car classiquement, « la syphilis ne se double pas ».

Les observations d’IST anciennes décrivaient les complications des urétrites, les complications de la syphilis, et les complications des intoxications mercurielles.

Les complications des urétrites étaient représentées par les rétrécissements urétraux, plusieurs fois retrouvés, et les rhumatismes gonococciques, parfois impressionnants par leur retentissement.

Les complications de la syphilis étaient représentées par les exostoses et les périostites.

Les intoxications mercurielles iatrogènes, rapportées dans les journaux de malades à la suite de prescriptions antérieures par d’autres médecins, produisaient des séquelles buccales souvent définitives (perte de toutes les dents, gingivites chroniques), et parfois des séquelles de nécrose osseuse.

Le traitement des IST anciennes faisait appel d’abord aux anti psoriques : Sulfur, Hepar sulfuris calcareum, Calcarea carbonica, Arsenicum album, pour citer les principaux. Parfois les traitements anti psoriques étaient utilisés seuls avec des succès étonnants.

Les antécédents d’ulcération vénérienne conduisaient Hahnemann à utiliser parfois dans les suites des traitements anti-psoriques, soit Mercurius solubilis, soit Cinnabaris (sulfure de mercure).

Les antécédents de blennorragie et/ou de condylomes conduisaient Hahnemann à utiliser parfois dans les suites des traitements anti psoriques Thuya occidentalis puis éventuellement Nitricum acidum.

Je n’ai retrouvé qu’une observation de maladie tri-miasmatique où les traitements successifs suivants furent prescrits sur une durée de 11 mois : Sulfur 30 CH, Sulfur 24 CH, Sulfur 18 CH ; Thuya occidentalis 30 CH ; Mercurius vivus 30 CH ; Hepar sulfur 24 CH ; Cinnabaris 30 CH, Cinnabaris 24 CH, Cinnabaris 18 CH ; placebo ; Cinnabaris 12 CH ; Auripigmentum 30 CH (sulfure d’arsenic).

Je n’ai jamais relevé les termes de maladie syphilitique, et une fois de maladie sycotique dans les journaux de malades. Cette nosologie n’était donc probablement pas importante pour Hahnemann dans sa pratique.

Enfin, dans presque toutes les observations de maladie chronique chez les hommes, l’interrogatoire d’Hahnemann s’attachait à rechercher des antécédents de maladie (s) vénérienne (s).

Mais les prescriptions médicamenteuses d’Hahnemann étaient basées avant tout sur les symptômes, actuels ou anciens, présentés par le patient.

 

 

CONCLUSION GENERALE ET PROVISOIRE :

 

Un effort d’analyse et de synthèse ressortait de toutes les publications d’Hahnemann.

Les écrits mineurs d’Hahnemann (1,2) permettaient d’apprécier les conceptions et les moyens thérapeutiques de l’époque, ainsi que le niveau des connaissances d’Hahnemann ; ils exprimaient aussi les difficultés pour Hahnemann de faire accepter ses idées.

Les Maladies chroniques et l’Organon restent des publications à méditer ; les nosologies de la sycose et de la syphilis s’avéraient mal limitées et pas exhaustives des IST. Mais les conceptions sur les IST dans la sixième édition de l’Organon ont gardé une certaine valeur pour la pratique homéopathique actuelle.

Les observations du journal des malades de la série française montraient les difficultés pratiques du traitement des IST. Si quelques belles guérisons pouvaient se retrouver, l’ensemble ne correspondait pas au discours triomphal de la partie théorique des Maladies chroniques. Les IST semblaient des maladies aussi difficiles à traiter que les autres. Mais les prescriptions d’Hahnemann restaient dans l’ensemble fidèles aux conseils donnés dans ses publications.

Enfin, si les IST ont changé depuis Hahnemann, la Matière médicale hahnemannienne, en particulier les pathogénésies de Hepar sulfur, Mercurius solubilis, Nitricum acidum, Sulfur, et Thuya occidentalis, restent de grande valeur.

 

 

REFERENCES

 

1. Hahnemann S. Unterricht für Wundarzte über die venerischen Krankheiten. Leipzig 1789: 22, 131, 224.

2. Hahnemann S. Gesammelte kleine Schriften. Heidelberg: Haug 2001: 519-531; 656-665.

3. Hahnemann S. Die chronische Krankheiten.Theoretische Grundlagen. Stuttgart : Haug 2006.

4. Hahnemann S. Organon der Heilkunst; bearbeitet und heraus gegeben von J.M. Schmidt. Heidelberg: Haug, 1992: 179,180,181.

5. Hahnemann S. Organon-Synopse; bearbeitet und herausgegeben von B. Luft und M. Wischner: Haug, 2001: 196.

 

 

Remerciements

 

Merci à l’Institut für Geschichte der Medizin der Robert Bosch Stiftung, Straussweg 17, Stuttgart, Deutschland, pour l’autorisation de reproduire des extraits de microfiches des Krankenjournale d’Hahnemann, et pour les photocopies de la publication: „Instructions pour les chirurgiens…“.

 

 

Summary:

 

The sexually transmitted infections according to Samuel Hahnemann

The aim of this study was, first, to present Hahnemann’s successive conceptions of sexually transmitted infections, then to list the advice he gave in his various publications concerning the medicinal treatment of these diseases; lastly, it was to observe the putting into practice of these conceptions and pieces of advice in Hahnemann’s patients’ diaries in Paris.

His conceptions of sexually transmitted infections seemed to be quite approximate, and not very useful, once isolated from the excerpts presented in the sixth edition of the Organon.

The medical advice for the sexually transmitted infections given in the Chronic Diseases, in spite of the inaccurate nosology of the sexually transmitted diseases, remained somewhat useful.

In his patients’ diaries he underlined the difficulties to be cured from the sexually transmitted infections, which were quite similar to the ones encountered in other illnesses. On the whole, Hahnemann’s prescriptions remained true to the advice given in his publications.

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